‹ Le problème du malChapitre 2 sur 19 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

DU BIEN ET DU MAL

Une première question se pose à qui veut résoudre le problème général du mal, la question desavoir ce qu’est le mal, en quoi il consiste et quel est son opposé, le bien. Les termes de bien et de mal sont pris dans des acceptions si nombreuses, les hommes qui s’en servent leur attribuent des sens si différents, qu’il est indispensable de les préciser et de déterminer les objets qui leur correspondent. C’est là un sujet qui a soulevé maintes controverses parmi les théologiens et les philosophes. Nous entrerons ici le moins possible dans ces questions de théorie et nous nous bornerons à constater ce que l’opinion commune considère comme bien et comme mal. A ce point de vue nous nous occuperons moins des idées générales et abstraites du bien et du mal que des biens et des maux multiples et de nature variée que nous offre l’expérience.

Cette multiplicité et cette variété même nous obligent d’en former des classes séparées, dont d’ailleurs il est facile de déterminer les caractères. Une seule distinction nous suffira pour établir cette division. Cette distinction est

DU BIEN ET DU MAL

d’ailleurs la plus importante et elle résulte le plus directement de la nature des faits.

Il est des choses que nous jugeons bonnes ou mauvaises à un point de vue purement objectif et sans que notre personne y soit intéressée en quoi que ce soit : c’est ce qui arrive, par exemple, quand, voyant une machine, nous disons qu’elle est bien ou mal conçue, qu’elle répond bien ou mal à sa destination. Il en est d’autres, au contraire, que nous rangeons dans la même catégorie, parce que notre personne même en est affectée, parce que le bien et le mal se présentent comme une qualité du sujet pensant luimême : quand par exemple nous éprouvons un plaisir ou une douleur. De là les deux grandes classes de biens et de maux: les uns objectifs, les autres subjectifs, les uns relatifs aux choses extérieures à nous, les autres se rapportant à nous-mêmes.

Mais un examen superficiel suffît pour faire voir que si l’on se bornait à considérer séparément ces deux espèces de biens et de maux, on risquerait de laisser échapper ceux qui figurent parmi les plus importants, les biens et les maux qui naissent des rapports constants entre le sujet et l’objet, entre la conscience personnelle et les objets extérieurs qu’elle perçoit. La relation de sujet à objet est la forme essentielle de notre activité intellectuelle et c’est dans cette relation que se produisent la plupart des biens et des maux. Il y a donc lieu, non seulement de considérer à part le bien et le mal objectifs et le bien et le mal subjectifs, mais en outre les biens et les maux qui résultent des relations incessantes de l’objet et du sujet. Les questions que nous avons à examiner dans cette partie se rangeront donc tout naturellement sous trois chefs, comprenant :

1° e bien et le mal considérés au point de vue purement

DU BIEN ET DU MAL

objectif et en dehors de leur action sur la conscience et la sensibilité;

2° Le bien et le mal considérés au point de vue particulièrement subjectif et en ne tenant compte que des causes objectives les plus immédiates du sentiment subjectif;

3° Les relations générales qui du rapport du sujet et de l’objet font résulter des biens et des maux subjectifs et objectifs.

Page 1