‹ Le problème moral dans l'AntiquitéChapitre 28 sur 259 · Discours 70 sur la philosophie · texte numérisé non relu

Discours 70 sur la philosophie

dont les éléments sont infiniment divers, et se plaisent à étonner, par des combinaisons nouvelles, les vétérans de la vie? Aussi l'homme, qui souvent s'égare, en est réduit à se faire une excuse du trouble de ses yeux, et un refuge de sa bonne volonté trompée. — Du moins est-il possible de prévenir quelques-uns de ces égarements en multipliant les règles, et en en faisant les auxiliaires de la conscience pour toutes les luttes qu'elle peut avoir à soutenir. Parce qu'on ne peut prévoir tous les cas qui se présentent, il serait puéril de renoncer à en prévoir aucun. Au contraire, il faut faire descendre la loi dans les faits, et en éclairer à sa lumière le plus grand nombre possible. — Mais, sans parler de ces cas obscurs et compliqués qui sont les problèmes de la conscience, c'est déjà un problème que de traduire la loi en un fait matériel précis. Faites le bien, nous dit-on, mais qu'estce qui est bien? Epictète insiste à maintes reprises sur cette difficulté : « Suffit-il à celui qui ne veut pas être trompé dans l'usage de la monnaie d'avoir seulement entendu dire : « Reçois les drachmes de bon aloi, et rejette les fausses? » Gela ne suffit pas *. Ailleurs il

i. Epictète, Diss., I, 7 (traduction Thurot). Cf. ici., 11, et Manuel, 52.

40 UN PROBLÈME MORAL DANS l'aNTIQUITÉ

compare le moraliste à un médecin. Tout le monde sait ce qu'on entend par santé et maladie; mais la difficulté est de savoir quand il faut, pour rétablir la santé, ordonner la diète, une saignée, des ventouses *.

Le casuiste est le praticien de la morale. D'ailleurs, pour s'occuper de la pratique, il n'oublie pas la théorie; pour s'occuper des cas, il n'oublie pas les lois; mais il soumet les cas aux lois, mais il concilie ces deux inconciliables, la pratique et la théorie.

En résumé, l'origine de la casuistique nous paraît double dans le stoïcisme. A l'utopie morale, qui trouve son expression dans les paradoxes, succède une série de concessions qui entraîne les stoïciens jusqu'à admettre des conflits entre l'utile et l'honnête. De là une casuistique qui a eu des moments de fermeté, et aussi de faiblesse. — Mais l'honnête seul suffit aux obscurités et aux conflits. C'est souvent un problème de savoir ce qui est le plus honnête. C'en est inême un de savoir tout simplement ce qui est honnête. De là une casuistique sans laquelle la loi morale ne serait qu'une belle abstraction.

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