‹ Le procès de Guichard, évêque de Troyes (1308-1313) (volume 2)Chapitre 61 sur 208 · LA TRÊVE I GUIGIIARD DANS SON DIOCÈSE · texte numérisé non relu

LA TRÊVE I GUIGIIARD DANS SON DIOCÈSE

avec des gros mots à la bouche. Ses violences dans le diocèse étaient publiques : il avait fait raser un presbytère, il avait couché de force dans un autre, fait rosser le curé et prendre son cheval, tous faits dont il avait dû s'amender *. D'autres bruits couraient sur son compte : il avait autour de lui des frappeurs, des meurtriers qu'il habillait et qu'il nourrissait à ses frais : c'étaient ses neveux, ses familiers ; c'étaient eux qui faisaient ses besognes 2 . On disait qu'il avait jadis fait tuer le curé de Laubressel 3 , qu'il avait fait mourir de faim à Montier-la-Celle, dans le cachot de l'abbaye, deux hommes qu'il accusait d'avoir joué aux dés 4 ; qu'il avait fait pendre sans raison un pauvre pêcheur qui passait au long de ses fossés ; et la rumeur courait, à la fin si criante, qu'on avait dû, sur ces crimes, instituer une enquête officielle 5 .

Au moral, un cupide et un ambitieux sans vergogne et sans mesure; un heureux, parti de bas, petit moine orgueilleux grisé par son élévation soudaine ; de façons insolentes avec son clergé, souvent hors de son diocèse, tenant le rang, vivant avec les mœurs d'un haut baron, traînant après lui, sans souci du scandale, la femme d'un boucher. A la cour, pleine de petites gens comme lui, pauvres chevaliers, juifs sans foi, lombards avides, qui menaient le roi et le grugeaient 6 , il avait vu dans sa situa-

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