Dion, Discours
nel de compassion involontaire, et soulageait malgré ses remèdes. Car la consolation est affaire d'àme à d'àme, et la réduire en arguments étiquetés et numérotés fut un excès de dialectique morale. C'était trop demander à la philosophie, qui, à lutter contre les lois mêmes de la nature et du cœur humain, ne put trouver que pauvretés et paradoxes. Pauvretés et paradoxes qu'il ne faut pas lui reprocher, mais qui sont le fait de cette même nature et de ce même cœur qui veut à la fois et ne veut pas être consolé, et n'appelle souvent à lui le remède que pour enflammer et aiguillonner sa plaie. Et c'est pour les philosophes, sinon pour la philosophie, un honneur d'avoir pénétré dans l'intimité des âmes jusqu'à être les amis et les confidents du malheur, n'en pouvant être les consolateurs.
D'autres fois leur rôle était plus bruyant et plus brillant. Musonius Rufus s'interpose, vainement il est vrai, entre les légions ennemies de Vespasien et de Vitellius. Plus heureux, Dion Chrysostome se jette au-devant d'une armée qui s'insurge et la ramène au devoir, exemple mémorable d'un philosophe sachant parler à des soldats. Dans le palais des empereurs, conseiller hautain, il rappelle que
228 UN PROBLÈME MORAL DA>S l' ANTIQUITÉ
C'est Jupiter qui donne les trônes *.
Son désintéressement et sa foi philosophique font l'indépendance et Tautorité de sa parole. « Ne craignez, pas, dit-il, que je veuille vous
flatter Pourquoi menti rais-j e ? pour de
l'argent, des louanges, de la gloire? De l'argent! je n'en ai jamais voulu, bien qu'on m'en ait souvent offert ; mais j'ai tout donné, j'ai distribué aux autres tout ce que je possédais, et je le ferais encore s'il me restait quelque chose *. » Puis ce n'est pas lui qui parle : une voix immortelle parle par sa bouche % et lui dicte les audaces d'un saint Ambroise ou d'un Bossuet. Son attitude le rapproche en effet de ces deux grands évêques. Il est le philosophe en titre, l'orateur sacré * de la cour de Trajan.
Non qu'il se renferme dans ce rôle de prédicateur officiel et de courtisan grondeur. Il est de ces stoïciens pour qui la moralité des masses n'est pas négligeable '% et il étendit jusqu'à