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LE PROBLÈME ÉTIOLOGIQUE

La théorie coccidienne du cancer avait eu le plus grand succès parce qu elle expliquait, avec un type très particulier de parasites, la multiplication des cellules épithéliales et parce qu'elle expliquait en même temps les insuccès de l’inoculation des tumeurs cancéreuses.

Les tumeurs à Goccidies ne sont pas directement transmissibl es de lapin à lapin ; les produits virulents ne sont pas inoculables. Il faut, pour que la contagion etl’infection se produisent, une évolution nouvelle de l'agent pathogène dans le milieu extérieur. La coccidiose du lapin est une maladie miasmatique. Le paludisme, les filarioses, la fièvre jaune, la maladie du soin-

meil, etc., etc., sont des maladies de type semblable, miasmatiques, virulentes, non contagieuses : mouches, moustiques, insectes piquants variés sont les hôtes intermédiaires des parasites spécifiques et les agents de la contagion.

Pour le cancer, au point de vue étiologique, nous n’en sommes encore qu'à la période des hypothèses possibles et nous n’avons même pas le droit de parler de maladie miasmatique. Nous avons vu que la théorie coccidienne était loin d’être démontrée, ce n’est pas une raison pour abandonner d’une façon définitive la recherche de protozoaires parasites dans les cancers : il existe peut-être des tumeurs à sporozoaires.

Quel que soit l'agent virulent, macrobe ou microbe, protozoaire ou bactérie, ou champignon, ou microbe invisible, nous nous trouvons probablement en face de processus étiologiques complexes que l’avenir éclairera sans doute.

ESSAIS D’iNOCULATION

Dans les chapitres précédents, nous avons discuté la question de la transplantation du cancer et montré la vraie signification de la maladie expérimentale, obtenue par greffe. Les essais les plus variés d’inoculation virulente , de transmission du cancer sans l’intervention de la cellule néoplasique vivante, sont restés négatifs, et cela non plus ne veut pas dire que le virus cancéreux n’existe pas.

L’exemple des Epithélioses, de la vaccine en particulier, nous démontre qu’il existe des virus, — capables de faire proliférer les cellules épithéliales — , qui ne deviennent évidents que dans certaines conditions d’inoculation. Injecté sous la peau, le virus vac cinal ne donne aucune réaction pathologique, aucune lésion qui permette d’affirmer l’existence d’un agent pathogène : il est comme s’il n’existait pas. Il faut, pour que la pustule caractéristique se produise, mettre le virus en bonne place, au contact ou dans les cellules réceptrices : la peau rasée ou épilée, des piqûres superficielles, des scarifications sont les méthodes d inoculation appropriées.

S’il existe un virus — ou des virus cancéreux — provoquant les multiplications cellulaires, présent dans la cellule ou dans son voisinage, transporté par la greffe expérimentale, accompagnant les cellules cancéreuses dans leur multiplication indéfinie, il est

évident que nous ne savons pas encore mettre ce virus en bonne place. Par nos procédés d’inoculation, dans un organisme normal, nous ne savons pas atteindre les cellules réceptrices, ni provoquer la transformation de cellules normales en cellules cancéreuses, et c’est là précisément tout le problème étiologique du cancer.

Avec les tumeurs de la souris, les essais les plus divers ont été tentés et jusqu’ici sans résultat, chaque fois que la cellule cancéreuse a été éliminée des produits inoculés, soit par la filtration, soit par le broyage, soit par la dessication. Souris épilées, souris rasées, souris préparées par brûlures, ulcérations, pustules, n'ont jamais développé de néoplasme malgré l’application de liquides ou de macérations supposés virulents.

Dans un cas et dans notre laboratoire, une souris inoculée par Haaland (47) avec du tissu cancéreux fdtré, a montré au point de l’inoculation très superficielle, à la vulve, une tumeur qui est survenue quelques mois après l’injection du liquide filtré ; expérience unique et par conséquent peu probante. Elle n’est d’ailleurs pas à l’abri de l’objection possible d’une tumeur spontanément développée. Pour être démonstrative, elle demanderait à être répétée.

L’observation suivante me paraît encourageante pour l'hypothèse et la recherche d’un agent virulent dans l'adéno-carcinome de la souris. Il s’agit d’une souris inoculée au niveau du mamelon, à la pipette, avec des fragments vivants de tumeur B. Après trois semaines, dans la mamelle, se développa une tumeur typique qui présenta l’évolution ordinaire (par m ultiplication des cellules inoculées); mais au niveau du mamelon, un tout petit fragment de la tumeur resta très superficiel et se développa en contact intime avec les cellules de l’ectoderme : la petite tumeur avait l’aspect d’un grain proéminent. Sur les coupes faites en série, Fig. XXIX, il est de toute évidence que les cellules de l’ectoderme de la souris inoculée ont pris part au processus de formation de la tumeur et on vo.it, au contact des cellules cancéreuses inoculées dans l’épiderme du mamelon, des bourgeons épithéliaux hypertrophiés dont les cellules ont l’aspect caractéristique, granuleux, chromatique, des cellules et des noyaux néoplasiques. Les portions de l’épiderme devenues cancéreuses présentent de nombreuses figures de karyokinèse tandis qu’à la périphérie, l’épiderme et les follicules des poils normaux se distinguent très

bien par leur aspect dormant, peu chromatique. Ainsi avonsnous décrit les zones d'envahissement dans les cancers spontanés des muqueuses, en voie d extension superficielle !

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Fi° XXIX. — Réaction cancéreuse dans l’ectoderme d’une souris inoculée avec un fragment de tissu cancéreux, tumeur B. - Prolifération des cellules malphigiennes au voisinage des cellules inoculées.

L’examen attentif des préparations est tout-à-fait en faveur d’une contamination de voisinage, des cellules ectodermiques de la souris porte-greffe par les cellules cancéreuses inoculées, et bien que dans ce cas l'inoculation ait été pratiquée avec des fragments de tissus cancéreux vivants et dans les conditions d’une greffe, cette observation semble bien démontrer une infection par contact et une infection par virus : création de cellules cancéreuses autochtones dans un organisme normal.

Ce fait, isolé encore, appuyé non pas sur des considérations théoriques, mais sur une constatation microscopique objective, ne peut qu’encourager la recherche d’un virus cancéreux. Peut être que dans l’avenir il sera possible, avec des méthodes meilleures d’inoculation, de reproduire à volonté l’inoculation vraie et avec un matériel ne contenant pas des cellules vivantes.

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