LA NÉCESSITÉ DE LEUR SUFFISANCE
1° Pour vivre dans des conditions honorables et payer le logement dont elle a besoin à son prix, il est indispensable que la famille ouvrière dispose de ressources suffisantes.
Dans une économie bien organisée, le chef de famille doit avoir la possibilité de fournir, à un taux de salaire convenable, un travail d’une durée raisonnable et adaptée aux conditions économiques. Il lui faut une rémunération lui permettant de pourvoir à sa subsistance, mais aussi à celle des siens : si le salaire doit correspondre de toute évidence à la qualité du travail fourni, il doit être adapté, tout aussi bien, à la situation
familiale de celui qui le reçoit. « Assurément, les autres membres de la famille, chacun suivant ses forces, doivent contri-
buer à son entretien, ainsi qu’il en est, non seulement dans les familles d'agriculteurs, mais aussi chez un grand nombre d'artisans ou de petits commerçants. Mais il n’est aucunement permis d’abuser de l’âge des enfants et de la faiblesse des
femmes. C’est à la maison avant tout, ou dans les dépendances de la maison, et parmi les occupations domestiques, qu’est le travail des mères de famille. C'est donc par un abus néfaste, et qu’il faut à tout prix faire disparaître, que des mères de famille, à cause de la modicité du salaire paternel, sont contraintes de chercher hors de la maison une occupation rémunératrice, négligeant les devoirs tout particuliers qui leur incombent, avant tout Péducation des enfants. Aucun effort ne doit donc être épargné en vue d’assurer aux pères de famille une rétribution suffisamment abondante pour faire face aux charges normales du ménage». Que ce problème des ressources se soit posé encore jusqu’à nos jours, c’est là l’effet des erreurs fondamentales qui ont marqué depuis de nombreuses années, la vie politique et les institutions économiques et sociales de . : la France et d’autres pays, erreurs dont des esprits éclairés dénonçaient dès le siècle dernier les pernicieux effets. Sans doute cette condition de revenus suffisants déborde-t-elle largement le cadre d’une politique du logement ; mais sa réalisation, qui n'est d’ailleurs pas si difficile dans un pays sagement organisé, est indispensable aux succès d’un mouvement de rénovation de l'habitat (r).
IL est certain que les circonstances actuelles de la vie économique française ne permettent pas de satisfaire entièrement à cette exigence. Dans l'avenir même, l’équilibre entre le pouvoir d’achat des ouvriers, et le coût de la vie et en particulier de la construction, ne peut se faire que dans un délai plus ou moins long, et au prix de nombreux efforts. Le sys-
(1) Le but à atteindre est que la famille ouvrière puisse payer à son prix un logement convenable, en abandonnant de 12 à 15 % de ses ressources, Ce qui est une proportion normale, tout en s’assurant avec
les 85 ou 88 % restant, des conditions de vie raisonnables et suffisantes.
tème des allocations-logement actuellement à l'étude à l’Equipement national, doit permettre cependant d'apporter à l’habitation ouvrière, les améliorations qu appellent d'urgence sa situation très défavorable aussi bien que la justice sociale et les intérêts mêmes du pays.