‹ Le procédé Rawlins à l'huileChapitre 10 sur 10 · QUELQUES REMARQUES · texte numérisé non relu

QUELQUES REMARQUES

Remarques sur la reprise après séchage. — C'est évidemment par l'exercice que le photographe parviendra à user judicieusement des ressources sûres et précieuses que lui offre la reprise après séchage. Les épreuves que l'on veut ainsi travailler seront piquées au moyen de punaises sur des planchettes à dessin et recouvertes de papier de soie pour empêcher la poussière de s'y fixer. Pendant des jours et des jours, quand on a quelques minutes libres, on peut les reprendre, les perfectionner. On a ainsi la fliculté de modeler un ciel, aussi aisément que dans le procédé au fusain, d'abaisser un lointain, d'aviver l'éclat d'un col, de mouvementer le fond uni d'un portrait, de reprendre par hachures légères le modelé d'une téte et de le rendre plus vibrant. Je donne ici un exemple d'une reprise de ce genre, dans le hors-texte « Dorine » ; les touches de gomme y sont demeurées très visibles, malgré la réduction et la trahison typographique.

On remarquera, dans les parties éclairées du visage, la reprise par petites hachures exécutées à la gomme

pointue, les unes jetées dans le sens du modelé des muscles, les autres dans un sens oblique à ce modelé. Il y a là un moyen excellent de donner, dans les têtes à grande échelle, un peu de vibration aux lumières et, aussi, de rompre ce qu'il peut y avoir de trop régulier dans la continuité du modelé photographique. Cette continuité offre sans doute quelques avantages : elle assure la délicatesse des passages et des transitions dans les valeurs; elle convient bien aux effets délicats, aux sujets menus. Mais, lorsque l'échelle grandit, cette continuité tend à énerver le modelé. De là la convenance admise de rompre celte continuité par l'introduction dans la matière d'un grain d'une grosseur proportionnée à la dimension de l'image. Les hachures légères, créant une sorte de quadrillage, peuvent remplir un office du même genre. En ce qui me concerne, dans les études de tête à grande échelle, je les utilise toujours,

La reprise après séchage a, en somme, pour but principal d'étendre, par la création à la main de l'accent blanc pur, la gamme des valeurs que le procédé photographique, de par son essence même, tend à réduire toujours. Dans une épreuve tirée de façon automatique sur des papiers à impression directe ou sur les papiers à développement on ne trouve nulle part le blanc pur du papier; le cliché étant transparent, même dans les plus fortes opacités, la lumière passe toujours et teinte les blancs. Et si on compare une épreuve de ce genre à un fusain, par exemple, ou à une aquarelle en camaïeu, on remarque que la gamme des valeurs y est bien plus réduite, qu'il manque plusieurs notes extrêmes soit du côté blanc, soit du côté noir de la gamme.

Un avantage des procédés à dépouillement, du procédé à la gomme, du procédé à l'huile réside dans la

faculté qu'ils nous donnent crëiendre à la main la gamme pliotograpliique jusqu'au blanc pur du papier. Il en résulte que l'image a beaucoup plus d'éclat et qu'elle peut supporter le voisinage d'une marge claire, voire blanche, laquelle est funeste aux épreuves tirées par les procédés ordinaires.

Mais cette extension de la gamme, cette création de notes blanches, change, par un effet de contraste les rapporls des valeurs dans les régions moyennes de la gamme ; les notes blanches une fois placées on est donc amené à effectuer quelques remaniements, à opérer une sorte de ventilation, dans le but de raccorder, de relier ces notes extrêmes à l'ensemble. Ceci se traduit par l'abaissement de quelques valeurs appelées a servir de transition.

Est-il besoin d'ajouter qu'il faut se garder d'user avec excès de cette facilité de créer des notes blanches; celle ci constituant des accents; car les accents s'énervent dés qu'on les étend ou qu'on les disperse.

Remarquons, pour terminer, qu'en permettant l'emploi facile des hachures et des reprises en clair, le procédé à l'huile donne licence au photographe de s'attaquer à certains éclairages qu'il délaissait par prudence et pour cause d'impuissance : les éclairages plats, les modelés de chairs en pleine lumière, que, dans la peinture, l'école anglaise du poi trait ou, plus tard, l'école du plein air ont si fréquemment utilisés. Ils étaient interdits au photographe parce que les notes voisines du blanc manquent à la gamme photographique. Par suite, dans les parties éclairées des visages, le modelé fourni par le cliché est plat, uniforme, sans saveur. Par suite encore le photographe se trouvait conduit d'une part à diminuer l'importance des parties éclairées du

visage, d'autre part à donner de l'éclat à celles-ci par le voisinage d'ombres franches, accentuées, Aoire brutales. Mais si, traitant ?i l'huile un masque au modelé uniforme, vous créez a la main les notes blanches, vous redonnez du relief à la t(He et de la puissance au modelé.

Sur les ciels. — Le procédé ])ermet de couvrir d'une teinte plate ou dégradée un ciel que le cliché, tiré par un procédé automatique, donnerait gris clair, presque blanc; il suffît d'amollir plus ou moins l'encre normale qui a ser^i à l'encrage de Tépreiive.

Le ciel se modèle ensuite, après un ou deux jours de séchage, par enlevés eflectués au moyen d\me poupée de linge, de la gomme nigrivorine, du grattoir, exactement comme dans un dessin au fusain.

Il faut se garder — c'est la recommandation que je veux faire — d'encrer trop fortement le ciel. D'ordinaire, les ciels photographiques ingénieusement rapportés par les amateurs consciencieux sont beaucoup trop montés de ton et trop beaux aussi d'ordinaire. Il faut se rappeler qu'ici l'attaque ultérieure par la gomme ou le grattoir donnera des blancs purs et que le voisinage de ces blancs fera monter singulièrement la valeur du ton appliqué sur le ciel.

On remarquera que, le cas excepté où l'on voudra faire un effet violent de nuages orageux, il suffira, en thèse générale, d'user pour le ciel de l'encre normale composée pour Tensemble de l'épreuve. Avant l'attaque de la gomme ce ciel paraîtra trop clair, mais après l'attaque il prendra la valeur juste d'un ciel léger.

Sur la question du grain. — Nous avons deux moyens de faire varier le grain de matière pigmentaire :

le choix du papier support, qui peut être lisse, ou à grain moyen, ou à grain fort; 2"^ le mode d'attaque de la main. Le second moyen est le plus efficace.

Il consiste à ne pas pousser le tapotement jusqu'à l'écrasement complet, à poser la valeur du premier coup et à donner au putois, lors de l'encrage, une certaine sécheresse d'attaque qui empêche le grain de s'affiner. A tapotement léger et prolongé, grain fin; à tapotement hrusque et abrégé, grain fort. En même temps, dans ce dernier cas, le modelé se simplifie, se synthétise; les détails insignifiants n'ont pas le temps d'apparaître ; c'est un avantage quand on traite un sujet simple, à échelle assez grande. Il peut être également recommandable de faire varier le grain dans une même épreuve : dans un paysage, d'affmer le grain d'un lointain plus que le grain d'un premier plan ; dans un portrait, le grain de la figure plus que celui du vêtement, etc.

Sur un support lisse, tel que le papier n^ loo ou 126, il est aisé de laisser ainsi subsister un grain assez fort.

Séchage de l'épreuve. — Une épreuve à l'huile sèche lentement. Il faut en prendre son parti et laisser le temps faire son office. Pendant cette période critique du séchage, les poussières sont à craindre : l'encre les happerait et les fixerait; et aussi les frottements. Il convient donc de ne pas comprimer les épreuves et de les recouvrir d'un papier protecteur à surface lisse et parcheminée.

Il semble qu'un passage à la vapeur d'eau accélère le séchage. On opère comme on le fait pour fixer la retouche au crayon sur une épreuve au bromure : après séchage d'un jour ou deux, on promène l'épreuve audessus d'une casserole où bout de l'eau.

On peut aussi, sans nul inconvénient, fixer l'épreuve sèche par six ou huit punaises sur une planchette de bois et Texposer au soleil pendant des journées entières. Il n'en résulte aucun fendillement.

Redressement de Fépreuve. — Le papier gélatine se recroqueville au séchage. Pour le redresser, le placer sur une plaque de verre propre, gélatine contre le verre. . De la main droite, faire glisser sur le dos du papier une règle ou une équerre en verre, pendant que la main gauche redresse l'épreuve en l'appuyant contre l'équerre. Dans cette opération, seule l'équerre doit glisser, mais non l'épreuve.

Entretien des pinceaux. — Aussitôt après usage, les putois doivent être lavés à l'essence, puis séchés à l'air libre. Il serait bon de les passer ensuite dans un liquide contenant un antiseptique, ou encore au savon noir.

Une fois secs, il est recommandable de les replacer dans le cornet de papier dont ils sont coiffés quand, au magasin, ils attendent l'acheteur; de cette façon le pinceau garde sa forme et son énergie.

Sur la manière de composer le sujet en vue du procédé. — Nous avons vu qu'il est aisé d'adoucir l'encre, malaisé de la durcir, qu'il est par suite facile de diminuer les oppositions du cliché, moins facile de les augmenter. Nous en avons conclu que le bon négatif devait être ici le négatif à oppositions franchement accusées.

Dans un même ordre d'idées, nous remarquerons qu'il est plus aisé de sous-encrer une valeur locale que de la surencrer. Si une région de la planche a été insolée en vue de fournir un noir, on pourra faire par-

LE PKOCÉDÉ HAWLINS A L'IIUILE

courir à celle région ton le la gamme du blanc au noir.

Ceci conduit à introduire parfois dans la composition dès éléments d'une tonalité trop forte que l'on baissera lors de l'encrage. Ainsi, dans un portrait, vous désirez un fond gris moyen et vous n'avez pas le fond juste ; vous pourrez user d'un fonds gris foncé, même noir, que plus tard vous encrerez faiblement; cela vaut mieux que de prendre un fond trop clair que vous seriez contraint de surencrer.

Résumons ainsi les suprêmes conseils :

Tâcher de donner à la planche une exposition à peu près juste, ce qui est aisé avec le contrôle du photomètre. Pendant l'été, une pose de trois ?i huit minutes à l'ombre suffit pour les clichés moyens ;

2*^ Commencer Tencrage avec peu d'encre; faire des premières images très légères; ne chercher qu'ensuite la vigueur ;

3^ Se garder de tout excès de force dans le maniement du putois. La cause de la plupart des insuccès dans les débuts est la; car \a gxilatine n'aime pas à être battue, et il lui plaît d'être chatouillée avec égard ;

4^ Lors de la reprise après séchage, mettre de la discrétion dans l'emploi, trop aisé, de la gomme. La main du débutant lui démange de placer un peu partout des accents blancs ; le résultat est déplorable,

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