Lacta.nce, Instit. Div., V
3. Lactance, id., V, 18. Quibus rébus apiîaret sapientissimum esse, qui mavult perire ne noceat: ut id:officium, quo a mutis discernitur, servet. Nam qui vendenlis errorem non redarguit, ut aurum parvi emal, autqui non profitetur fugitivum servum, vel pestilentem se' domum vendere, lucro et commodo suo consulens, non est ille sapiens, ut Carneades videri volebat, sed callidus et astu-
294 UN PROBLÈME MORAL DANS l'aISTIQUITÉ
ne Teffrayeraient pourtant point. Il ne lui déplaît point, nous Tavons vu, qu'il soit absurde d'être vertueux. Le devoir est, comme par définition, rude et pénible. Il est donc nécessaire que le juste soit l'objet des mépris et des risées *. Dieu a caché la vertu sous le masque de la sottise; car il fallait qu'elle eût son mystère, comme tout dans la religion ^
Après Lactance , nous avons nommé saint Ambroise. Saint Ambroise a imité le traité des Devoirs de Cicéron, comme Cicéron avait imité celui de Panétius. Son imitation est une vraie traduction dans un vocabulaire et dans un monde d'idées tout différents ^. Il distingue, comme Cicéron, des devoirs parfaits et des devoirs moyens. Mais son autorité à lui est l'évangile de saint Mathieu. « Que faire, demandet-on au Christ, pour avoir la vie éternelle? — Observer les commandements, et aimer son
tus. Calliditas autem et astutia in mutis quoque animalibus sunt
1. Lactance, Instit. Div.,\, passim, et VI, 4. Justus ergo, quoniam durum asperumque iter ingressus est, contemptui, derisui, odio sit necesse est.
2. Lactance, J?2s<i<. Div.,y, 19. Sed idcirco virtutem ipsam Deus sub persona stultitiœ voluit esse celatain, ut mystc* rium veritatis ac religionis suae esset arcanum.
3. Voir Ebert, Histoire de la littérature latine chrétienne, tome I, et Ewald, Influence de la morale stoïque-cicéro- 7iienne sur l'exposition de la morale dans saint Ambroise. Dissert., Leipsig, 1881.
prochain comme soi-même. » Ce sont les devoirs moyens. Mais pour celui qui a l'ambition de la perfection le Christ a une autre réponse : « Vends tes biens et donnes-en le produit aux pauvres : tu acquerras ainsi un trésor dans le ciel. Après quoi viens et me suis *. » Le point d'appui a changé, la doctrine morale est la même. Pareillement des exemples empruntés à l'Ancien Testament, plus rarement au Nouveau, sont substitués aux exemples stoïciens, mais pour illustrer les mêmes devoirs ou les mêmes conflits de devoirs. Signalerons-nous un certain parti pris en faveur de tous les personnages de l'Ecriture, qui va jusqu'à fausser les décisions morales de saint Ambroise? C'est ainsi qu'il approuve la vengeance que Moïse exerça contre les Médianites, lorsqu'il fit tuer tous les hommes, après leur défaite ^ Cette àpreté contre les ennemis, surtout contre les ennemis de la religion, est une réminiscence judaïque, mais qui est de mauvais augure. En revanche, d'homm e à homme, saint Ambroise n'admet même pas le droit de légitime défense ^ et renchérit sur tous les devoirs. Il fait même