INFECTIONS ET REACTIONS
En présence d une tumeur cancéreuse, nous 11e sommes pas plus avancés aujourd’hui que ne l’étaient les pathologistes des siècles passés lorsqu ils dissertaient sur la tuberculose ou sur la lèpre, avant la découverte des agents infectieux capables de provoqua 1 infinie variété des lésions que nous connaissons maintenant. Pour la lèpre ou la tuberculose, comme pour le cancer aujourd hui, on invoquait les puissances mystérieuses de l’hérédité et les diathèses morbides; et pourtant, la lèpre, la morve, la lubei culose, 1 actinomycose sont sorties du cadre obscur des tumeurs pour entrer dans le domaine bien défini des maladies infectieuses.
L étude des infections est à peine commencée, nous ne pouvons pas nous vanter d’en avoir pénétré tous les mystères. Pourquoi vouloir limiter déjà les modes possibles de la réaction de 1 organisme ? La classe des Tumeurs est immense, elle comprend certainement les productions les plus variées et les plus hétéroclites; pourquoi ne pas admettre comme possible — et par principe — qu’à des virus encore inconnus peuvent correspondre des lésions spéciales dont la raison d’être sera expliquée plus tard? Vis-à-vis des multiples formes de l’infection, l’organisme peut et doit réagir de bien des façons : la nature de l’agent infectieux, le mode et le lieu de pénétration, la virulence variable, les conditions de réceptivité, l’âge ou la résistance de l’animal
infecté peuvent déterminer une très grande variété de lésions pathologiques.
Nous connaissons des virus qui se développent dans Torganisme comme en un vase à culture et sans réaction appréciable des tissus. Il en est d’autres qui provoquent des processus locaux de la part du système phagocytaire et les différents modes de la phagocytose expliquent la formation d’abcès plus ou moins rapidement guéris. Certains provoquent l’intervention de phagocytes mononucléaires : devenus cellules épithélioïdes, ceux-ci sont capables de se fixer au point lésé et d’édifier des tissus hétéromorphes qui ont longtemps été considérés par les pathologistes comme de véritables tumeurs : les tubercules en sont le meilleur exemple.
11 peut même arriver que les éléments fixes des tissus, les cellul es nobles des organes dans lesquels se développent ces productions granuleuses, réagissent secondairement. Il n’est pas rare de constater la production de véritables adénomes au voisinage de tissus granuleux dans le foie, le rein, le poumon ou la mamelle : les granulomes tuberculeux, les tumeurs actinomycotiques, les tumeurs à levures en fournissent des exemples.
Dans ce groupe des granulomes lui-même, il est fort possible que certaines tumeurs, dites cancéreuses aujourd’hui, et considérées comme des variétés du sarcome, viennent rentrer plus tard et représenter, à côté du tubercule — la néoplasie panure et misérable de Virchow — les néoplasies riches et prospères.
Dans les cas que nous venons de passer en revue, la lésion qui suit l’infection est manifestement un processus de défense de l’organisme; les cellules de type phagocytaire viennent pour englober le parasite ou pour l’isoler, mais nous connaissons aussi des exemples nombreux d’infections où les microbes pénètrent activement dans les éléments des tissus et vivent dans la cellule infectée. Suivant les cas, cette infection peut entraîner la destruction plus ou moins rapide de la cellule, ou la laisser indifférente, ou provoquer son hypertrophie, ou même lui communiquer une vitalité plus grande.
Dans le paludisme ou les piroplasmoses, c’est le globule sanguin qui est infecté et les parasites sont endo-globulaires. Il existe aussi des leucocytozoaires. Les spirilles d’Obermeyer, les spirilles de la poule, ceux de la syphilis peuvent parasiter les cellules conjonctives, hépatiques, ovulaires ; le Tréponème de
Schaudinn provoque excellemment la sclérose des organes.
Les infections coccidiennes nous montrent presque toujours le développement du parasite jeune à l’intérieur des cellules épithéliales de l’intestin, des canaux biliaires ou de glandes variées,, et les Goccidies provoquent souvent la production de vraies tumeurs par hypertrophie et multiplication des cellules. Voilà déjà un type d’infection dans lequel la réaction de l’organisme se traduit par le développement d’une tumeur épithéliale — adénome villeux des canaux biliaires du lapin ou adénome de l’intestin chez le mouton — et bien que ces tumeurs ne rap-
Fig. I. — Formations villeuses dans les canaux biliaires du foie d’un lapin
avec différents stades de la coccidie.
pellent que de très loin les tumeurs cancéreuses, elles ont servi de base à la théorie coccidienne du cancer .