‹ Le problème du cancerChapitre 12 sur 29 · CONDITIONS DE LA TRANSPLANTATION · texte numérisé non relu

CONDITIONS DE LA TRANSPLANTATION

Tous les faits ci-dessus rapportés prouvent surabondamment que les cancers des animaux sont transmissibles aux animaux de même espèce. La transmission est déjà beaucoup moins sûre sur des variétés d’une même espèce.

Les faits signalés par Michaelis (33) d’abord et tout récemment par Haaland (34) démontrent que l’inoculation expérimentale ne réussit pas également sur les souris blanches, originaires de tel ou tel pays. Les souris anglaises, les souris danoises, les souris allemandes, les souris françaises ne sont pas également sensibles vis-à-vis de l’inoculation d’une même tumeur : nous essayerons d’interpréter ces faits.

La souris grise donne, pour le cancer d’une souris blanche, une proportion de réussites de beaucoup inférieure à celle que Ton obtient avec la souris blanche. Le rat inoculé avec un fragment de cancer de la souris peut garder intactes les cellules de la tumeur, mais celles-ci ne se développent pas ; elles restent sous la peau du rat, vivantes pendant des semaines, aptes à se développer chez la souris lorsqu’on les y reporte (Ehrlich).

Toutes les autres espèces animales sont réfractaires.

Le broyage fin de la tumeur, la filtration sur papier, la macération des cellules décantée, le tissu cancéreux desséché ne donnent pas de résultat positif. Il faut, d’après notre expérience personnelle, pour réussir l’inoculation, non pas seulement des cellules intactes (isolées), mais des fragments de tissu cancéreux vivants.

La virulence ne résiste pas 24 heures à 370. A la température de la chambre, elle peut être conservée 12 jours. Nous avons jadis reçu par la poste des fragments de tumeur Jensen, de Copenhague, et ces fragments inoculés à plusieurs souris ont donné des résultats positifs. A la glacière, le tissu cancéreux peut res-

ter vivant longtemps ; dans une expérience d’Ehrlich, il est noté un succès sur 60 inoculations avec un fragment ayant séjourné deux ans à 8°- 1 20.

Le chauffage à 37° pendant quelques instants a donné, dans les expériences de Glowes et Bæslack (35), une exaltation de la virulence pour les tumeurs difficilement transplantables (la proportion de succès est devenue plus grande), et une baisse de virulence pour les tumeurs donnant dans les conditions normales un fort pourcentage de succès.

Haaland (36) a constaté que les cellules de fadéno-carcinome étaient plus sensibles à faction de la température que les cellules du sarcome et a pu, par ce procédé, isoler l’élément sarcome dans les tumeurs mixtes, au laboratoire d’Ehrlich.

L’acide phénique à i/4 0/0 fait disparaître la virulence en 5' d’après Jensen. Loeb a vu que le KCy à 1/000 empêche la transplantation, tandis que la glycérine après 17-24 heures est sans action.

De toutes ces expériences, on peut conclure que le succès de la transplantation tient à l’intégrité des cellules inoculées et l’étude directe, au microscope, des fragments inoculés conduit à la même interprétation. Rien dans les inoculations expérimentales réalisées jusqu’ici ne met en évidence l’existence d’un virus. L’inoculation positive d’une tumeur cancéreuse ne peut être considérée que comme une greffe.

De cette constatation expérimentale, on pourrait tirer une caractéristique, je dirai même une définition du processus cancéreux et d’une tumeur cancéreuse.

Dans les maladies virulentes que nous connaissons , l’inoculation de l’agent parasitaire appelle et crée la cellule réactionnelle ; le bacille tuberculeux provoque des tubercules chez l’animal inoculé, mais c’est 1 animal qui fournit les tubercules : la cellule tuberculeuse inoculée n’a qu’une vie éphémère. Lorsqu’on transplante du tissu tuberculeux, on constate que les cellules transplantées meurent ; les nouveaux tubercules ont une autre origine. Et même les tissus de nos Epithélioses, les cellules épithéliales de la tumeur du molluscum, par exemple, ne sauraient être greffées ; elles n’interviennent en rien dans l’inoculation expérimentale ; seul le virus actif, mis en bonne place , est capable de créer de nouvelles cellules qui constitueront une nouvelle tumeur.

Rien de pareil jusqu ici dans l’inoculation expérimentale du cancer ou des cancers de la souris ou du rat ; le rôle de la cellule cancéreuse seul est apparent : le fragment inoculé croît et se développe comme un organisme étranger dans l’organisme de la souris, qui sert simplement de milieu de culture aux cellules cancéreuses. S’il y a un virus cancéreux, ce virus n’agit même pas sur l’organisme inoculé dans les conditions réalisées à ce jour ; il est incapable d’y créer une nouvelle cellule cancéreuse, et je reconnais qu il y a là de quoi troubler les partisans de la théorie infectieuse du cancer.

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23 Août 06

Tumeur inoculée :

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