ET LES GRANDS PROCÈS DU RÈGNE DE PHILIPPE LE BEL
« en tel état qu'on parlera de toi plus que de tout autre prélat « du royaume de France * ! »
L'accusation n'était plus commune : le procédé, languissant et usé par l'emploi, était habilement relevé et renouvelé ; comme une arme retrempée, il était sûr pour une nouvelle attaque. L'hérésie de Guichard allait avoir pour la condamner, plus encore que la réprobation froide des docteurs et la foi révoltée des croyants, — ce sentiment, escompté par l'accusation et qui tenait les âmes crédules et troublées : l'horreur du démon et de ses « œuvres ténébreuses 2 » où l'évêque avait trempé.
Derrière l'abomination de l'hérésie, après l'offense à la majesté divine, on pouvait faire passer tous les crimes. On pouvait s'attendre à tout de ces « traîtres à Dieu et aux hommes, « plongés dans les profondeurs du mal 3 ». Boniface avait dit qu'il aimerait mieux être chien que Français 4 ; Guichard qu'il aimerait mieux être juif que de céder à la reine 5 . L'un était un faux pape : il n'était pas entré à la papauté par la porte, mais « vicieusement », par un crime 6 ; c'était un crime qui avait fait l'autre prieur de Saint-Ayoul 7 . Boniface était homicide 8 ; Guichard, sans parler de la mort de la reine de France, avait empoisonné la reine de Navarre, fait tuer un curé, mourir de faim deux hommes, et un autre de désespoir.
Ces prêtres, tenus à la chasteté et travaillés par l'incontinence, s'étaient rejetés sur des vices honteux, et avaient prétendu les justifier, en disant, comme les Templiers, que la femme était défendue. « Il fut et il était un horrible sodomite,