‹ Le problème du malChapitre 15 sur 16 · SIXIÈME DI$G0UR · texte numérisé non relu

SIXIÈME DI$G0UR

Tel est, Messieurs, le plan que je vous propose pour le combat de la vie. On se doit à tout bien, mais dans un ordre que fixe la place assignée à chacun par la volonté suprême. Alors l'élan contenu par la règle deviendra durable parce qu'il sera contenu, et il deviendra fécond parce qu'il sera durable. Des efforts concordants réaliseront l'harmonie du monde spirituel. Devant les armées du mal, nous sommes dispersés, et c'est là notre faiblesse. C'est l'égoïsme, c'est la maxime « chacun pour soi, » qui nous disperse. Retourner son cœur pour marcher résolument à l'ennemi en se serrant autour du drapejau, chacun à son rang, voilà l'ordre de la bataille. Il est beau de marcher sous la bannière du bien, en voyant la lumière divine éclairer les plus humbles devoirs. Il est beau de prendre part à la grande lutte^ et d'entrevoir au terme de la lutte le repos dans l'ordre, dans l'épanouissement régulier et croissant de la vie bonne. Il est beau de contempler au delà des angoisses, des désordres et des déchirements de

mité international de Genève et tous les membres de la conférence se seraient crus coupables de trop de naïveté en insérant une phrase qui stigma-. tisât la guerre. L*horreur de la guerre ressort avec surabondance de tontes les paroles, de tous les actes, de tous les écrits qui ont été publiés à cette occasion. » — Je réponds: On pourra, sans naïveté, saisir toutes les occasions de stigmatiser la guerre, aussi longtemps que la crainte habituelle de la guerre paralysera le travail et altérera le crédit ; aussi longtemps que l'exagération des préparatifs militaires enlèvera des bras nécessaires à l'agriculture, des ressources nécessaires à l'industrie et à l'instruction publique ; aussi longtemps que les sociétés politiques consacreront plus d'efforts au perfectionnement des fusils qu'à l'amélioration des hommes.

LE COMBAT DE la: YIE. 281

la société troublée par la souffrance et le péché « un « ciel d'étoiles raisonnables, aimantes et libres, un « immuable ciel plein de sérénité, de lumière et « d'amour, où tout ce que Ton a rêvé sera *. »

Telle est l'œuvre à commencer sur la terre, et à poursuivre dans l'immortel avenir. Y a-t-il ici quelqu'un qui trouve la vie lourde, l'existence terne et pesante, la succession des jours monotone? qu*il comprenne ces choses, et il sentira qu'il vaut la peine de vivre. Et h, qui douterait du bien et du triomphe définitif du bien, parce qu'il lui manque^ rait une foi profonde en Dieu, je dirais, dans les paroles de Socrate: « La chose vaut la peine qu'on « hasarde d'y croire ; c'est un hasard qu'il est beau « de courir, c'est une espérance dont il faut comme « s'enchanter soi-même *. »

Le grand disciple de Socrate, Platon, a dépeint dans des pages qui ne périront pas ', tant que dureront les lettres humaines, le mouvement de l'âme s'élevant de beautés en beautés jusqu'à la contemplation de la beauté suprême. Et qui donc n'a pas senti le regard du désir se tourner vers le suprême idéal? Quel est le libertin qui ne sente pas qu'il est beau d'être maître de ses sens? Quel est le menteur qui dans sa conscience ne sente pas le prix de la vérité? Quel est le lâche qui dans le fond de son

' Le père Gratry, de la Connaissance de Vâme, Épilogue. * Le Phédon, page 3U de l'édition Cousin.

' Le Banquet.

t8t SniÈME DISCOURS.

cœur n'hiMdore pas le courage? Quel est Tégoiste qui ne doiyê pas refouler la yoix de sa propre nature, et apprendre à se mépriser lui-même, avant de tourner le dévouement en dérision? Le bien c'est la vérité, car c'est l'expression de la pensée suprême qui a déterminé tout ce qui est, tout ce qui doit être; le bien c'est la beauté, et notre cœur en rend témoignage; l'àme tend à lui par toutes les hautes aspirations de sa nature. Il est devant nous, le bien, comme une vision splendide dont il est impossible de ne pas sentir l'attrait. Nous nous élançons, mais le mal est là; nous retombons dans nos ténèbres, le nuage se reforme, et nous nous demandons si la vision magnifique n'était pas une illusion trompeuse. La vision est vraie, Messieurs; le bien est la réalité suprême, car il est la manifestation du Dieu souverain. Nous le voyons; qu'est-ce qui nous manque pour nous en emparer? La force. Ce sera l'objet de notre prochaine séance.

Le Secours.

i GeoèTe, le 17 décembre 1867. — i Laouiine, le 24 im\ iUt,

Messieurs,

Ce qui nous manque en présence du bien, c'est la force de l'accomplir. Sauf les cas où nous sommes ayeuglés par une passion entraînante, nous sentons, nous comprenons que la pratique du mal nous rend malheureux; mais nous n'avons pas le courage de rompre avec le malheur. Où pouvons-nous trouver la force qui nous manque?

Pour répondre à cette question, cherchons un symbole dans la force dont nous disposons pour agir sur notre corps, ou dans ce qu'on appelle la force physique. A la vérité, il y a ici plus^qu'un symbole. Le lien de nos deux natures est si intime, si profond et si continu, qu'elles ne sont jamais sépa-

rées. Notre vie spirituelle ne se manifeste que sous la condition de l'existence des organes, et par leur moyen. Un idéalisme faux, résultat d'une philosophie égarée, peut seul méconnaître la valeur morale de la discipline du corps. D'un autre côté, on ne saurait contester l'influence de la moralité sur les fonctions de l'organisme; l'hygiène, comme on l'a dit*, est plus une vertu qu'une science. L'homme qui aura la volonté assez ferme pour régler son corps selon les véritables lois de la nature, obtiendra un meilleur résultat pour sa santé qu'un homme dirigé par le plus habile des médecins, mais qui cédera à des penchants désordonnés. La force qu'on appelle physique, et la force qu'on nomme morale ont donc des relations fort étroites ; et, si l'on tient compte de l'action de la volonté sur les organes de la pensée, on ne trouvera jamais une séparation absolue entre notre nature corporelle et notre nature spirituelle. Mais, sans entrer dans l'exposition d'un sujet jqui nous mènerait fort loin, cherchons seulement dans la force corporelle un symbole de la force morale. Gomment s'entretient et s'accroît la puissance que nous exerçons dans les mouvements musculaires? Par son exercice même; c'est pouf cela que le travail des mains, la promenade et la gymnastique contribuent à la bonne santé. Mais l'exercice n'entretient la force qu'en la dépensant, et la détruirait bientôt si

* Joubert, si je né me trompe.

• LE SECOURS, tSd

elle n'était alimentée par la nourriture. Nous prenons une nourriture tantôt solide et tantôt liquide, et les parties solides de la nourriture doivent être liquér fiées pour servir à l'alimentation. La nutrition s'opère par un merveilleux ensemble de fonctions de Tappareil digestif et de celui de la circulation; et il existe, dans l'ensemble dé ces fonctions, un phénomène primitif dont tout le reste procède. Ce phénomène est la respiration. La condition nécessaire de l'alimentation du corps est notre contact avec le principe vivifiant de l'atmosphère. Au moment où l'enfant va commencer sa vie propre, en sortant du sein de sa mère, il faut avant tout que l'air entre dans ses poumons, il faut qu'il respire; ce n'est qu'après avoir respiré qu'il pourra prendre le sein de sa nourrice. Tels sont les faits où nous allons trouver le symbole de l'alimentation des forces de l'âme.

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