THÉORIE COCCIDIENNE DU CANCER
Cette théorie était séduisante; elle a, à un moment donné, passionné des pathologistes et suscité d’innombrables travaux. On avait cru le problème résolu : des coccidies ou tout au moins des protozoaires pouvaient seuls être incriminés, expliquer le mystère des tumeurs cancéreuses.
Dans un rapport au Congrès de Paris en 1900, et dans un mémoire des Annales de F Inst. Pasteur , février 1901, les différentes phases de cette question ont été passées en revue. Les
coccidies du molluscum, celles des psorospermoses, celles de la
Fig1. II. — A gauche. — Pseudo-parasites du type Wickham dans un épithéliome. Au centre. — - Pseudo-parasites du type Thoma-Plimmer-Soudakewitch.
A droite. — Pseudo-parasites du type Savtchenko.
maladie de Paget, sont depuis longtemps oubliées : les parasites étaient des cellules cancéreuses ; les inclusions de Thoma, Sjœbring, Foa,
Fig. III. — A gauche. — Différents stades de la formation des spermatozoïdes chez
le cobaye.
A droite. — Cellules cancéreuses.
i et 2, Cellules cancéreuses avec archoplasma et centrosomes.
3, Toute la formation archoplasmique entourée d’une vacuole et simulant des parasites intracellulaires.
4-5-6, Différents modes de la sécrétion simulant des parasites logés dans des vacuoles.
Huiler, PI immer, Soudakewitch n’ont pas eu plus de suc-
cès : c’étaient des vacuoles de sécrétion muqueuse (fig. II).
Pourtant l’étude minutieuse des tumeurs provoquée par la théorie et faite avec d’excellentes méthodes cytologiques, avait mis en évidence des formations difficiles à interpréter dans l’hypothèse d’une origine cellulaire. Les parasites décrits par Savtchenko méritaient à juste titre de retenir l’attention, à cause de leur ressemblance avec les stades jeunes d’une coccidie intracellulaire et certains pathologistes pensent encore que les figures « en œil de pigeon » doivent être considérées comme une démonstration de l’infection des cellules cancéreuses par quelque Protozoaire encore indéterminé, mais certain.
INCLUSIONS ARCHOPLASMIOUES
Je persiste à penser que l’origine cellulaire de ces inclusions, uniques ou multiples, dans les cellules, n’est pas douteuse. Il est facile de démontrer, sur préparations microscopiques, que les parasites en question ont comme point de départ une évolution très spéciale de l’archoplasma et des centrosomes des cellules cancéreuses : on trouve des homologies évidentes dans l'évolution normale des cellules du testicule ou de l’ovaire : le Protozoaire du cancer reste à démontrer.
Cette interprétation, qui date de 1900, a été acceptée déjà par plusieurs observateurs. J. Farmer, Moore et Walker (Proc. Roy. Soc., série B, t. LXXYI, Biologie. Sciences, 28 juin 190b) insistent sur les ressemblances entre les corps de Plimmer des tumeurs malignes et certains constituants normaux des cellules reproductrices des animaux.
Greenough ( Journ . of medic. Research , t. III, janvier 1905) arrive à des conclusions identiques dans une étude sur les inclusions cellulaires dans le cancer, etc., etc.
De cette étude cytologique des tumeurs, il est résulté une constatation qui n’est pas négligeable : l’homologie de certaines cellules cancéreuses et de certains éléments de l’organisme doués d’une vitalité et d’un pouvoir de division très grands, les cellules sexuelles. Il faut bien admettre que, sous une influence encore inconnue, des cellules différenciées comme celles des épithéliums malpighiens ou glandulaires peuvent revenir à un type cellulaire dont la puissance de multiplication rappelle celle de l’ovule ou du spermatocyte. Les travaux posté-
rieurs de Farmer, Moore, Walker, Bahsford, ont corroboré cette constatation en démontrant, dans la division des cellules cancéreuses, des phénomènes de réduction chromatique en tout point semblables aux phénomènes de réduction qui caractérisent les divisions des cellules sexuelles.
Mais pourquoi ce retour de la cellule au type germinatif, sous que 11 e influence se produisent les divisions innombrables, bipolaires ou multipolaires, qui accompagnent le développement d’une tumeur cancéreuse? Quel est le facteur ou l’agent de cette fécondation? Obscur et passionnant problème dont la solution nous donneraitl’explication de la genèse des tumeurs cancéreuses!
Pour les uns, et c’est le plus grand nombre, il faut l’avouer, pour Jensen, pour Ehrlich, pour Bashford, pour Farmer, Moore, Walker, etc., etc., il s’agit d’une désorientation cellulaire, d'une cause organique d’origine interne : il y a une diathèse et une hérédité cancéreuses. Pour les autres, et je suis de ce nombre, Féchec de la théorie coccidienne ne doit pas faire abandonner l’hypothèse du cancer maladie parasitaire, l’hypothèse de quelque cause extérieure, d’un virus cancéreux, macrobe ou microbe, capable, par sa présence ou ses produits toxiques, de provoquer la formation de cellules cancéreuses et les multiplications cellulaires qui caractérisent le cancer.
Si ce virus est encore inconnu, si les voies de pénétration en sont profondément obscures, il n’est peut-être ni logique ni rationnel de les récuser ou de les nier a priori .
EPITHELIOSES ET EPITHELIOMAS
Les Goccidies ne sont pas les seuls parasites, les seuls virus capables de toucher la cellule épithéliale. II existe tout un groupe de maladies sûrement virulentes dont l’étude peut fournir des données intéressantes et mérite d’être faite parallèlement à celle du cancer. Elles peuvent jusqu’à un certain point servir de repère, d’indication, pour comprendre les réactions cellulaires si spéciales dans les tumeurs cancéreuses.
C’est à ce point de vue seulement que j’ai appelé l’attention sur les Epithélioses.
Dans la vaccine, la clavelée, le molluscam contagiosam , pour ne citer que les principales Epithélioses, la réaction des tissus
vis-à-vis des virus spécifiques ne ressemble en rien aux réactions qui caractérisent les processus infectieux phagocytaires, et nous y constatons des proliférations épithéliales évidentes. Il est vrai que la multiplication cellulaire est tou jours arrêtée par les réactions d’immunité de l’organisme : réaction d’immunité très précoce dans la vaccine ou la clavelée, réaction de guérison beaucoup plus tardive déjà dans l’épithéliome con¬
tagieux ou le molluscum.