Dupuy, ibid.y p
Mém, «t Dot. de VÉccU du Chartes. 16
griefs des commissaires ecclésiastiques ; le promoteur l'avait probablement de lui-même abandonnée.
Il ne se découragea pas : et si l'enquête qui fut faite dans le pays au cours des poursuites ne lui fournit pas le moyen d'appuyer cette terrible accusation, elle lui donna l'occasion * d'en imaginer une autre, non moins diabolique, dont il pouvait espérer même effet, et qui allait à son gré compléter et aggraver le grief d'envoûtement. On sut qu'au temps où Guichard était né, un bruit, devenu légende à cette heure, avait couru, que la maison de son père était infestée du démon, et que Fenfant, dont la mère avait été jusque là stérile, était fils d'un incube ou d'un neton ; on disait même que l'évêque Nicolas était venu k Villemaur pour purifier la maison et en chasser l'esprit 2 .
C'était assez. L'évêque était fils du diable : de par cette origine, il n'avait été toute sa vie qu'un possédé, un satanique. Avec ce grief à la base, tout s'enchaînait, les accusations découlaient logiquement, et les pires n'avaient rien d'étrange. On pouvait sur ce fond nouveau reprendre tous les arguments déjà produits contre Boniface, mais avancés isolément, sans cohésion, et par suite avec moins de force. Ici tout s'expliquait naturellement; on comprenait maintenant à qui l'évêque devait sa richesse 3 , sa fortune continue, et sa vengeance : sans cesse il avait été en communication avec le diable. Il avait dans une fiole de verre un démon privé qu'il consultait ; une fois il s'était enfermé la nuit avec un cierge allumé pour invoquer le diable 4 ; on l'avait entendu seul dans sa chambre causer avec une voix rauque qui lui répondait : il disait : — « Qu'est cela? tu m'as « déçu », et la voix répondait ; — « Ne te tourmente pas, tu seras
i. La charge n'apparaît pas en effet avant l'enquête faite à Troyes en décembre 1308 par Noffo Dei ; elle n'est introduite que dans la 2° série d'accusations.
2. Voy. la 2° série d'accusations, art. I, et les dépositions relatives à cet article.