‹ Le procédé Rawlins à l'huileChapitre 4 sur 10 · COMPOSITION DE L'ENCRE MARCHE A SUIVRE DANS L'ENCRAGE · texte numérisé non relu

COMPOSITION DE L'ENCRE MARCHE A SUIVRE DANS L'ENCRAGE

Nous voici en face de noire pupilre, recouvert du matelas de papier buvard humide sur lequel repose la feuille essorée. Dans un angle de la glace-palette, l'encre machine est étalée; un peu d'encre taille-douce a été déposée à l'autre extrémité de la palette ; notre putois pied-de-biche est chargé légèrement d'encre machine. Gomment allons-nous attaquer la planche gélatinée.^

La première chose à faire est évidemment de rechercher la composition de l'encre qui correspond au degré d'exposition au jour que la feuille a reçu dans le châssis. L'encre sera d'une composition exacte si elle nous fournit un noir de la puissance voulue dans le plus grand noir de l'épreuve, tout en laissant la planclie vierge, ou à peu près, dans les blancs extrêmes.

Je dis « à peu près », car aucun procédé photographique ne saurait donner, sur l'épreuNc, un blanc absolument pur, le blanc vierge du papier. Si corsé que soit le négatif, si fortes que soient ses opacités, un peu de lumière passe toujours. Une épreuve photographique ne donne jamais que l'illusion du blanc ; et, si vous

regardez à la loupe une image sur platine, sur bromure, sur Artigue, sur Fresson, vous constaterez qu'il y a du grain partout, même dans les endroits qui semblent à votre œil entièrement blancs. Il en est de même, évidemment, dans le procédé à l'tuile ; l'intervention postérieure de la main armée du pinceau humide, ou de la gomme à effacer, ou du grattoir est nécessaire pour dégager du blanc pur. Au cours d'un encrage correct et normal, les blancs se couvriront donc toujours un peu.

Recherche de la composition exacte à donner à l'encre. — Nous serons immédiatement fixés, si nous attaquons de prime abord le grand noir et le grand blanc de l'épreuve. Ces deux notes extrêmes seront d'ailleurs voisines dans la généralité des cas, pour peu que le sujet ait été bien choisi ou bien composé. Dans un paysage, nous ferons notre essai sur un tronc d'arbre qui, placé dans l'ombre, se découpe noir sur le ciel clair ; dans un portrait, nous attaquerons l'œil placé du côté éclairé de la figure. Il faut obtenir que le tronc d'arbre accepte bien l'encre, le ciel demeurant clair; que l'œil, accent du visage, s'imprirne fortement sans que les reliefs éclaires du front et de la pommette se couvrent sensiblement. Trois cas peuvent se présenter.

Premier cas. — Sous l'action du tapotement léger, l'encre est comme happée partout ; les noirs, à chaque apport d'encre, voient leur intensité grandir rapidement; leurs modulations en sourdine se noient très vite dans cette intensité. En même temps, les blancs se couvrent et prennent une valeur de demi-teinte. L'action de choc — que j'ai définie dans le précédent chapitre — est sans effet; au lieu d'enlever l'encre, le choc semble en

confirmer l'adhérence. A ces signes, nous voyons que la planche est surexposée pour l'encre dure. C'est, nous l'avons dit, chose à éviter toujours, car nous ne pouvons, dans la pratique, durcir l'encre lithographique. Cette surexposition est-elle notable Il n'y a rien à faire, sinon transformer l'effet en effet de nuit ; cela à nos risques et périls. Si la surexposition n'est pas très forte, nous pourrons encore nous en tirer par des tours de main : en encrant par petits chocs francs, accompagnés de balayages fréquents.

Deuxième cas. — Sous l'action du tapotement, la région choisie pour l'essai s'encre progressivement et les oppositions se montrent normales. La planche est correctement posée pour encre niacJiine ; il n'y a plus qu'a continuer avec la même encre.

C'est ici, à mon avis, le cas le plus favorable qui se puisse présenter, car l'exécutant a alors une grande liberté d'allure ; il peut, d'une part, affiner plus ou moins le grain ; d'autre part, modifier plus ou moins les oppositions dans les diverses régions de l'image. Cela résulte de la docilité communiquée à la planche par une exposition large sans être exagérée.

Il est maître du grain, car l'encre machine, encre dure, ne s'écrase pas du premier coup ; elle fournit d'abord sous la tape légère du putois un grain régulier, mais nettement marqué, qui ne s'affme que progressivement sous l'action continuée du tapotement. On peut donc, même sur le papier lisse, en laissant subsister un grain, donner plus de puissance et de largeur au modelé d'une tête un peu grande, plus de vigueur au premier plan d'un paysage, plus de rugosité à un tronc d'arbre ou à un pan de mur ; faire varier le grain dans les

divers plans criin paysage pour accentuer la perspecli^c aérienne, ou encore suivant la nature de l'objet représenté. Il n'en va pas de même si une exposition insuffisante nous oblige de prime abord à adoucir l'encre par une adjonction notable de noir taille-douce ou de vernis faible. Une encre ainsi amollie fournit immédiatement une matière fine, mais de puissance moindre.

Il vaut donc mieux — c'est mon avis du moins — s'efforcer de donner a la planche la durée d'exposition exacte pour encre dure, ce cpii n'est pas tris diflicile, si l'on se sert du photomètre.

Troisième cas. — Sous l'action du tapotement la région choisie pour l'essai semble accepter l'encre avec difficulté. Malgré les apports successifs, la tache noire que l'on veut obtenir ne monte pas en valeur, les blancs ne se modèlent pas dans les demi-teintes très légères. Si on tapote d'une manière un peu plus brusque, par coups secs et francs, la tache noire s'éclaircit, les demi-teintes deviennent grenues (i) et ne se modèlent pas. L'action de choc produit un abaissement immédiat du ton. A. ces signes, on reconnaît que la planche est sous-exposée pour l'encre dure et qu'il faut l'amollir par de l'encre taille-clouce ou du vernis faible.

Cette adjonction doit se faire très progressivement pour ne pas dépasser le degré exact de mollesse qui convient. D'abord, il vaut mieux, en principe, travailler avec une encre un peu moins molle qu'il ne faudrait ; une encre trop molle, produisant un eifet de surexposition, tend à empâter le modelé. Puis l'action

(i) L'apparition sous le putois d'un grain grossier et qui refuse de s'affiner indicpio que la planche repousse l'encre, est sous-exposée pour cette encre.

LE PUOCÉDÉ RAWLINS A L'IIUILE

amollissaute des agents en queslion est très marquée ; une pointe de taille-douce, un rien de vernis faible, ce qu'il en tient au bout d'une allumette suédoise, font subir h l'encre machine une véritable transformation.

Nous prenons donc une pointe de taille-douce, et avec le couteau à palett-é nous mélangeons bien. Puis, le pinceau chargé de l'encre ainsi modifiée, nous attaquons à nouveau l'endroit choisi. Après une ou deux adjonctions, nous aurons au bout des doigts la sensation c|ue la résistance à l'encrage cesse. Notre ton noir, sous l'action d'un tapotement très léger, monte, monte en valeur ; en même temps, les demi-teintes se modèlent délicatement. Notre encre est bonne, nous n'avons qu'à continuer et qu'à étendre notre travail.

Marche à suivre dans l'encrage. — D'abord quelques principes généraux.

Le premier, nous l'avons déjà annoncé dans un précédent chapitre : c'est à savoir qu'il convient de monter chaque ton par degrés successifs à la hauteur convenable ; en d'autres termes, de commencer avec peu d'encre et de renforcer l'image première, trop pale, par des apports successifs. Il convient, en effet, de ne pas se mettre dans l'obligation d'enlever un excès d'encre, opération ennuyeuse et assez malaisée.

En second lieu — et ce second principe n'est que le corollaire du premier - — il est recommandable, après chaque apport, de modeler par tapotement, de façon à peu près complète, avant de passer à l'apport suivant : la planche se montrera ainsi plus docile.

Rappelons aussi qu'il faut, dans tous les mouvements d'encrage, se garder de toute raideur du poignet ou des

doigts, cl opérer par appuis, glissements et tapotements légers et discrets,

Le procédé à riiuile nous permet de régenter à notre gré les valeurs locales ; c'est un avantage précieux, puisque les valeurs des négatifs sont, en thèse générale, et esthétiquement parlant, trop souvent inexactes; mais c'est aussi un danger; les fausses notes, les modifications maladroites sont à craindre. Le débutant fera donc bien d'avoir devant lai une épreuve tirée sur un papier quelconque, d'après laquelle il se guidera ; il ne fera pas mal non plus d'étudier préalablement son motif et d'arrêter les changements à y introduire pour en accentuer l'effet, le caractère : « Dans la nature, le caractère n'est que dominant; il s'agit dans l'art de le rendre dominateur » (i).

Tout motif se divise en : région d'intérêt ; 2" régions subordonnées ou alentours. C'est toujours dans la première que doivent se trouver les accents forts et les détails précis, dans les secondes les éléments subordonnés et sacrifiés. D'où cette règle rationnelle : Au cours de l'encrage la région d'intérêt devra toujours être en avance sur les régions secondaires.

Ceci s'obtient le plus aisément du monde. Vous commencez par encrer, en modelant, la région d'intérêt : le visage, s'il s'agit d'un portrait, le plan d'intérêt, s'il s'agit d'un paysage. Vous faites donc, sur ladite région, un premier apport d'encre que vous modelez par tapotement ; au bout de quelques instants, l'encre du pinceau a été happée par la planche a peu près totalement ; le pinceau n'a plus assez d'encre pour vous permettre de monter les tons dans la région que vous venez de

(ï) Taine, Philosophie de Vart.

LE PROCÉDÉ RAWMNS A LTIUILE

couvrir, mais il lui en reste encore un peu. Avant de recharger le pinceau sur la palette, vous allez épuiser ce peu et achever la décharge du pinceau en le promenant, en le faisant rayonner autour de l'endroit que vous venez de travailler. En renouvelant systématiquement cette opération, vous obtiendrez ceci : a mesure que la région d'intérêt ira se modelant et montant en intensité, les alentours s'esquisseront, s'ébaucheront, en valeurs trop pâles ; la région d'intérêt achevée, il ne restera plus qu'à foire monter les valeurs subordonnées des régions secondaires, à la demande, pour ainsi dire, des valeurs dominantes de la région d'intérêt.

Ainsi, dans un paysage, lorsque les éléments d'intérêt, généralement au second plan, auront été encrés, il ne nous restera plus qu'à terminer le premier plan et les lointains, et vous serez tout naturellement guidés dans ces dernières touches, par la vue des éléments achevés, qui vous fournissent l'accord. Pareillement s'il s'agit d'un portrait, la figure étant terminée, vous donnerez au vêtement l'importance qui convient, au fond la valeur qui fera le mieux ressortir la tête.

Nous examinerons dans les chapitres ultérieurs les moyens divers de modifier localement l'image. Mais n'envisageant ici que l'encrage général, nous nous bornons à énoncer cette règle également générale : au cours de l'encrage la rér/ion d'intérêt devra toujours être en avance sur les régions secondaires.

Si, l'encrage ébauché ou même terminé, l'opérateur est mécontent des résultats de son travail et désire effacer celui-ci, il n'a qu'à passer à la surface de l'épreuve une éponge imbibée d'essence, qui enlève l'image, à remettre pendant quelques minutes dans l'eau le papier ainsi grossièrement nettoyé afin de bien gonfler la

gélatine, et k recommencer l'encrage, après avoir, cela va sans dire, essoré la surface gélatinée.

La gélatine est très solide, d'une solidité qui étonne, et elle résiste bien au frottement. 11 arrive parfois, au début de l'encrage, que de minces peluches, contenues dans le putois ou dans Fencre, se déposent et se collent sur la planche; et elles se déposent principalement sur les parties claires, là où la gélatine est molle. Le meilleur moyen de les enlever est de frotter ferme la planche avec une éponge imbibée d'eau.

L'enlèvement des poils ou fragmenls de poil détachés du putois s'effectue très aisément au moyen d'un pinceau fin à aquarelle que l'on peut garder à l'oreille.

Séchage. — L'épreuve terminée il suffit de la suspendre, ou mieux de la fixer au moyen de punaises, sur une planchette, pour qu'elle ne se recroqueville pas ; il est bon alors de la recouvrir d'un papier lisse, afin que, dans la période où l'encre est encore molle, les poussières ne viennent pas salir les noirs.

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