‹ Le problème religieux au XIXe siècleChapitre 7 sur 26 · PRÉFACE XI · texte numérisé non relu

PRÉFACE XI

Quand on a lu ces pages si fortes et si substantielles où le penseur développe sa thèse avec une irrésistible autorité, on demeure convaincu que la croyance et la science, que la religion et la philosophie, que le Christianisme enfin est le principe vivant de la conduite de tout homme dans son existence terrestre, et la raison directrice de son éternelle destinée. On sent que la religion est présente dans la philosophie et la philosophie dans la religion, qu'elles se pénètrent récipro(|uemer]t sans s'absorber Tune par l'autre : « accord parfait de deux sons qui n'en forment plus qu'un, mais où les deux se distinguent, fondus, non identifiés, dans une parfaite harmonie. »

En effet, en face de la Philosophie nécessaire et possible, on trouve la Religion, qu'il faut considérer comme véritable dans sa doctrine ainsi que dans son objet.

L'auteur du Problème religieux au I/A* Siècle nous montre avec une indiscutable évidence que la religion chrétienne se retrouve dans toutes les grandes religions du passé, et que par conséquent ce dogme, irréductible dans son essence, ne peut pas être contredit par la philosophie, car la philosophie qui le contredirait contredirait l'humanité même et serait fausse.

C'est pourquoi il faut bien reconnaître avec Saint- Augustin que la Philosophie et la Religion sont une même chose.

L'ouvrage que nous avons l'honneur de résumer dans cette courte introduction aura, selon nous, le durable mérite d'établir d'une façon expérimentale et scientifique, que la Religion et la Philosophie sont destinées à s'accorder pour le bonheur de l'Humanité : la religion, en offrant à la philosophie les germes de la sagesse et de la science ; la philosophie, en lui en restituant les fruits comme la conséquence remonte à son principe : les deux

xiï PRÉFACE

enfio en élevant à l'unisson toutes les facultés de rhomme vers Dieu.

Nous sommes à une époque critique où s'opère la fusion de Tordre religieux dans Tordre philosophique. Quel sera le caractère de cette transformation ? Il consistera, selon nous, dans une interprétation rationnelle du symbolisme des dogmes, dans le passage de VExotérisme de la lettre qui tue à VËsolérisme de Tesprit qui vivifie. C'est ce qui fait dire à M. Alaux que, pour être la religion de Tavenir comme il a été celle du passé, il suffit que le christianisme soit vrai dans son esprit, ne le fût-il pas dans sa lettre.

« C'est assez pour la religion^ s'écrie Tauteur en terminant : que ce soit assez pour l'Eglise I Qu'elle laisse libre l'adhésion à la lettre, elle aura les philosophes comme elle a les croyants, et l'incrédulité n'aura plus où se prendre. Le problème religieux sera résolu. »

Telle est la conclusion d'une des œuvres philosophiques les plus importantes du siècle, œuvre qui marquera sans nul doute une époque particulièrement féconde de Tesprit humain.

Notre sympathie pour la personnalité si intéressante de M. Alaux nous impose à son égard une réserve facile à comprendre. Qu'il nous suffise donc de dire au seuil de cet ouvrage que le Problème religieux au XW Siècle est un livre qui vient à son heure, un livre attendu, un livre salutaire, un livre qui condense et formule merveilleusement toutes les aspirations vagues d'un état d'esprit général, une de ces œuvres enfin qui éclairent^ de loin en loin, comme un phare étincelant, la voie souvent si ténébreuse où s'avance la pensée humaine.

La Roque^ novembre 1889.

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