Sénèque, id., IV
la fin justifie-t-elle les moyens? Un riche est accusé de trahison. L'accusateur, pour faire sa preuve, pénètre la nuit dans la maison du riche et prend un écrin dans lequel sont les lettres écrites aux ennemis. Le riche est condammé; mais, lorsque l'accusateur paraît dans l'assemblée publique, les magistrats veulent l'en chasser comme voleur '.
Est-il permis de tuer dans une bonne intention? Un père tue son fils fou, et qui dans ses accès se déchire les membres. Sa femme le poursuit *.
N'est-ce point déjà une faute que d'encourir le soupçon? Un riche marchand veut séduire la femme de son voisin absent. Elle le repousse. Il meurt, et la fait son héritière, pour honorer, dit-il, sa chasteté. Elle accepte l'héritage. Son mari revient, trouve cet héritage louche, et accuse sa femme d'adultère ^. Eût-elle dû en effet accepter la récompense de la chasteté de celui qui avait voulu la lui faire perdre? On voit par tous ces exemples que les écoles d'éloquence étaient en même temps des écoles de casuisti-
1. Sénèque, Controv., V, 3o. Cf. Conlroverse du même genre, Etc. controv., IV, 4.