ESQUISSE
R. Demachy.
pliiques, la surexposition conduit k un ensemble de tonalités très intenses, ici, puisqu'on peut charger plus ou moins le pinceau, on est en puissance de régler cette intensité.
Il est des cas où, j3our des raisons autres que celles ci-dessus exposées, on peut être amené à faire varier, ici ou là, la nature de Tencre; par exemple, s'il s'agit de corriger un cliché défectueux, aux oppositions exagérées. Dans un tel cliché, où les transparences sont excessives et les opacités très fortes, il faut évidemment arrêter Texposition sous châssis au moment où les ombres de l'épreuve positive sont exposées pour encre dure; on ne saurait, nous l'avons dit, aller au delà; mais alors les parties placées sous les opacités du cliché seront fortement sous-exposées pour encre dure. On commencera donc par encrer l'ensemble à l'encre dure ; après quoi, avec de l'encre amollie à souhait, on fera venir les détails dans les parties sous-exposées de l'épreuve; il n'y a pas à s'inquiéter du raccord, il se fera tout seul.
On procédera de même dans le cas, trop fréquent, hélas! d'une figure vue de face ou de trois quarts, très durement éclairée. La partie éclairée sera modelée à l'encre molle, après que toutes les ombres l'auront été à l'encre dure ; ici l'essence minérale pourra servir, comme nous allons l'expliquer.
Des agents servant à amollir Fencre dure. —
Nous allons les classer en trois catégories :
L'encre taille-douce et le vernis faible; 2° L'essence minérale;
3^ Les siccatifs : siccatif de Haarlem, Robertson médium, copaline Hamel, etc.
i*' L'encre taille-douce sera utilisée principalement au début de l'opération, au moment où il s*agit de composer l'encre convenant a l'encrage général de l'épreuve. On l'ajoutera, en quantité croissante, à l'encre machine jusqu'à ce que la planche accepte bien le mélange. La proportion d'encre taille-douce variera donc suivant le degré d'exposition de la feuille et aussi suivant la nature assez variable de l'encre machine. Celleci, en effet, peut être plus ou moins dure; cela dépend de sa fabrication.
Cette encre, que j'appellerai normale, étant obtenue, les adoucissements ultérieurs nécessités par les modifications locales pourront être demandés soit à une nouvelle adjonction de taille-douce, soit à l'appoint du vernis faible, soit à l'emploi de l'essence minérale.
Le premier moyen, adjonction de la taille-douce, a l'inconvénient de changer un peu la teinte adoptée pour l'encrage général; aussi peut-on préférer avoir recours au vernis faible. Il faut manier celui-ci avec ]3rudence, en prendre un rien d'abord au bout d'une allumette, car son action sur la Iluidité de l'encre est nettement marquée.
En principe, il vaut mieux changer de pied-de-biche en changeant d'encre; en affecter un à l'encre normale, l'autre à l'encre amollie.
Si l'amollissement provoqué se trouve exagéré, on corrigera par un peu d'encre machine.
L'action de l'essence minérale a un tout autre caractère que celles de la taille-douce ou du vernis faible.
2^ L'essence minérale, en effet, rend l'encre machine quasi liquide, mais à mesure que l'essence s'évapore, l'encre tend à se reconstituer telle qu'elle était. Par suite, alors que l'amollissement provoqué par l'intro-
duction de la laillc-douce ou du vernis faible demeure acquis et constant, au contraire ramollissement provoqué par l'essence est éphémère ; et l'encre, très fluide d'abord, tend à reprendre progressivement et assez rapidement sa dureté première. L'emploi de l'essence off're donc des ressources d'un caractère très particulier.
Voici, par exemple, une tête, vue de face, dont la moitié a été éclairée trop violemment; sur un papier photographique ordinaire, cette moitié du visage viendrait en tache blanche, sans modulations. Encrez d'abord l'ensemble avec une encre convenant à l'épreuve, l'effet sera le même, mais vous allez pouvoir, grâce à une encre amollie, couvrir cette tache blanche et la modeler. Pour cela, trempez un putois dans l'essence, secouez fortement le putois pour qu'il retienne peu d'essence, et posez-le sur la palette: il va se charger d'une encre quasi liquéfiée par l'essence. A^ttaquez la zone blanche en tapotant; elle se couvre aussitôt d'un magma sale et irrégulier. Continuez à tapoter avec le putois ou, ce qui vaut mieux, pour aller plus vite, avec un putois propre : en quelques secondes, vous allez voir apparaître l'image, mais celle-ci sera comme voilée, et tout uniforme. Prolongez le tapotement, sans changer le putois; l'encre se reconstituant, les grains déposés au début sur les blancs de l'épreuve, n'étant pas retenus par la gélatine, vont être happés par le pinceau, cependant que, là où la lumière a agi, l'encre subsistera et se fixera ; a ous allez donc voir apparaître des détails et des oppositions, détails qui vont se multiplier, oppositions qui vont grandir peu à peu. Quand l'elTet désiré sera obtenu, vous n'avez qu'à cesser le travail (i).
(i) Dans l'image « Doriuo », toute la joue gauche et l'œil gauche ont été ainsi encrés à l'encre dissoute clans l'essence.
LE PROCÉDÉ RAWLINS A L*IIUILE
Il n'y a pas à s'inquiéter des raccords entre la partie de l'épreuve ainsi encrée à l'encre amollie par l'essence et le reste de l'épreuve déjà encrée à l'encre dure; ce raccord se fait automatiquement sous la tape légère du putois, et, l'épreuve achevée, aucun divorce ne se manifestera entre les régions ainsi différemment traitées.
Nous venons de voir que l'encrage à l'essence produit d'abord un tableau noir que dépouille peu à peu le tapotement; on peut assimiler celte opération au dépouillement d'une épreuve sur Fresson ou Artigue, le tapotement produisant le même effet que la sciure de bois; les phases sont les mêmes : d'abord apparaît une ébauche d'image sale de matière, puis une image à faibles 023positions et dont les détails sont incomplets, enfin une image à oppositions normales et complète en détails.
Notons aussi que, dans la phase moyenne, phase des oppositions faibles et des détails encore incomplets, l'effet résultant est analogue à celui du coulé gommique; c'est un effet de synthèse.
De ce que nous venons de dire, une conclusion se dégage naturellement, à savoir que l'emploi de l'essence pourra être recommandé :
S'il s'agit de diminuer les contrastes généraux ou locaux d'une épreuve;
S'il s'agit de sacrifier certaines régions en les rendant monotones.
L'image « Sous bois » a été totalement encrée à l'essence. Dans un motif de ce genre, le rendu photographique offre d'ordinaire deux défauts : excès d'opposition entre les parties placées dans l'ombre et la clairière frappée par le soleil; 2^ papillotement général et excès de détails dans le feuillé des arbres situés en
pleine lumière. L'emploi de l'essence permet d'atténuer ces deux défauts.
La planche a d'abord été entièrement badigeonnée, puis tapotée avec un putois propre. Dès que l'image a commencé à paraître, on en a profité pour surcharger les trois troncs d'arbres et le premier plan ; puis le tapotement a été poursuivi jusqu'à ce que les oppositions aient été amenées au point voulu; enfin, le tapotement a été prolongé sur le personnage et sur les feuillages voisins, constituant la tache claire dominante, le point d'intérêt.
Pour qu'un encrage total, ainsi exécuté à l'encre dissoute dans l'essence, produise l'efl'et général du cliché, il faut que l'exposition sous châssis ait été de courte durée : j'estime qu'il convient de donner dans ce cas une exposition moitié environ de l'exposition normale pour encre dure. Si l'épreuve a été normalement impressionnée pour encre dure, l'emploi de l'essence change l'effet et produit soit un eff'et de brume, soit un effet de nuit.
L'encrage total à l'essence ne répond, en somme, qu'à des cas particuliers; on ne saurait l'ériger en méthode générale. En revanche, l'emploi de l'essence convient bien à certaines modifications locales : qu'il s'agisse de porter une ombre sur un terrain uniformément éclairé, ou d'éteindre les détails d'un lointain en l'embrumant, ou de salir une robe, ou de modeler une joue trop blanche, etc. ;
3^ Siccatifs. Les siccatifs : siccatif de Haarlem, Robertson médium, etc., ont sur l'encre une influence que je n'ai pas très nettement définie, qui n'est pas la même que celle des précédents médiums. Au début du travail, ils adoucissent l'encre et la font mordre ; puis, assez
LE PROCÉDÉ RAWLINS A i/hUILE
vite, en raison de la natiiic siccative du médium, l'encre devient gluante — le vernis faible produit aussi cet effet, mais d'une façon bien moins prononcée. Les poils du pied-de-biche se divisent en petits groupes composés chacun de plusieurs poils agglomérés ; cette disposition empêche le grain de s'affiner; ce qui n'est pas toujours un mal, et peut être un bien ; en revanche, les noirs sont très puissants, un peu luisants.
J*avoue n'être pas arrivé à distinguer les cas où l'emploi de ces siccatifs serait réellement avantageux, et je n'en conseillerai pas l'usage au débutant. Il semble cependant que, dans certains sujets, pour un certain degré d'exposition de la planche, l'adjonction d'un siccatif peut ajouter de la puissance à l'image.