‹ Le Problème Des TransfertsChapitre 19 sur 29 · Q0F — 0987 9SE · texte numérisé non relu

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de salaires s’abaissent, mais les salaires domestiques plus rapidement que les salaires du second groupe : les industries exportatrices jouissent d’une prospérité nouvelle.

Il est inutile d'examiner à nouveau lé mécanisme grâce auquel ces résultats ont été obtenus. Le facteur initial a été la hausse ou la baisse du cours des changes, la raison profonde des modifications du pouvoir d’achat à l'intérieur du pays importateur ou exportateur, modifications qui se sont manifestées techniquement par les fluctuations déjà indiquées dans le volume des dépôts en banque (1).

La dépréciation du dollar après la guerre de Sécession n’a jamais été extrêmement considérable, puisqu'elle n’a pas dépassé 50 0/0 de sa valeur or. Les événements consécutifs à la dernière guerie ont permis de vérifier qu'avec une dépréciation beaucoup plus accentuée et des paiements extérieurs à faire d’un tout autre ordre de grandeur, le rétablissement de la situation, après les transferts, se faisait dans des conditions semblables.

La remise en équilibre de la balance des comptes de la France, de 1919 à 1922, après la cessation des crédits anglais et américains qui avaient permis de maintenir au cours des hostilités le change au pair, se présente dans des conditions très défavorables. Pourtant, comme l'a montré M. Rueff dans sa brochure déjà citée (2), elle s’est

(1) Voir ci-dessus pages 81 et suivantes.

(2) J. RuEFF, Une erreur économique, l’organisation des transferts, p. 12 et suiv.

faite avec une très grande rapidité par le jeu des mêmes réactions.

M. Rueff a calculé, pour la période 1915-1922, la différence entre les prix français d’une part, et les prix étrangers (d’un certain nombre de pays) évalués en francs, d'autre part. Le résultat de ses calculs est représenté dans le diagramme ci-contre, en même temps que l’évolution, durant les mêmes années, de la balance commerciale française (excédent des importations sur les exportations).

Jusqu'au début de 1919, la balance des paiements est en équilibre, malgré les lourds déficits que font naître les échanges commerciaux, grâce aux crédits ouverts par nos alliés anglais et américains. Il n’y a pas de raison pour que le franc baisse, puisque les demandes de devises étrangères sont constamment satisfaites. Les prix intérieurs s’élèvent par rapport aux prix du marché international, répercussion naturelle des difficultés économiques et financières où se débat la France. Bien loin d’être entravés, les achats au dehors sont au contraire stimulés.

Quand cessent les crédits américains, le déficit de la balance commerciale fait aussitôt sentir ses effits. La balance des comptes est lourdement passive : IL cours du ‘franc inconvertible baisse rapidement. Mais dès cet instant aussi la différence qui existait entre les prix français et les prix étrangers commence à diminuer ; elle finit par disparaître et se trouver remplacée par une différence inverse. Les exportations se trouvent encouragées, le déficit de la balance commerciale décroît rapidement, la balance des comptes, dès 1921 ou 1922, est

GRAPHIQUE Ne 6.

GRAPHIQUE N° 7 Déficit annuel de ia balance commerciale (1815-1922) Milliards de francs

retournée en faveur de la France (grâce aux exportations dites invisibles, dépenses des touristes étrangers, etc.). Non seulement la situation est ainsi rétablie, mais le remboursement des crédits privés accumulés pendant la période précédente devient possible : la dépréciation du change, par ses conséquences indirectes sur les niveaux respectifs des prix en France et dans les autres pays, a permis les transferts qui s’avéraient nécessaires.

Il ne faudrait, néanmoins, pas aller trop loin dans l’affirmation de l’automatisme du retour à l'équilibre. « La nature de ce mécanisme (des transferts), écrit « M. Rueff (1), explique qu’il ait réussi à rétablir l’équi- « libre dans les conditions les plus défavorables qu’on ait « pu imaginer. Il ne peut pas, en effet, ne pas être irré- « sistible, puisque la diminution de la différence entre le « niveau des prix français et le niveau des prix étrangers « évalués en francs se prolonge autant que la cause qui la « provoque n’a pas entièrement disparue, autrement dit « autant que persiste le déficit de la balance des comptes. « Ceci permet de comprendre que rien ne puisse S'Oppo- « ser au rétablissement ou au maintien de l'équilibre de « la balance des comptes, pas même les droits de douane « les plus élevés ». N'est-ce pas là méconnaître l'influence de certains facteurs qui ont pu, dans certains cas, aller à l'encontre des résultats auxquels on aurait dû, logiquement, s'attendre ?

(1) Op. cit., p. 15 et 16,

En effet, d’autres facteurs que la situation de la balance des paiements peuvent agir sur les cours des changes, facteurs budgétaires et facteurs psychologiques. Or ces derniers ont un rôle prépondérant dans les périodes troublées. Même en supposant que l'équilibre de la balance des paiements ait été rétablie grâce aux disparités de prix, si la défiance dans l’avenir de la monnaie nationale apparaît, la dépréciation du change ne s'arrête pas ; elle se précipite au contraire. Les exportations peuvent bien être de plus en plus favorisées, elles n’empêcheront pas l'effondrement de la devise; les détenteurs de créances étrangères (en fait les exportateurs) ne voudront pas s’en séparer et les laisseront au dehors. La balance sera virtuellement équilibrée, mais ne le sera pas en fait, puisque les offres de devises seront bien moindres que les demandes. Le transfert des paiements à effectuer au dehors deviendra irréalisable.

Mais il y a davantage. L'influence des éléments psychologiques peut être telle qu’elle provoque non seulement une hausse illimitée des changes, mais une augmentation parallèle des prix intérieurs. Devant la chute accélérée de la monnaie, les producteurs, instruits par les expériences des années précédentes, voudront se prémunir contre la dépréciation certaine de leurs avoirs en majorant à l’avance leurs prix de vente. Ceux-ci, loin de suivre le mouvement des changes, auront des fluctuations concomitantes, ou même le précéderont. Aux prévisions des vendeurs s’ajouteront celles de tous les détenteurs de monnaie nationale en général, lesquels voudront s’en débarrasser au plus vite pour se procurer à la place des

biens réels, à valeur constante : cette véritable course aux marchandises sera un nouveau facteur de hausse des prix.

Dès le moment où disparaît le décalage existant précédemment entre les prix intérieurs et les prix étrangers, il n’y a plus de raison pour que les exportations demeurent favorisées ; on en viendra à la ruine définitive du système monétaire, et à l'impossibilité absolue (et non plus relative comme dans le premier cas) des transferts.

L'évolution monétaire et économique de l’Allemagne, dans les années qui ont précédé la stabilisation du mark et le plan Dawes, montre que ce ne sont pas là des craintes chimériques. Les exportations allemandes (voir le graphique n° 8 ci-contre (1)) ont été en croissant tant que la dépréciation du mark ne s’est pas révélée exagérément rapide ; jusque vers le milieu de 1922, elles ont été très près des importations, quant au poids, et les ont certainement dépassées quant à la valeur. Lorsqu'ensuite le taux de la dépréciation est devenu de plus en plus accentué, les importations ont été plutôt stimulées, et les ventes ont décliné d’une façon presque continue. C’est ce qui explique qu’à ce moment aucun paiement substantiel n’ait pu être fait pour les Réparations, d'autant plus que les industriels allemands conservaient au dehors les avoirs en devises appréciées qu'ils avaient pu se constituer au temps où les exportations étaient vraiment prospères.

Il convient néanmoins de remarquer que dans un

(1) D'après J, W. ANGELL, Theory of International Prices, p. 448,

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pareil cas ce ne sont pas les paiements à faire à l'étranger qui, par leur action sur le change, empêchent des transferts ultérieurs. N’y aurait-il eu que ce seul facteur, la dépréciation de la monnaie ne serait pas devenue illimitée. Ce sont d’autres facteurs (dans l'exemple cité c’est la volonté très manifeste du gouvernement allemand de ne pas payer) qui déterminent la crise de confiance.

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