‹ Le procès de Guichard, évêque de Troyes (1308-1313) (volume 2)Chapitre 183 sur 208 · Tanon, ouo. cit · texte numérisé non relu

Tanon, ouo. cit

La comparaison des procès de Saisset, des Templiers et de Guichard est, sur ce point, particulièrement intéressante.

Leur coup d'essai fut un coup d'audace inouïe, mais inhabile , et qui se brisa contre la rude vigueur de Boniface VIII. La violence de leur action contre Saisset passa toute mesure. Après la formalité hypocrite d'une instruction préliminaire, — « faite pour « l'honneur de l'Église, neposset sequialiqua diffamatio episcopi! » , — sans attendre du pape un mandement d'arrêt contre l'évêque, ils voulurent eux-mêmes mettre la main sur lui. Mais, pour saisir ainsi le prélat au mépris de tout ordre judiciaire et de son privilège clérical, il fallait avoir derrière soi une force inaccoututumée : pour couvrir cet abus du droit, on convoqua à Senlis une assemblée solennelle des grands du royaume, on leur fit décider que l'évêque, au défaut de son ordinaire, serait emprisonné par le roi. L'archevêque de Narbonne, métropolitain de l'accusé, requis d'agir, n'osait et ne pouvait le faire sans Tordre du pape : il se déclara prêt à exercer son office avec le conseil de ses suffragants, mais demanda, dans une affaire aussi grave, à s'en référer au pontife. Cependant, Saisset, pour échapper aux gens du roi, voulait se remettre aux mains de l'archevêque. Ce n'était point le compte de Philippe, qui, brutalement, une nuit, fit saisir l'évêque dans son lit, — puis, payant d'audace, envoya au pape, non pour se justifier d'avoir violé les privilèges de l'Kglise, ni pour requérir une information régulière, mais pour demander que l'évêque fût privé de tout ordre et réclamer, sans autre forme, le supplice de « cet homme de mort. »

Boniface n'abandonna pas Saisset : avec une hauteur tranquille, une froide énergie d'homme de loi, le vieil avocat * releva l'insolence de ces légistes séculiers, et, à leur face, point par point, redressa le droit de l'Eglise. Il ne pouvait dénier au roi l'information ; mais sa bulle réclamait d'abord que l'évêque fût mis hors de tout pouvoir et de toute garde séculière, et que le roi lui

1. Avant d'être cardinal, Boniface avait été avocat et notaire apostolique (Muratori, XI, 1103.)

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