‹ Le Problème Marocain et la Banque D'État du MarocChapitre 5 sur 53 · ÂU · texte numérisé non relu

ÂU

Angleterre.

Allemagne .

Espagne» . .

Italie

Belgique. . .

Autriche . .

Portugal..

Suède et

Norvège.

Etats-Unis.

(1) V. Bérard, L'affaire marocaine, p. 383.

conquête de la Syrie, agrandit l'Allemagne de toute la Méditerranée orientale. — Ne suit-il pas les traces du vieil Empereur;? Ne travaille-t-il pas à acquérir l'exclusive faveur du Sultan de Constantinople ? Ne dirige-t-il pas des foules d'émigrants allemands vers l'Anatolie ?Ne prétend-il pas réserver à son peuple les profits de l'Asie Mineure régénérée ? Mais, sans se demander si les peuples méditerranéens ne pourraient pas arguer d'une sorte de doctrine de Monroë contre l'intrusion allemande, force est bien de reconnaître qu'autre chose sont des ambitions même précises, autre chose des intérêts positifs. L'Empire allemand n'a pas d'intérêts positifs dans la Méditerranée. C'est un fait. Il ne peut donc se réclamer au Mai^oc que des intérêts incontestés de ses colons et de ses commerçants. On ne saurait, sans injustice, en diminuer l'importance (i)» Depuis que le comte de Tattenbacli a conclu avec Moulay el'Hassan le traité de commerce le plus complet qu'ait signé le Makzen, depuis que le D"" lannasch a fondé une ligne directe de navigation entre Hambourg et le Maroc, l'Allemagae y a obtenu de beaux succès. Cinq de ses Compagnies y font régulièrement escale. Elle y compte une quarantaine de maisons^ représentant un capital d'environ lo millions de marks. On y évalue à i5o le nombre de ses nationaux. La poste impériale y est fort bien orga-

(1) Cf. C. Fidel, Les intérêts français et les intérêts allemands au Maroc \ U opinion allemande et la question du Maroc ; Y. Bérard, V affaire marocaine, passim, et ch. V ; A. Tardieu, La conférence d'Algésiras, ch. I, § 4 ; La France et les alliances, ch, II, i< 2, ch. IV et V.

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nisée. Son commerce, de 9 millions en 1902 sur un chiffre total de io4, de 10 millions en 1908, sur un chiffre total de 110, de II millions en 1904, sur un chiffre total de 98, de 7.83o.ooo en 1905, sur un chiffre total de 79, représentant 9 0/0 en 1902, 9.6 0/0 en 1908, 10 0/0 en 190/1, 9.9 0/0 en 1906, lui confère, bien loin d'ailleurs de l'Angleterre et de la France, le troisième rang. Cette situation permet-elle de légitimes desseins d'établissement territorial ? Les pangermanistes n'en ont jamais douté. Ils ont toujours demandé, au Maroc, outre la pleine liberté commerciale, des terres pour les émigrants allemands des dépôts de charbon et des points d'appui pour les flottes allemandes. Que les paysans de Germanie songent avec envie aux plaines occidentales du Maroc, aux fermes qu'on y pourrait installer, et dont l'industrie d'outre-Rhin a tant besoin ; que les u coloniaux 0 de l'Empire soient avides d'aménager à Rabat, Safi ou Mogador, un port qui, assurant le service du Cameroun et de l'Afrique orientale, leur donnerait surtout la faculté d'entraver, en temps de guerre, les communications de l'Angleterre avec le Cap, et les Indes, soit au large des promontoires atlantiques, soit par le détroit de Gibraltar ; ce sont des désirs qu'il est assez aisé de comprendre. — Mais, tant que la violence n'est pas seule à décider des rapports entre nations, tant que le « droit du poing » n'est pas seul à régler la vie des peuples, les ambitions devront se fonder sur des droits. L'Allemagne :n'a de droits d'aucune espèce au Maroc. Elle l'a ignoré jusqu'à i85o. Elle l'a dédaigné jusqu'à 189O3 Sa situation

territoriale lui interdit toute argumentation « méditerranéenne ». La médiocrité de ses possessions coloniales, lui interdit toute argumentation a mondiale ». Aussi bien, ses gouvernants savent parfaitement qu'ils ne pourraient légitimer les exigences pangermanistes que par les droits de l'appétit. M. de Biilow^ a toujours proclamé, dans ses déclarations officielles, que l'Allemagne n'a au Maroc aucun intérêt politique, qu'elle « n'y a que des intérêts économiques » (i). Encore convient-il de déterminer l'espèce de ces intérêts. Faut-il prendre la formule assez vague d' « intérêts économiques » dans toute son ampleur, et y compter à la fois les intérêts des commerçants, des industriels, des financiers allemands ? Faut-il la prendre dans une acception restreinte, et en subordonner l'interprétation à des restrictions précises.^ Les affaires industrielles et les affaires financières sont trop étroitement liées, surtout dans un pays qui s'ouvre à peine à la pénétration européenne, avec les affaires politiques, pour que la reconnaissance d'inté-

(1) Cf. discours au Reichstag du 12 avril 1904 : « Nous avons. . . . au Maroc un intérêt économique essentiel, avant tout des intérêts commerciaux, . . Nous devons protéger et nous protégerons nos intérêts mercantiles au Maroc, . . » [Livre /awMe, 1901-1905, n° 150). Discours du 6 décembre 1905 : « L'action de l'Allemagne au Maroc ne pouvait avoir qu'un caractère défensif . . . Nous demandions seulement le respect, au point de vue économique, de nos droits » (Tardieu, La Conférence d'Algésiras . Appendice, p. 490), — Cf. aussi les déclarations de M, de Richtofen, du 14 octobre 1904 : « Le secrétaire d'Etat m'a marqué l'intérêt exclusivement économique que l'Allemagne attachait aux affaires marocaines » (Lettre de M. Bihourd, ambassadeur de France à Berlin. Livre jaune, 1901-1905, n» 192).

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rets autres que les intérêts commerciaux, risquant de conduire à des difficultés politiques, puisse ressortir d'autres accords que de conventions précises conclues avec la puissance manifestement désignée pour exercer Thégémonie. Les transactions commerciales échappent à cette objection. Les réclamations de la diplomatie germanique ne peuvent donc, en tout droit, concerner que la liberté des affaires de négoce. M- de BiiloAV l'avouera : « Nous avons au Maroc un intérêt économique essentiel, avant tout des intérêts commerciaux. » Lorsque l'accord franco- anglais sera signé, les journaux ofQcieux ne s'inquiétant que de la question commerciale l'avoueront aussi : « La France, écrira la Gazette de ï Allemagne du ISlord (i), s'engageant à maintenir la liberté commerciale, et se chargeant de faire régner dans ce pays l'ordre, la sécurité, et la régularité financière, les intérêts commerciaux de l'Allemagne n'ont rien à redouter delà France ». Qu'est-ce à dire, sinon que de l'aveu même des gouvernants et de la presse allemande, l'Allemagne, se déniant tout intérêt politique au Maroc, se condamne à n'y revendiquer, avec légitimité, que la liberté du commerce ^ sinon que, sous la condition que les fîlateurs, les quincailliers, les verriers de Germanie puissent, sans entraves, écouler leurs cotonnades, leurs fers, leurs bimbeloteries et leur camelote, l'Allemagne s'engage à remettre à d'autres puissances, plus désignées qu'elle pour veiller à l'exécution de réformes nécessaires.

(1) livre jaune, 1901-1903, p. 145,

le soin de régler la condition politique, militaire, administrative et financière du Maroc ?

- L'Italie peut-elle réclamer cette mission ? Ce ne sont pas les ambitions qui lui manquent. En 1808, Mazzini écrivait : (( L'Afrique du Nord revient à l'Italie. » Vers 1876 Fregoso revendiquait dans son livre, u // primato italiano », l'Egypte, Tripoli, Tunis et l'Algérie, comme « les colonies naturelles de l'Italie » (i) ! Il n'est pas impossible que Grispi, comme il a eu des visées en Abyssinie, ait eu des projets sur le Maroc. On a même assuré qu' a avec l'aide de la diplomatie allemande, il avait circonvenu le Sultan et, que celui-ci avait été à deux doigts de reconnaître le protectorat italien )>(2). Ces choses se seraient passées à la veille d'Adoua, c'est-à-dire au temps où l'Angleterre et l'Allemagne s'étaient unies au Maroc contre la France. Appartenant à la fois à la Triplice continentale commandée par l'Allemagne et à la Triplice maritime commandée par l'Angleterre, l'Italie pouvait, par son protectorat, sauvegarder les droits anglais tout en servant les ambitions allemandes, et du même coup porter une grave atteinte aux droits et aux proj ets français .Mais une pareille combinaison ne relève que de la politique d'aventures. La nécessité, les avantages d'un protectorat italien au Maroc ne sont inscrits ni dans les choses ni dans des rencontres durables d'intérêts. Puissance méditerranéenne, l'Italie a le droit de ne demeurer

(1) Cf. R. Pinon, L'empire de la Méditerranée.

(2) Cf. l'article de M. Vico Montegazza, cité dans le 7oMma/c?es Débats, du 30 décembre 1905 ; V. Bérard, op. cit., p. 61 sq.

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