‹ Le procès de Guichard, évêque de Troyes (1308-1313) (volume 2)Chapitre 26 sur 208 · SA NOMINATION ET SA SITUATION EN CHAMPAGNE · texte numérisé non relu

SA NOMINATION ET SA SITUATION EN CHAMPAGNE

titres », dit que Guichard ne fut intronisé et consacré qu'au mois de mai 1299 et qu'il garda encore deux ou trois ans son abbaye *. Les comptes de régale de l'évèché de Troyes à ce moment comprennent en effet « quarante et une semaines et trois jours, du dimanche 27 juillet 1298 au vendredi 22 mai 1299 2 ». Nous n'avons pas retrouvé les pièces qui permettent à Courtalon d'affirmer que le nouvel évêque garda quelque temps encore son abbaye : toutefois, d'autres comptes de régale sembleraient prouver qu'il ne jouissait pas dans le courant des années 1299, 1300 et 1301 des revenus de son évêché, ou du moins de leur totalité 3 . Y eut-il un accord entre l'évêque et la reine, par lequel le favori partageait avec sa protectrice la jouissance de l'important bénéfice qu'elle venait de lui procurer, et conservait, en compensation, une partie de ses droits et revenus abbatiaux ? Il est certain en tout cas que, l'année même de son élévation à l'épiscopat, l'abbaye de Montier-la-Celle et le prieuré de Saint-Ayoul, d'un commun accord, avec le consentement du nouvel abbé, Henri 4 , abandonnèrent à Guichard, par une grâce sans doute toute spéciale, certaines terres et possessions de la dépendance des deux couvents dont l'évêque devait jouir à vie, dans quelque état qu'il dût se trouver par la suite 5 . Cette faveur, qui laissait Guichard, déjà

tracter un emprunt, à cause des grandes dépenses qu'il leur fallait faire à ce propos (Registre de Boni face VIII, n 08 2961, 2966) : ils empruntèrent 4.000 florins d'or à la société des Spini, dite de l'Épine, de Florence.

1 . Courtalon, Topog. historiq. de la ville et du diocèse de Troyes, I, 365.

2. Bibl. Nat., ms. lat. 9069 (Table de Robert Mignon), p. 95 (p. justif., n* V). Cf. Gall. christ., XII, 509.

3. Bibl. Nat., ms. lat. 9783 (Journal du trésor de Philippe le Bel). Le compte du 23 octobre 1298 (fol. 17 v°) montant à 512 liv. tournois est de Tépoque où le siège était encore vacant. Mais on trouve encore sous la rubrique : « De regalibus Trecensibus >» des comptes : du 13 décembre 1299 (120 1.1.), fol. 108; du 21 février 1300 (1101. 14 s. t.), fol. 10; du 2 août 1301 (40 1. par.), fol. 50 v°; du 16 août 1301 (20 1. t.), fol. 51.

4. Henri ou Horri (Horricus), appelé encore Hulricus dans les dépositions, mort le 4 décembre 1319 (Gall. christ., XII, 546).

5. Registre de Boniface VIII, n° 3318 : « Venerabili fratri G. episcopo « Trecensi... Exhibita siquidem nobis tua petitio continebat quod, cum tu

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possesseur d une riche mense épiscopale, usufruitier dune partie des biens dune abbaye opulente et d'un important prieuré, fut confirmée par le pape le 3 décembre 1299 ! : et Tévêque de Troyes obtint ainsi dans son diocèse et dans la Champagne méridionale une situation considérable et toute particulière. A sa haute dignité de prélat il allait joindre par là toute la considération attachée à un grand seigneur, dont il avait déjà le rôle 2 , et dont il allait pouvoir tenir le rang avec plus d'éclat qu'aucun des évêques ses prédécesseurs, car aux châtellenies d'Aix-en-Othe et de Saint-Lyé, qui lui venaient de sa mense 3 , le don qu'on venait de lui faire ajoutait le domaine de Verdey 4 , et, sans doute,

« olim existens abbas monasterii Celle Trecensis... in episcopum Trecen- « sem esses electus, dilecli filii... prior claustralis et conventus ejusdem « monasterii ac... prior prioratus Sancti Aygulfi de Pruvino eidem monas- « terio immédiate subjecti... tibi quasdam terras et possessiones, ad « monasterium et prioratum predictos spectantes, tenendas et possidendas « per te, tune abbatem, donec viveres, in quoeunque statu te esse continge- « ret, concesserunt. Postmodum autem dilectus filius H., ejusdem monas- « terii abbas, quod per eosdem priorem et conventum actum fuerat « approbans, ipsas easdem terras tibi, quoad vixeris, concessit... » (Au Latran, 3 déc. 1299). La donation des deux couvents est du 1 er décembre 1*298, la ratification de Henri, abbé de Montier-la-Celle, du 14 septembre

1. Voy. encore (Reg. de Boniface VIII, n 08 3319, 3320) deux autres bulles du pape en faveur du nouvel évêque.

2. Les évêques de Troyes se prétendaient pairs aux comtes, et ne se reconnaissaient pas inférieurs aux comtes de Champagne.

3. Aix-cn-Othe, à 5 lieues 1/2 de Troyes (ouest), avait un château épiscopal ; la seigneurie en avait été confirmée aux évêques par les papes et les rois. Voy. Cour talon, ouv. cit., III, 4.

Saint-Lyé (Sanctus Léo) : Louis VII en avait fait 1 évoque seigneur; dans le château, Louis X se maria en 1315 avec Clémence de Hongrie (Courtalon, III, 63). Voy. Bibl. Nat., coll. de Champagne, vol. 151 (Troyes, n» 37): Charte de Guichard donnée à Saint-Lyé « domum nostram cpiscopalem », où le domaine de Saint-Lyé est dit appartenir à l'évoque « ratione mense epi- « scopalis ». Saint-Lyé est à environ deux lieues au nord de Troyes. L'évêquc y résidait souvent. (Voy. les dépositions.)

4. C'est ce qui résulte d'un acte de 1313 (v. p. justif., n° XXII) où l'évêquc parle de « sa terre de Verdey ».

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