‹ Le problème moral dans l'AntiquitéChapitre 27 sur 259 · Plutarque, Des Notions co minimes · texte numérisé non relu

Plutarque, Des Notions co minimes

7. Cicéron, De Off., \, 3. « Médium aulem officium ici esse dicant, quod, cur factum sit, ratio probabilis reddi possit. » Cf. De Fin., III, 17. « Est autem officium, quod ita factum est, ut ejus facti probabilis ratio reddi possit. » Diogène Laîîbce,

LA MORALE STOÏClEiSNE ET LA CASUISTIQUE 37

il ne faut guère songer à la certitude, c'est-àdire au bien absolu. L'absolu nous échappe le plus souvent, quelque aspect que nous en voulions saisir, beauté morale ou vérité; dans la pratique il faut se contenter et d'une vertu moyenne et d'un degré intermédiaire de la connaissance '. — Mais, quelque degré qu'il nous soit donné d'atteindre, c'est la dialectique qui nous guide, qui nous détourne des mauvais chemins , et découvre à nos yeux les belles routes de la nature que cachait la poussière accumulée des intérêts et des sophismes.

Il faut faire un choix raisonnable des fonctions; mais quelles sont les fonctions dont le choix peut être raisonnable? — Le bien consiste à vouloir ce qui est bien ; mais quels sont les biens dont la poursuite est un bien plus grand? — Il faut suivre la nature, mais par où faut-il aller pour la suivre? — Voilà les

VII, 107. "Ett ôî xaOrixdv tpadtv elvat o upoayôkv s-jXoyôv tiv' t'o-/îi a.'Ko),ojf3[xo'i, o'.o^i To ày.ô).o'j9ov hi xr, ÎJwT;, ôuîp v.at km xà çuxà ■f.'X'. Çwa otaxîîvc'.- opâîOat yàp y.àui xoûxtov xa^VAOvxa. Cf. Stobée, Ed., Il, 158. Skxtus E.mpiricl'S, Adv. Math., VII, 138. 1. CicÉRON, Sec. Acad., I, 11. « Sed inter scientiam et inscientiam, comprehensionem illam, qiiam dixi, collocabat, eamque neque in rectis, neqiie in pravis numerabat, sed soli credendum esse dicebat. » — Ce passage, comparé à la façon dont Cicéron parle ailleurs des média officia, et rapproché de la note précédente, autorise le parallélisme que nous établissons entre les degrés de connaissance et les degrés de vertu.

38 UN PROBLÈME MORAL DANS l' ANTIQUITÉ

diverses façons pour un stoïcien de poser ce problème éternel : Gomment passer de la morale théorique à la morale pratique?Comment appliquer les lois générales à des cas particuliers? Et il est souvent arrivé ici aux philosophes de se débarrasser de leurs formules et de parler le langage de tout le monde. « Il n'en est point de la vertu comme d'un art, dit Gicéron, et la théorie n'y est rien sans la pratique *. » — « Que penseriez-vous, s'écrie un véritable prédicateur laïque, le philosophe Dion ^ d'un homme qui vous dirait : je suis laboureur, et qui, sans posséder ni champs, ni instruments de travail, passerait sa vie au milieu des plaisirs de la ville? » c'est-à-dire que penseriez-vous d'un homme qui vous dirait : je suis sage, mais dont la sagesse resterait une théorie et une attitude, et ne pénétrerait pas toute la conduite? G'est que la sagesse n'est rien dans la vie, si elle n'y est tout, si elle n'en inspire les moindres démarches, si elle n'en illumine tous les détails. Mais là justement est la difficulté. Gomment mettre d'accord avec la spéculation forcément limitée dans ses prévisions et abstraite dans ses lois, la pratique quotidienne,

Page 1