Voy.J plus haut, p.56, note
LINSTHLCTION SÉCULIÈRL
moteur, avait ouvert une information destinée à prou diffamat'to. I-a diffamatio admise, il allait être également < comme promoteur, de diriger les poursuites devant le ti ecclésiastique, et d'abord de réunir les preuves, de dresseï présenter aux juges d'Eglise les actes d'instruction *.
Guillaume de Hangest proposa aux commissaires eci tiques vingt-huit articles contre l'évêque de Troyes.
Il exposait d'abord et longuement les causes de la hf Guichard contre la feue reine : comment la reine Jeanne, trice du testament de sa mère, avait justement exigé de V ce qu'il devait à la reine de Navarre pour avoir, par faus traîtrise, corrompu par l'argent, délivré Jean de Calais de son ; comment, pour cette félonie et pour d'autres « énorn l'évêque, reconnu « inhabile », avait été chassé du Con roi ; comment sa haine s'était encore accrue quand la reii ses poursuites, avait fait découvrir sa déloyauté.
L'évêque, se sentant confondu, avait cherché, par Pin diuîre de parents et de familiers du roi, à rentrer au Coi recouvrer la grâce de sa protectrice; mais il n'avait pu i et la reine avait repoussé ses avances : elle craignait d'être abusée, et elle avait l'évêque en horreur. Irrité par l'or, le ressentiment de Guichard s'était fait alors plus profond âpre : et l'évêque avait cherché le moyen de la faire i Mais il n'avait pu cacher entièrement l'iniquité de son en par plusieurs fois, en divers lieux, il s'était vanté h qui « en grâce auprès de Madame la reine Jeanne, ou qu'il se i< rasserait d'elle ».
Pour en venir à sa fin criminelle, comme un homme dans l'abîme du mal, il avait appelé à lui secrèteme femme que l'on disait devineresse et sorcière, et un religit passait pour savoir l'art d'invoquer les démons ; il avait c
I. Le « promoteur « [promolor, promurent inquitiiionem) rer donc dans ces aortes d'enquêtes (inqu'uilio cum promovenle) les fi du ministère public et du juge d'instruction. Voy. Ad. Tardif, c pp. 138-147 ; — Fournier, oui; cit., pp. 260-276.
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l'instruction séculière
le Diable, qui lui avait conseillé de faire faire une image de cire, de la baptiser en lui donnant le nom de la reine , et de la piquer ensuite à la tête et en d'autres parties du corps : la reine aussitôt tomberait malade ; que si cela ne suffisait, il fît à nouveau piquer la figure et la fît consumer, que la reine alors mourrait. Ainsi l'avait conseillé le Démon, l'évêque lui ayant d'abord fait hommage.
Alors, cet évêque sacrilège, embrassant l'avis du Démon, avait trouvé le lieu propice à ses œuvres ténébreuses : un jour, déguisé sous des habits de paysan, avec le religieux et deux femmes, il était venu dans un ermitage, au milieu d'un bois, et là, il avait fait faire une image de cire, l'avait baptisée en lui donnant le nom de Jeanne, avec parrains et marraines, comme il eût fait pour un enfant, puis l'avait fait piquer avec une aiguille : vers ce temps, ou assez tôt après, la reine était tombée gravement malade. Elle avait langui longtemps de cette maladie et l'on n'avait point trouvé de médecin qui sût reconnaître la véritable cause de son mal, ni lui appliquer de remède : et pourtant on avait appelé plusieurs médecins et des meilleurs, qui firent tout ce qu'ils purent. Cependant l' évêque envoyait fréquemment pour savoir des nouvelles de la maladie, et, pendant qu'elle durait, il avait fait, à plusieurs reprises, renouveler les piqûres. Et finalement, voyant que la reine tardait longuement à mourir, il était revenu à l'ermitage, et, comme il tenait la figure près du feu, il avait dit en lui brisant les membres : — « Que diable? elle vivra « donc toujours cette femme ! », puis l'avait foulée sous ses pieds, jetée dans la flamme et brûlée : et la reine était morte.
Non content d'un crime pareil, et pensant qu'il n'aurait rien fait tant qu'il n'aurait point délivré de ce monde, comme il avait fait de la reine, les fils du roi et de la reine défunte, ainsi que Monseigneur Charles, frère du roi, — il était revenu à l'ermitage avec les mêmes gens, et il avait fait une mixture de scorpions, de crapauds et d'araignées venimeuses : il en avait composé un poison qu'il avait mis dans une boîte. Quelque temps après, comme Monseigneur Charles, frère du roi, était venu en Cham-
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pagne, l'évêque avait mandé à l'ermite, Regnaud, de ve la boîte pour l'empoisonner. Cependant, un chevalier de son de la reine de Navarre, qui avait été contraire à dans l'affaire de Jean de Calais, étant un jour venu à l'< pour y entendre, la messe, l'évêque, qui se trouvait < grenier, entendit ce chevalier qui demandait à boire et ( lait manger des prunes : il oignit ces prunes avec le p< chevalier en prit, se trouva malade et mourut dans le: jours. L'évêque avait ainsi essayé son venin; il l'ai éprouvé sur un chien qui était mort après en avoir goûté
L'ermite, comprenant la méchante cruauté de l'évêqu excusé, ne voulant point se rendre auprès de lui; mai: suite, mandé plusieurs fois, il l'était venu trouver sou l'évêque, devant le monde, lui reprochait sévèrement d< à l'ermitage la bénédiction nuptiale, bien que l'ermite jamais fait; ensuite, l'évêque le prenait avec lui secr dans sa chambre, et lui parlait seul à seul pendant de heures, il le faisait manger avec lui, afin de l'amener à 1 son aide pour ses mauvaises œuvres : mais l'ermite s'en et, craignant le péril de mort, se dérobait et évitait de 1 Enfin, voulant échapper tout à fait à l'évêque, il s'était < quitter l'ermitage et à se transporter ailleurs ; mais o dénoncé à l'évêque, qui l'avait appelé près de lui et lui ; en secret de grosses menaces s'il voulait encore se saui
Une autre fois encore, l'évêque avait mandé à l'ermi apporter la boîte où était le poison, et de se disposer à certain endroit où il rencontrerait le roi de Navarre et li enfants du roi : il lui indiquait la manière dont il s'y [ pour administrer le poison, et lui promettait beaucoup. 1 ayant peur de mourir, avait accepté la commission a ca bouche et non de cœur, — comme il le fit voir par la sui tant l'évêque, il s'était enfui au diocèse de Sens, et li confessé à un prêtre, qui lui avait conseillé de ne plu retourner vers l'évêque. Celui-ci, apprenant que l'ermi enfui a Sens, et craignant qu'il ne révélât ses crimes, av;
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l'official de Sens de le lui remettre pour le tenir et se débarras de lui, : mais l 'officiai, en homme de conscience, ne Ta^ voulu faire, tenant l'affaire pour suspecte. Alors, après beauci d'hésitations, l'ermite, qui toujours avait été de bonne vie et sainte conversation et qui n'avait jamais prêté son assentim à ces crimes, s'était réfugié auprès du bailli et s'était ouvei lui, le requérant d'apporter remède à cette affaire.
Après ce rapport circonstancié du crime, le bailli rappelait î évêques comment il avait lui-même, après une pleine informât! rapporté la chose au roi ; comment le Saint-Père, sur la reqi du roi et des enfants de la reine défunte, avait enfin chargé prélats d'arrêter l'évêque et de conduire l'enquête *.
En transmettant ces articles aux commissaires ecclésiastiqi Guillaume de Hangest s'en tenait, comme le pape dans son res< , aux faits dénoncés par l'ermite : les charges étaient seulement relatives à l'envoûtement de la reine de France, à la tentative d'empoisonnement sur le frère et les fils du roi. L'officier royal s'était hâté de fournir d'abord les gros griefs.
Ses propositions formaient un réquisitoire compact, bien enchaîné. Le bailli se défendait d'ailleurs de toute partialité : il n'entendait léser personne, mais seulement, dans son rôle de promoteur, donner cours à la justice 2 . Le promoteur pourtant est trop habile ; les charges, trop bien arrangées, laissent sentir le procédé. Cet évêque dont il fait gravement « l'homme » du diable, et qui prépare son crime sans pouvoir même s'en cacher, semble vraiment trop noir et trop endurci. Au fond, ces propositions restaient vagues encore dans leur appareil écrasant; cette accusation étrange et mystérieuse laissait percer, sous la correction de la forme juridique, un dessein d'une animosité singulière contre l'évêque ; elle pouvait paraître aux yeux du pape un procès de tendance, et qui voulait être confirmé.
i. Arch. nat., J. 438, n° 8 (p. justif., n° XIII). La pièce présente quelques ratures; les articles XVII et XVIII sont intervertis. Il semble que ce soit un brouillon ou une copie de l'acte d'instruction qui fut remis aux prélats.
2. « Non intendens ad cujusquam injuria m, sed jus publicum exequi. »
OIVKHTIRE DE L BSQIII
Aussi le promoteur protestait qu'il ava prélats, touchant les mêmes faits, d'au raient leur être de quelque secours, — st faculté de compléter, de diminuer, de ch selon qu'il lui paraîtrait opportun pour la Il priait les commissaires de se hâter de p il pouvaityavoir péril en la demeure. Il le témoins qu'il avait tout prêts ; il pourrait d'autres.
Si l'affaire échouait, on espérait bien nouvelles charges.