TYPOGRAPHIE G. FISCHBACH
INTRODUCTION
Le problème du mal est propre à la philosophie religieuse et spiritualiste, aux doctrines qui reconnaissent l’existence d’un Dieu personnel et du libre arbitre humain. Pour les écoles positivistes et matérialistes de notre temps, un tel problème ne saurait se poser. Leur conception même du monde en implique l’exclusion formelle.
Au point de vue matérialiste, ce monde n’est formé que de matière douée peut-être de forces variées, mais dont les mouvements dans leurs combinaisons innombrables constituent tous les phénomènes que nous connaissons. Tous ces mouvements s’opèrent suivant les lois inflexibles de la mécanique et sont éternels comme la matière ellemême. Nulle intelligence, nulle finalité n’a présidé à leur jeu et a leur agencement. Les phénomènes d’un moment donné sont le produit nécessaire des phénomènes de l’instant précédent, et engendrent d’une manière non moins nécessaire les phénomènes de l’instant qui doit suivre. Tout ce
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qui arrive, en bien ou en mal, n’est ainsi que la conséquence inévitable de la nature donnée de la matière et du mouvement, et la science, loin de pouvoir modifier en rien ce déterminisme universel, n’a pour but que d’en constater les lois, c’est-à-dire l’ordre constant et les phases générales.
La plus universelle de ces lois, c’est que les existences individuelles, qui se forment au sein du mouvement cosmique, ne sont qu’éphémères et qu’en vertu de causes diverses, le terme de la vie arrive pour toutes après un délai relativement court. Mais de toutes ces causes la plus générale, devant laquelle toutes les autres ne sont que des quantités négligeables, c’est la tendance de ces êtres à se détruire réciproquement. C’est la conséquence même du mouvement universel : qui dit mouvement, dit changement, et pour un être, changer, c’est cesser d’être ce qu’il était, c’est perdre ou acquérir. Or ce que les uns acquièrent, les autres le perdent, et il n’est possible à chacun de se conserver qu’en acquérant sans cesse ; le mouvement universel n’est donc à vrai dire qu’une lutte pour l’existence, lutte dans laquelle le faible succombe nécessairement au fort, qui ne tarde pas à succomber à son tour à plus fort que lui. Cette lutte a existé de tout temps et en tous lieux, et elle ne s’arrêtera jamais ; car il ne se peut produire rien de nouveau dans le monde et des mêmes causes résulteront toujours les mêmes effets.
Dans ce flot incessant des mouvements de la matière, se produit, comme l’écume des vagues qui se brisent, un phénomène inexpliqué jusqu’ici, celui de la sensation, du sentiment, de la pensée, ce qu’on comprend sous le terme
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général de fait de conscience. C’est dans l’hypothèse que nous exposons, un phénomène tout à fait accessoire, un épiphénomène sans conséquence , qui n’est pour rien dans le déterminisme général du mouvement universel, une sorte de fulguration des atomes, qui ne les détourne d’aucune façon de la voie inflexible qui leur est tracée par la nature des choses. Parmi les variétés de ce phénomène, apparaissent deux sortes de sensations qui ont un grand intérêt pour l’homme et les animaux: le plaisir et la douleur. Ces sensations répondent sans doute à des attractions et à des répulsions matérielles, à des impulsions positives et négatives des atomes, qui produiraient exactement les mêmes effets, lors même qu’elles ne seraient pas accompagnées de ces phénomènes accessoires. Aussi peut-on se demander pourquoi ces derniers existent. Mais une pareille question serait antiscientifique. Rappelons-nous bien que ce monde n’est que le jeu de forces aveugles, qui agissent en vertu de leur existence même et produisent ce qu’il est dans leur nature de produire, sans but ni raison. Il serait donc absurde de chercher dans le résultat de leur action aucune marque d’intelligence ou de finalité. La conscience et, avec elle, la douleur et le plaisir existent, parce qu’il est de la nature de la matière et du mouvement arrivés à certains agencements de donner lieu à des phénomènes de ce genre; mais ils ne servent à rien. Et d’ailleurs, tout l’univers ne sert à rien.
Ce sont les sensations de plaisir et de douleur que l’homme comprend sous les idées générales de bien et de mal. Le mal, c’est la douleur ou la souffrance physique, car ce que l’on appelle des peines morales ne résulte égale-
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ment que de troubles de l’organisme. Quant au mal moral proprement dit, au manquement au devoir, il n’y a pas de place pour lui dans ce système, qui nie le libre arbitre et ne saurait admettre ni l’obligation morale ni la responsabilité.
Le mal est donc le résultat de la nature des choses. C’est un fait auquel il faut se résigner comme à tous les autres faits. Il est fâcheux sans doute qu’il existe, mais nous n’avons pas le choix de le faire disparaître. D’ailleurs, il n’affecte qu’une partie minime des choses existantes : la masse de l’univers est formée de corps bruts, de gaz incandescents, substance prépondérante des étoiles fixes, de roches et de minéraux, dont se composent presque entièrement les corps célestes solides. A la surface de ces corps apparaissent, sous certaines conditions, des êtres organisés, les espèces variées des plantes et des animaux, et parmi ces derniers l’espèce humaine. C’est une sorte de moisissure qui se produit sur la croûte minérale, moisissure qui d’ailleurs n’a toujours, relativement à la succession indéfinie des siècles, qu’une durée momentanée, car les conditions dans lesquelles elle apparaît ne sont pas communes, et lorsqu’elles se présentent, elles ne tardent pas à disparaître. Encore quelques milliers de siècles, nous le savons de science certaine, et tout l’air, toute l’eau qui se trouvent à la surface de notre terre seront rentrés dans les profondeurs du globe et nulle plante, nul animal n’y pourra subsister. Alors la terre sera comme le soleil et la lune, un de ces millions de globes qui roulent dans l’espace sans trace de conscience ni de vie, et tout sentiment de plaisir ou de douleur en aura disparu.
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Ces doctrines physiques devaient produire leur contrecoup sur l’ensemble des vues relatives à la vie et à la destination de l’homme. Ainsi s’explique la grande place qu’a prise dans la philosophie contemporaine le pessimisme. Les dispositions morales qui favorisent les tendances pessimistes ne sont pas seulement de notre temps. Déjà dans l’Inde ancienne, la parole de Çâkya-Mouni, prêchant la délivrance par l’anéantissement de la conscience, a eu un immense retentissement. Mais même au foyer du mysticisme, la doctrine du Nirvana n’inspira que des croyances passagères et se transforma rapidement en un enseignement surtout moral, fondé sur l’espérance des félicités d’une vie future. L’Occident avait été préservé de ces tendances néfastes, dans l’antiquité, par l’esprit pratique des Grecs et des Romains, dans les temps modernes, par le christianisme. Aujourd’hui, le pessimisme se pose avec éclat et le scepticisme universel lui assure un terrain parfaitement préparé. Quand on fait abstraction, en effet, des satisfactions morales, quand on ne voit le bien et le mal que dans le plaisir et la douleur, ne semble-t-il pas évident, sans qu’il soit besoin de faire longuement la balance des jouissances et des peines départies à chacun, que le plaisir est toujours si précaire et si fugitif dans ce bas monde, et la douleur si constante et si universelle, que l’immense majorité des hommes n’a guère à se louer de sa part de jouissances? Si Dieu n’est qu’un vain mot, si tout finit pour nous avec la mort, si tout espoir d’une existence meilleure est illusoire, on se demande si la vie vaut la peine d’être vécue. On parle de progrès ; on prévoit une amélioration constante du sort des hommes, une adaptation parfaite des facultés humaines aux conditions
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du monde extérieur. Mais en quoi ces espérances lointaines et peut-être fallacieuses peuvent-elles compenser les maux présents, et si même elles se réalisent, les bienfaits qu’elles promettent dureront-ils plus d’un instant? Car est-il rien de stable en ce monde, si ce n’est l’équilibre final, c’est-àdire l'immobilité absolue, à laquelle tout doit aboutir, et n’est-ce pas à la nature brute qu’appartient l’éternité? Le pessimisme est donc la conclusion naturelle des doctrines matérialistes, positivistes, sceptiques en vogue aujourd’hui.
Pour le pessimisme, le mal n’est pas seulement un fait parmi d’autres faits, comme pour le matérialisme, c’est le fait principal, essentiel, presque unique. Le problème du mal est le problème même de l’existence du monde ; c’est le problème capital d’où dépend toute la cosmologie et toute la métaphysique. Mais par cela même, il cesse d’être un problème particulier de la philosophie. Érigé en principe général, formant l’absolu des choses, ce mal n’a plus besoin d’explication; c’est lui, au contraire, qui explique tout. Comme pour le matérialisme, ce n’est toujours qu’un fait, mais le fait d’où tout part et où tout revient.
En réalité, l’existence du mal ne constitue un problème qu’au point de vue de croyances et de certitudes toutes différentes de celles que je viens de résumer.
Ce n’est qu’à la condition d’admettre qu’il y a dans l’univers autre chose que de la matière inerte et des forces fatales, que la nature brute n’est avant tout que la condition de la vie, et que la vie elle-même n’a son épanouissement que dans la pensée, la volonté, l’action libre; ce n’est que lorsqu’on reconnaît que l’homme n’est pas un simple accident du monde matériel , que c’est à lui au
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contraire, et en général aux êtres doués de conscience et de liberté qu’a été départi le rôle principal dans l’univers ; que la destination de ces êtres est avant tout l’activité intellectuelle et morale et que cette destination leur a été donnée en même temps que l’existence par un être suprême, dont les perfections sont infinies ; ce n’est que dans cette hypothèse, absolument opposée à celle des matérialistes, dès positivistes et des pessimistes, que le problème du mal acquiert un sens. Il s’agit alors de savoir comment la peine et la douleur ont pu entrer dans le plan d’une création dont l’auteur est doué d’une puissance et d’une bonté sans limites. On est en droit de se demander pourquoi les êtres qu’il a créés ne jouissent pas tous d’une félicité parfaite et comment un seul instant de souffrance du moindre de ces êtres est compatible avec la perfection infinie de Dieu.
C’est dans cette hypothèse, en effet, que je me place dans cette étude, dont l’unique but est de rechercher comment l’existence du mal peut se concilier avec la sagesse et la bonté du Créateur.
C’est à ce point de vue aussi que l’humanité s’est toujours placée dans l’histoire. Le problème du mal a toujours été un problème essentiellement religieux. De tout temps il a été fondamental pour la religion, tandis que la philosophie ne lui a prêté qu’une attention secondaire. Il était posé dès l’époque oii du tronc aryen sont sorties les deux grandes branches de l’Inde et de l’Iran. C’est sur la question même de l’origine du mal que s’est marquée avec le plus de netteté la divergence des croyances religieuses de ces peuples, l’un d’eux attribuant le mal à un principe par-
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ticulier, opposé au principe du bien et en lutte avec lui, l’autre lui assignant pour cause les péchés des êtres libres et intelligents, péchés qui appelaient l’expiation et motivaient la transmigration des âmes. La doctrine religieuse dont cette dernière croyance était la conclusion subit une transformation moitié mystique, moitié philosophique, et aboutit au dogme panthéiste du Yédânta, qui affirmait l’unité absolue de l’être et ne considérait le monde phénoménal que comme une illusion trompeuse, émanation et forme apparente de cet être absolu. De ce moment furent posées les trois grandes explications du mal dont l’humanité n’est plus sortie depuis : l’impuissance de Dieu vis-àvis d’une résistance indépendante de lui, le péché librement commis par l’homme, la participation incomplète des créatures à l’être et l’imperfection qui en résultait nécessairement pour elles.
Tous les systèmes philosophiques de l’antiquité reproduisent l’une ou l’autre de ces données et le plus souvent les combinent ensemble. C’est ce que fit notamment le système de Platon, tandis que ceux qui prétendirent, quelques siècles plus tard, continuer les enseignements de ce grand penseur, insistèrent surtout sur l’émanation et la participation défectueuse à l’être, identifié avec le bien. Le christianisme, en proclamant la toute-puissance et la sagesse infinie de Dieu, élimina définitivement l’hypothèse d’un principe du mal indépendant du principe du bien , hypothèse qui ne reparut plus que sporadiquement. Mais il reprit, sous une forme très différente de celle des croyances indoues, le dogme du péché originel. Le péché d’Adam, avec les conséquences non effacées par la rédemption qu’il avait
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laissées dans la nature physique et morale de l’homme, les péchés incessants que devait produire chaque jour cette nature corrompue , formèrent la base unique de renseignement religieux proprement dit à l’égard de la présence du mal dans le monde. La théologie ne tarda pas, il est vrai, à y mêler des spéculations philosophiques rappelant les doctrines néoplatoniciennes, et l’idée de la privation de la plénitude de l’être reprit sa place dans l’explication du mal.
La philosophie moderne, en tant qu'elle n’aboutit pas au matérialisme, accepta ces idées générales, tout en leur faisant subir les modifications les plus diverses. Pour une fraction de la société chrétienne, la théologie déjà les avait transformées, en niant le libre arbitre, tout en conservant le dogme du péché originel et en fondant sur un décret absolu de Dieu la prédestination de la grande majorité des hommes à des peines éternelles. Leibniz essaya de concilier ce système avec la bonté infinie de Dieu et crut y parvenir en affirmant que ce monde était le meilleur de tous ceux que Dieu avait pu créer et que le mal y était réduit au moindre degré possible. Mais ni les panthéistes ni les spiritualistes qui lui succédèrent n’entrèrent dans ces vues. Le panthéisme avait déjà été inauguré par Spinoza , dont les conclusions sur la question du mal ne diffèrent guère de celles des matérialistes modernes. Pour les panthéistes allemands qui ont succédé à Kant, pour Hegel notamment, qui a formulé les dernières conclusions de leur doctrine, c’est dans la division nécessaire qui s’opère au sein de l’absolu, dans le processus dialectique de l’Idée et les contradictions inévitables qui en naissent, qu’est la source de ce
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qui dans l’univers apparaît comme mal physique ou moral. Pour ces philosophes, comme pour les matérialistes, le mal résulte nécessairement de la nature des choses, et, satisfaits d’avoir constaté l’existence de cette nécessité inéluctable, ils se préoccupent médiocrement des questions secondaires que pose ce douloureux problème.
La philosophie spiritualiste, qui se déclare indépendante des religions positives, s’est bornée à rejeter le dogme du péché originel, en attribuant uniquement le mal aux manquements constants de l’homme à la loi morale. Les philosophes de cette école ont exclusivement en vue l’être humain et le mal moral ; les douleurs physiques dont l’homme peut être atteint ont pour but de l’empêcher de se livrer à des actes qui peuvent lui être nuisibles ou sont les conséquences de fautes qu’il a commises. Ils ne tiennent aucun compte des imperfections que peut offrir le monde physique, et notamment des nombreuses souffrances auxquelles sont sujets les animaux. C’est qu’en effet, au moment où cette doctrine s’est formée, les harmonies de la nature que dévoilait chaque progrès scientifique, la finalité qui se manifestait avec d’autant plus d’éclat dans les œuvres de la création qu’on pénétrait davantage dans le détail des phénomènes, ne laissaient place qu’à un concert d’admiration pour la puissance et la sagesse du créateur. Ce n’est donc qu’à l’exercice abusif du libre arbitre, aux manquements journaliers à la loi morale que ces philosophes attribuent le mal , et pour eux l’humanité jouirait sur cette terre même de la félicité la plus parfaite, si tous les hommes se résignaient à se conformer constamment aux commandements de la morale.
Une conclusion analogue a été formulée de notre temps
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par la philosophie évolutionniste. Dans cette école, il est vrai, on n’admet pas le libre arbitre. Le développement de l’humanité obéit à des lois fatales, comme celui du monde. Mais ce développement consiste dans une adaptation de plus en plus grande des phénomèmes physiques aux phénomènes humains et des phénomènes humains entre eux. Le mal, c’est le défaut d’adaptation ou l’adaptation insuffisante. En vertu des progrès de la science on apprendra peu à peu à disposer les phénomènes physiques de façon à ne donner à l’homme que des sensations agréables, et l’homme prendra des habitudes telles qu’il éprouvera le plus grand plaisir à faire ce qu’on appelle aujourd’hui son devoir. Il est vrai que l’habitude elle-même, qui produit l’inconscience, aura pour résultat de constamment émousser ce plaisir. Et puis ce bonheur parfait ne durera qu’un temps bien court relativement à la longue évolution qu’il aura fallu pour le produire, car à cette évolution succédera nécessairement une évolution inverse, et sous ce rapport les conclusions de cette doctrine ne le cèdent en rien à celles du matérialisme.
Telles sont à grands traits les solutions du problème du mal qui ont été proposées jusqu’à ce jour. Malheureusement dans ce siècle et le précédent la philosophie n’est guère sortie de ces généralités. La discussion célèbre entre Bayle et Leibniz semble avoir clos la question. Ce n’est pas qu’elle n’ait été traitée quelquefois indirectement, et même avec éclat comme dans les Soirées de Saint-Pétersbourg de Joseph De Maistre, ou dans les Essais sur la religion de Stuart Mill. La solution fondée sur le péché originel a été rajeunie par des théologiens catholiques et
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protestants, et même par des philosophes tels que M. E. Naville et M. Ch. Secrétan. Mais en somme la question n’a pas avancé d’un pas depuis la controverse entre Bayle et Leibniz, et cependant elle est fondamentale et l’on peut dire sans crainte d’erreur que l’incrédulité des masses à l’égard de l’existence de Dieu provient en grande partie du défaut de solution de ce grand problème. Si Dieu existe, pourquoi tant d’imperfections, tant d’injustices dans ce monde, telle est l’objection populaire qu’on jette à la face de ceux qui s’élèvent contre l’athéisme moderne. Cette objection est trop grave pour qu’on puisse l’écarter par une simple fin de non-recevoir et je crois d’un intérêt majeur pour le maintien des croyances religieuses et morales quelle soit résolue dans les limites où cela est possible à l’intelligence humaine.
Je viens à mon tour présenter quelques idées qui contribueront peut-être à cette solution. L’objet auquel elles se rapportent est, en vertu des termes mêmes du problème, le plus élevé que la spéculation métaphysique puisse envisager. La conciliation de l’existence du mal avec la sagesse, la puissance et la bonté infinies de Dieu implique nécessairement la détermination des caractères de cette sagesse, de cette puissance et de cette bonté et de leur compatibilité avec le mal qui apparaît dans la création, ce qui entraîne l’examen des attributs les plus importants de la divinité et une sorte de détermination de l’idée que nous devons nous faire de Dieu. Je ne crois pas qu’il soit possible de tenter la solution du problème du mal sans entrer dans cette recherche ardue. Je m’engagerai donc dans cette voie difficile, non sans la certitude d’y trouver de grandes
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obscurités et des lieux impénétrables, mais avec la confiance aussi d’y rencontrer quelques points lumineux qui conduiront à l’issue désirée.
Les questions que nous avons à traiter se rangent naturellement en trois classes distinctes.
Avant tout il s’agit de rechercher ce qui aux yeux de l’homme constitue le bien et le mal. Ce sera l’objet de la première partie de ce travail.
La seconde comprendra l’étude des attributs divins directement intéressés dans le problème, l’examen de l’idée que nous devons nous faire de l’intelligence, de la puissance et de la bonté de Dieu.
La troisième partie enfin, la plus importante, sera consacrée à l’ordre établi par Dieu dans ce monde et à la solution proprement dite du problème du mal.