‹ Le Problème du Logement Ouvrier en FranceChapitre 4 sur 38 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

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La valeur sociale du logement présente sans doute bien

la vie familiale. L’insuffisance du logement nuit avant tout à la moralité et à l'économie domestique ; aucune hygiène sociale

n'est possible s’il est de qualité inférieure. Or, en France, la

situation immobilière apparaît grave dans son ensemble ; comme habitat rural, l’habitat ouvrier est généralement

défectueux. | A un moment où il est urgent d'apporter aux questions

sociales des solutions durables et saines, il apparaît indispen-

sable de résoudre efficacement le problème si grave du logement ouvrier. Cest par un examen objectif de la situation

actuelle de ce logement, et une recherche approfondie des causes de son insuffisance, que l’on peut déterminer le plus

sûrement les mesures qui doivent être prises dans ce domaine.

En dehors de la région parisienne, peu d’études approfondies ont été faites de la situation du logement ouvrier en France. Toutefois, des enquêtes sommaires faites récemment, indiquent, que, dans l’ensemble, cette situation est mauvaise. Malgré les"efforts poursuivis avant guerre, et dont certains ont été importants, les conditions de logement des familles ouvrières ne sont nulle part entièrement satisfaisantes. On constate généralement dans les régions intéressées une insuffisance quantitative et qualitative de l’habitat ouvrier.

Insuffisance quantitative

Beaucoup de régions industrielles françaises ont eu, depuis la grande guerre, une augmentation sensible et rapide de leur population, par suite de la concentration industrielle.

La région parisienne, en particulier, a absorbé à elle seule et presque entièrement, l’accroissement de population de la France entière. De cet afflux de familles ouvrières devait résulter inévitablement un déséquilibre important entre le nombre des ménages (1)'et la quantité des logements disponibles. Sauf pour les catégories extrêmes, logements très petits ou très vastes, le déficit était très net avant guerre; il

(1) On prend ici le mot au sens où les statisticiens l’emploient « groupe d'individus vivant sous la même clef ».

était d’ailleurs aggravé par la crise qui a sévi dans l’industrie du bâtiment dès 1931 et qui a duré jusqu'en 1938. Dans la suite, la nouvelle guerre a diminué, puis arrêté l'activité de la construction.

Le surpeuplement a été la conséquence de cette inadaptation entre l’offre et la demande de logements. Les enquêtes (1) effectuées avant guerre sur la densité de la population par catégories de logements, ont montré que les plus fortes densités se trouvent dans la catégorie des logements d’une pièce, où il y a un excédent de logements sur le nombre des ména- . ges ; au contraire, dans les catégories de logements de 4 et 5 pièces, où le nombre des ménages est supérieur à celui des” logements, la densité est nettement moins forte * l’ensemble des ménages y dispose de plus d’une pièce par personne. Ces constatations prouvent avec évidence que les logements d’une pièce sont très souvent occupés par des ménages de deux personnes et souvent plus. Bien que ces enquêtes aient porté sur le logement en général, les résultats qu’elles apportent indiquent, sans aucun doute, qu’il existe un surpeuplement assez grave de l'habitat ouvrier, et ceci dans un grand nombre de régions. ;

Insuffisance qualitative

Au surpeuplement vient s’ajouter l’insalubrité, qui caractérise fréquemment l'habitat ouvrier en France. Il faut déplorer, dans la plupart des grandes villes, l'existence d’ilots insalubres, parfois en nombre élevé, Il s’agit de maisons, pas toujours très anciennes, qui ont été construites à l'alignement de voies trop étroites, et parfois à une hauteur démesurée ; elles manquent généralement de lumière et sont mal aérées.

(1) Enquêtes effectuées par M. Videcoq, d'après les rencensements de 1896, 1911 et 1926 et les chilires de S. G. EF. X.

À Paris; où le problème est le plus important actuellement, par suite de la concentration industrielle qui s’est faite autour de la capitale, plus de 5 o/o des immeubles ont été reconnus insalubres ; 200.000 personnes environ sont logées dans des taudis, où il existe depuis plus de vingt ans, une mortalité quatre à cinq fois supérieure à la moyenne des autres immeubles.

D'autre part, le nombre des meublés a sensiblement augmenté dans certaines régions industrielles et en particulier dans l’agglomération parisienne (1). Or l’hôtel meublé est un mode de logement très mauvais ; il se caractérise trop souvent par des pièces étroites et mal aérées, et par la médiocrité des installations qu’il offre à ses habitants; les gérants s’efforcent en effet d’y multiplier le plus possible le nombre des chambres, en cloisonnant tous les espaces libres, comme les couloirs et même les greniers. Le mobilier est généralement vieilli et insuffisant. Les logements ont quelquefois l'électricité, mais presque jamais l’eau ou le gaz. De telles conditions de vie désorganisent les familles qui doivent les accepter, d'autant plus que dans la majorité des cas, l'hôtel est en même temps un café; les bénéfices du tenancier proviennent autant de l’exploitation du café que de la location des pièces d’habitation. Ainsi le meublé est souvent un foyer d’alcoolisme. Enfin il ne représente même pas une économie appréciable pour la famille au point de vue location, puisqu'il entraîne à peu près obligatoirement d’autres frais tels que ceux de boisson. Son seul avantage est d’éviter aux locataires la mise de fonds qui est nécessaire à une installation dans un local non meublé.

Ces constatations sont mises en évidence par les résultats

(x) Dennery. L’Habitation urbaine en France. S. D. N. Genève,

d’une enquête effectuée entre les deux guerres par le Préfet de la Seine. Les chiffres établis à la suite de cette enquête indiquent que sur 1.000 personnes recensées à Paris dans les meublés, 552 étaient, en moyenne, mal logées, dont 179 po des raisons de surpeuplement. |

Dans les maisons ordinaires, la proportion des mal logés, tout en étant sensiblement plus faible, n’en reste pas moins alarmante. Dans son mémoire de 1928 (1), le Préfet de la Seine estimait que sur 1.000 personnes recensées, 423 étaient mal logées, dont 87 häbitant des locaux surpeuplés. Or, dans les années qui ont suivi, les programmes de construction ont été relativement faibles, en raison du coût élevé de la construction et de la crise de l’industrie du bâtiment. Aussi est-il possible d'affirmer qu’actuellement la situation n’est guère plus favorable, même si l’on tient compte des variations démographiques provoquées dans certaines régions à forte population ouvrière, par le nouveau conflit.

Ainsi, la situation du logement ouvrier en France spas assez mauvaise. Cette insuffisance est due à des causes très diverses ; les unes se rattachent aux problèmes de la propriété, de la fiscalité et de la construction; les autres touchent aux questions sociales et morales ou se rapportent à la situation générale du pays.

(1) Mémoire du Préfet de la Seine au Conseil münicipal de Paris du 25 juin 1928. Voir Trutié de Varreux. Le logement ouvrier en France, Paris, 1937 (édition Lang).

Ces causes sont donc nombreuses et variées; mais l’influence néfaste qu’elles ont exercé sur la situation de l'habitat ouvrier en France s’explique en partie par l’absence, dans les années passées, d’un service d'Etat chargé des questions de logement et capable de poursuivre efficacement la réalisation d'une politique de l'habitat. Les mesures diverses et non coordonnées mises dans ce domaine par les différents ministères ne pouvaient évidemment pas remédier à une situation qui nécessitai l’unité et la persévérance dans l’action. |

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