V. — Résumé et conclusions
Je résume en quelques mois les conclusiojis auxquelles nous a conduits Texamen du moins lourd et du plus lourd que l'air.
Les ballons dirigeables sont possibles aux vitesses modérées; il est même à présumer qu'on sera bientôt en mesure d'en construire qui transporteront quelques hommes avec une vitesse propre et pendant une durée assez grandes pour qu'on puisse considérer le problème comme pratiquement résolu. Mais, â partir d'une certaine vitesse, qui semble voisine de 20 m par seconde, leur réalisation deviendra difTicile; elle sera même impossible pour les grandes vitesses.
Tandis qu'on peut construire des aéroplanes*oiseaux évoluant aux faibles allures permises aux ballons dirigeables, les aéroplanes-navires exigeraient alors des surfaces beaucoup trop grandes ; ils ne sont guère possibles que vers les limites ou les dirigeables s'éliminent : encore, à ces vitesses, ne sont-ils capables de porter que des poids très réduits. Outre l'essor et Tatterrissage, leur réalisation comporte de très grosses difficultés, qui croissent avec le poids utile et la vitesse, c'est-à-dire avec les caractéristiques mêmes de fout appareil de transport. Parmi ces
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difficultés, il convient de rappeler le maintien de la voilure
des limites étroites, la stabilité, et la nécessité de découvrir un
moteur sensiblement plus léger que ceux d'aujourd'hui.
Je m'en tiendrai, Messieurs, à ces considérations générales ^ trop longues si l'on ne s'en rapporte qu'au temps misa les es poser, et certainement bien courtes si l'on considère tout ce qu'il y aurai ta dire pour éclairer ce problème si mal connu. Limité par le temps, j'ai dii me borner aux principes essentiels, et dans le cas du plein vol seulement. J'aurais désiré examiner de plus près certaines questions qui entrent directement dans mon sujet : par exemple les modifications du vol des oiseaux avec les espèces, les aéroplanesmixtes, et surtout les lois élémentaires de l'Aérodynamique, dont l'ignorance est d'autant plus regrettable pour Tlngônieur que les lois corrélatives de l'Hydrodynamique seraient éclairées par elles. Je me propose de vous. apporter prochainement une élude ou j'essaierai de combler cette lacune.
En terminant, est-il nécessaire de faire remarquer qu'il est tout à fait impossible d'obtenir les vitesses considérables et de transporter les lourdes charges dont nous parlent si légèrement maints apôtres de l'Aviation? En vérité, si de pareils utopistes faisaient loi dans les autres grandes recherches scientifiques comme ils le font malheureusement dans la navigation aérienne, ils justifieraient les hautains pédagogues qui concluent à la banqueroute de la science. Bien au contraire, la science nous montre à quel point dételles espérances sont chimériques; elle nous permet, en dégageant les conditions du problème, d'apercevoir dans quelles limites il est réalisable; elle nous enseigne que le navire aérien, quel qu'il soit, né constituera jamais un moyen de transport courant : les gouvernements seront à peu près seuls à les utiliser aux armées; elle nous révèle enfin qu'il faut attendre ce navire moins d'une invention géniale ou d'une découverte merveilleuse que des eS'orts patients, obstinés, de ceux qui s'attachent à son élude rationnelle. Je dirai plus : l'Aéronautique touche à des problèmes si nombreux et si divers qu'elle sera un peu l'œuvre de tous ceux qui font progresser la science, el plus spécialement la métallurgie, l'étude de l'écoulement des fluides, la construction des moteurs, etc., etc.. Elle n'aura pas. Messieurs, de meilleurs collaborateurs que vous-mêmes.
On est généralement tenté d'exalter les applications et les conséquences des questions auxquelles on s'attache. J'ai cherché à éviter ce Iravers, et je considère comme ridicules les prophéties de ceux
qui aflBrinent sérieLisement que la locomotion aérieime ^ renouvellera la face de la terre ». Nous ne lui demandons pas tant. I^ous nous bornons à souhaiter qu'elle nous donae une puissante arme de guerre, et un outil qui peut être également précieux dans certains grands travaux de la paix. L'Aéronautique est une science essentiellement française, puisque notre pays est le berceau des Montgolfier, des Giffardj des Dupuy de Lôme^ des Tissandier, des Renard et des Krebs : puisse la France qui, â la guerre > aura une revanche à prendre» et qui, en temps de paixj doit maintenir son rang scientifique glorieux, puisse la France être la première à créer de semblables engins!