‹ Le procès d'un homme de lettres en 1623Chapitre 2 sur 2 · I.''- cèdres, exempts »lu trépas · texte numérisé non relu

I.''- cèdres, exempts »lu trépas

Que le temps ne met point en poudre.

Et les vert- lauriers donl la foudre

En grondant ne Rapproche pas,

Serviront ;i faire les niches,

Frises, cliapiteaux <•! corniches,

Les colonnes d'ordres divers, etc., etc.

On sait la passion que cet excellent Scudéry avait pour l'architecture ; par malheur, ses tombeaux n'étaient pas plus solides que ses escaliers, et il a suffi d'un coup de pioche de Boileau pour ruiner tout l'édifice ; de sorte que le pauvre Théophile, au lieu de reposer sous des chapiteaux et des corniches, est resté enfoui sous un amas de décombres!...

Ce n'est pas moi, Messieurs, qui déblaierai le terrain. De plus habiles l'ont tenté et n'ont réussi qu'à demi. Il est difficile de casser les arrêts de l'Art Poétique. Aussi bien n'est-ce ni ma lâche, ni le but que je poursuis. Nous ne sommes pas des critiques, nous sommes des avocats, et c'est comme avocat,

Comme un des fils de cette grande famille judiciaire à laquelle j'ai l'honneur d'appartenir, que j'ai cherché dans cette vie étrange le terrible procès qui la remplit tout entière et contient plus d'un exemple et plus d'un enseignement.

Ce que j'ai voulu vous montrer, c'est un épisode émouvant de la lutte entre l'esprit ancien et la liberté de conscience, ce principe sacré entre tous, si souvent méconnu et si souvent trahi sur le bûcher des inquisiteurs comme sur l'échafaud des conventionnels, mais auquel nous devons croire comme on croit à l'avenir, parce que, malgré les défections qui l'attristent et les palinodies qui le déshonorent, il grandit chaque jour, se dégage et s'épure, plus inséparable de l'idée de justice et de la grandeur morale de l'humanité.

Ce que j'ai voulu vous montrer, c'est le malheur, ce rude apôtre, dont la bouche a des accents que ne trouvent pas les prêtres, faisant du sceptique un chrétien, d'un poète incomplet un orateur solide, double conversion, philosophique et littéraire, à laquelle nous devons une leçon magnanime et quelques belles pages dignes de vaincre l'oubli.

Ce que j'ai voulu vous montrer, enfin, c'est la noble attitude de ce Procureur Général, c'est la grande figure de ces magistrats d'autrefois que l'on doit regarder à toutes les époques sombres où la Justice risque de perdre quelque chose de sa sérénité.

La colère d'un homme devenue l'opinion publique,

sa vengeance implacable plus forte que les gens de bien, l'autorité surprise, la multitude en délire, et, au milieu de la tempête des passions déchaînées, les juges impassibles, n'écoutant que le devoir, ne cherchant que la vérité, la découvrant sous l'imposture, rendant au roi sa conscience et évitant à nos annales une souillure et un bûcher : tel est. Messieurs, le grand drame que j'ai voulu vous redire avec cette franchise qui, à défaut d'autre mérite, me sera, je l'espère, une excuse auprès de vous.

Aujourd'hui, que le temps a fait son œuvre et que ces détails oubliés ont passé du vaste champ de l'Histoire dans l'étroit domaine de l'érudition, que restet-il d'une aventure qui passionna si fort les contemporains ?

Un homme que la haine accusa se défendit avec courage; sa défense fut belle et terrassa l'accusation.

Ce sont des titres suffisants pour rentrer dans cette enceinte, Messieurs, et le poète ignoré peut se réclamer de vous, car, si ses vices et ses erreurs appartiennent à son époque, c'est à vous seuls qu'il appartient par l'éloquence et le malheur!

Paris. — Alean-Lévy. Imprimerie de l'Ordre des Avocats.

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