V. plus loin, p. il
3. Le neton se manifestant de jour comme de nuit, l'étvmologie nuit semble devoir être écartée, et la forme nuilon serait une forme altérée et non primitive.
4. D'ap. le P. Sinistrari d'Ameno, lorsque les incubes s'unissaient aux femmes, les femmes ne les voyaient pas, ou si elles les voyaient, c'était comme une ombre à peine sensible.
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tel; les moines l'appelaient ainsi à Montier-la-Celle : c'était et c'est encore commune renommée au lieu de sa naissance et dans le couvent, et Févêque lui-même a plusieurs fois reconnu qu'on le nommait ainsi.
« IL C'est commune renommée au couvent de Montier-la-Celle que le prédécesseur de Guichard au prieuré de Saint-Ayoul de Provins mourut empoisonné, à la procuration dudit évêque, qui voulait avoir le prieuré.
« III. Au temps où il était prieur de Saint-Ayoul, se trouvant seul avec un petit moine, comme il enlevait son capuchon et le lui remettait, des démons enfouie sortirent de la capuce et de ses cheveux, sous forme de cendres : ce voyant, le petit moine, effrayé et comme hébété, se prit à pousser les hauts cris ; le prieur s'efforça de le réconforter en lui disant : — « Voyons, tais-toi! tais- {( toi! n'aie pas peur! et ne va jamais dire à personne ce que (( tu as vu ! » Mais le moine l'alla dire tôt après à un de ses camarades, maintenant trésorier du prieuré de Saint-Ayoul.
« IV. Dans le même temps, le prieur se trouvant obligé par lettres de deux cent livres envers Robert Tuebeuf , se fit apporter ses lettres, et, quand il les eut entre les mains, les déchira et les mit au feu, en menaçant ledit Robert, s'il en parlait, de le faire battre comme un vilain.
« V. Au temps où il était prieur, et jusqu'à ces dernières années, il avait une concubine, Jacquette de Vinets, qu'il rossait, du vivant comme après la mort de son mari, ouvertement, devant tous et sans vergogne. A l'occasion de cette femme, des gens de Provins furent battus, d'autres, à ce qu'on dit, furent tués par les gens du prieur, sur son ordre ou avec son assentiment.
« VI. Il avait à son service, étant prieur de Saint-Ayoul, — et il les eut longtemps, — un de ses « neveux », du nom de Becart, et un clerc, appelé Gui de Dampierre, qui tuèrent deux hommes, dont l'un se nommait Champi, l'autre Farsi, au su de Guichard, qui aurait pu s'y opposer, mais qui approuva, et retint par la suite les meurtriers à son service, leur fournissant les habits et le vivre.
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« VIL La révolte qui éclata à Provins lorsqu'il était prieur, et à Foccasion de laquelle périrent le maire, Guillaume Pentecôte et nombre d'autres, se fit avec son assentiment et sur son conseil,
« VIIL Au moment de cette émeute, quantité de gens de Provins, se fiant à sa loj^auté, déposèrent chez lui la plus grande partie de leurs biens et la plus précieuse, pour les garantir ; l'émeute apaisée, il refusa de les rendre, disant que la maison avait été, par hasard, brûlée, et que les biens avaient péri, — lorsqu'en réalité il avait fait incendier le bâtiment après avoir fait mettre ailleurs les objets qu'il renfermait : ce fut là l'origine de sa fortune,
« IX. A la même époque, Gui de Dampierre tua, de même façon, un autre homme, dans le prieuré de Sainte-Croix de Provins ,
« X. Vers ce temps encore, un courtier aux foires de Champagne, qui s'appelait Petingre, se réfugia en franchise, avec ce qu'il avait, au prieuré de Saint-Ayoul ; puis, s'étant accordé avec ceux qui le poursuivaient, il réclama ses biens au prieur, qui refusa de les lui rendre. Le courtier fut désespéré : on le trouva bientôt, tué, dans l'église même, près d'un autel, par les soins du prieur.
« XI, Abbé de Montier-la- Celle, il a fait des moines par simonie.
« XII, Ayant rencontré près de l'abbaye un pêcheur qui portait une truble, il l'accusa de lui voler ses poissons, et, sans que le pêcheur eût avoué, sans qu'il fût convaincu ni condamné, le fit pendre.
(f XIII. A cette époque, il détenait deux hommes en prison pour cause légère : ils avaient joué aux dés. Comme ils ne voulaient pas lui donner la somme qu'il exigeait d'eux, il les priva de nourriture et du nécessaire et les fit mourir de faim.
« XIV. Irrité contre un curé, il en vint à un tel esprit de mal et de haine et le communiqua si bien à ses familiers et écuyers, que l'un d'eux, son « neveu », Perrinet de la Planche, alla frap-
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per ce prêtre, qui était de bonne renommée et de mœurs honnêtes : le curé mourut peu de jours après, de ses nombreuses blessures. L'abbé, après ce meurtre, retint son familier, qu'il avait conseillé, le protégeant contre tous justiciers.
(( XV. Étant abbé de Montier-la-Celle et homme lig-e de feu noble seigneur Edmond, jadis comte de Champagne, il s'est approprié les droits et biens héréditaires dudit comté, manquant à son devoir de féal vassal et conseiller, et faisant un parjure.
« XVI. Il a pratiqué l'usure en diverses manières, en prêtant de l'argent comme en vendant ses biens plus cher à terme ; il a eu société avec des marchands des foires de Champagne et avec d'autres qui ont coutume de prêter de l'argent à usure auxdites foires, — et cela depuis un temps très long. Il passait publiquement pour un usurier, pour un homme travaillé du vice d'incontinence, frauduleux et retors dans tous ses actes, et de mauvaise vie.
« XVII. Il a, par corruption, présents et promesses de présents, amené des notaires jurés à faire de 'faux instruments, des témoins produits et jurés à proférer de faux témoignages, au préjudice et au scandale de nombre de gens.
« XVIII. Evêque, il chargeait menteusement des gens de son diocèse du crime d'hérésie, d'autres du crime de sortilège, et les tenait en prison ; et, au lieu de procéder à une enquête pleine et soigneuse, d'absoudre ou de condamner les accusés, ou du moins de fixer les peines selon la gravité des soupçons et le rang des personnes, il faisait racheter ces crimes à prix d'argent.
(( XIX. Il a fabriqué de faux argent pour en faire des vases et de la monnaie, disant qu'il le faisait avec licence du roi.
« XX. Après le meurtre commis par Gui de Dampierre, il bénéficia ce Guiot dans le diocèse de Troyes, bien qu'il connût son crime.
« XXI. C'est un simoniaque : il donnait souvent la tonsure à des gens qui ignoraient complètement leurs lettres, moyennant argent.
Slém. et doc. de l Éc. des Chartes. 8
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« XXII. Il a machiné la mort de Blanche, reine de Navarre, mère delà feue reine de France, Jeanne, en lui faisant donner un poison mortel dont elle mourut au bout de quelques jours; il a employé à ce crime ses ressources, son conseil et son aide. Il poursuivait ladite reine de Navarre, de son vivant, d'une haine mortelle : en faits et en paroles, il a montré et déclaré qu'il désirait la voir promptement mourir, parce qu'il comptait avoir à la cour du roi une action plus libre après sa mort que pendant sa vie. Au messager qui lui rapporta en hâte, avant tous autres, la nouvelle de la mort de la reine, la façon cruelle dont elle était trépassée et l'heure, il fit des dons; et, publiquement, en présence de témoins nombreux et dignes de foi, il annonça que la reine était morte, et que non seulement il s'en réjouissait, mais qu'il s'en glorifiait, déclarant qu'elle s'était servie du diable pour essayer de le détruire, lui et tout le monde.
« XXIII. Admis jadis au Conseil du roi, et tenu, pour ce, à garder par son serment la personne et l'honneur du roi, de la reine et de leurs enfants, le bon droit et l'honneur du royaume, il a été chassé avec ignominie du service du roi, comme ingrat, déméritant et non féal.
« XXIV. Jean de Beaune, chanoine de Saint-Etienne de Troyes, sur l'ordre de la reine de France, Jeanne, se rendait à la cour romaine, contre l'évêque ; l'évêque le sut, le fit devancer sur son chemin, et, au moyen d'argent, le fit tuer de mort violente et subite, dont il fit paraître grande joie.
« XXV. Il est notoire qu'il a fait paraître la plus grande joie de la mort soudaine de la reine de France et qu'il a dit plusieurs fois : — « A présent, qu'ils me fassent honte, les héritiers de France ! « et qu'ils me ruinent après ! qu'ils le fassent ! ils mourront (( tous, comme la mère et comme la lille ! »
(( XXVI. C'est commune renommée qu'étant prieur de Saint- Ayoul, il avait à son service des frappeurs et des meurtriers, qu'il leur fit des faveurs et qu'il les entretint ; qu'il ne voulait jDayer à personne ce qu'il devait ; qu'il foula aux pieds tous ceux
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qu'il put et dépouilla tous ceux qui ne faisaient pas toute sa volonté, en leur faisant des menaces ; qu'il était un homme de mauvaise vie et de mauvaise conversation »
L'imagination des clercs du roi avait travaillé : la seconde accusation était plus chargée, plus grave peut-être encore que la première. Nous en connaissions l'ébauche, préparée dès la seconde moitié de l'année 1308 et soumise à Nogaret ; nous en avions entrevu le travail intime, cette enquête officieuse et secrète de Noffo Dei à Troyes, qui pouvait bien n'être qu'une tournée de marchandage, une sollicitation de témoins complaisants. Depuis le commencement de décembre, les charges s'étaient encore accumulées, grossies peu à peu par cette œuvre sourde : et maintenant pesait sur l'évêque une accusation monstrueuse, bizarrement mêlée des griefs les plus variés, les uns déjà anciens, d'autres plus récents, ceux-là précis et vraisemblables, ceux-ci vagues et étranges, amas informe où l'on sent pourtant l'arrangement d'une main savante, la marque d'un esprit retors, la plume et l'âme de ces légistes qui poursuivaient au même moment, avec les mêmes procédés, le même style, les chevaliers du Temple et la mémoire de Boniface.
Dans cette deuxième accusation se trouvaient introduits, formant comme un noyau, les griefs en préparation dans la seconde moitié de l'année 1308 Mais sans doute parce qu'il eût été trop difficile de prouver, comme c'était d'abord l'intention, que l'évêque avait été sodomite, bougre, mécréant, et qu'il avait craché l'hostie ; soit que le procédé risquât de perdre et de s'user à
d. Arch. Nat., J. 438, n" 6. Cf. n" 7 (pièces justif., n» XVI), 2. Voici la concordance entre ces articles et les propositions préparées l'année précédente (l'article des propositions est entre parenthèses) : I (néant) ; — II (néant) ; — III (néant) ; — IV (néant) ; — V (5 transformé) ;
— VI (néant); — VII (néant); —VIII (8); — IX (néant); — X (néant); — XI (néant); —XII (néant); — XIII (néant); — XIV( 2); —XV (4); — XVI (3);— XVII (6); — XVIII (néant); — XIX (néant); — XX (néant);
— XXI (néant); —XXII (1); — XXIII (néant); — XXIV (néant); — XXV (c'est la l accusation); — XXVI (néant). — On voit combien d'articles nouveaux avaient été ajoutés, en tout 18.
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être ainsi renouvelé, on avait laissé tomber ces dernières charges, mais en les remplaçant par des crimes non moins irrémissibles devant Dieu, devant l'Église et devant le roi : d'avoir, par luimême ou par ses gens, perpétré plusieurs homicides; d'avoir entretenu sans vergogne une concubine ; d'avoir excité, trente ans auparavant, la grande révolte de Provins ; d'avoir été faux monnayeur, simoniaque et félon, et, finalement, un homme de mauvaise vie.
Méthodiquement l'accusation avait repris tous les crimes dont l'évêque avait été chargé jadis au cours de l'affaire de Jean de Calais, les exactions et les meurtres; elle posait à nouveau la question de la mort de la reine de Navarre ; elle relevait l'affaire même de Jean de Calais. Mais cette fois, tous les griefs, d'un bloc, étaient réunis sur l'évêque et l'accusation semblait mieux combinée. Il ne devait point suffire aux accusateurs que l'évêque fût flétri et réservé aux peines ordinaires : sans doute, on voulait obtenir que les juges d'Église, qui ne pouvaient condamner k d'autres peines corporelles que la prison, renvoyassent le coupable au bras séculier. Et tous ces griefs, insinuants dans leur apparence désordonnée, n'avaient qu'un but : ils tendaient à faire naître, logique comme un corollaire, dans lésâmes inquiètes et troublées de ces temps, cette conclusion naturelle queFévêque, pour tant de noirceur, ne pouvait être qu'un démoniaque, un lîls et un possédé du Diable. Cette raison, on l'avait émise longuement, habilement, en tête de l'accusation, comme un avant-propos : elle expliquait tous les crimes qui suivaient; elle reliait en même temps cette série d'accusations k la première, qui reprochait k l'évêque un crime diabolique entre tous, l'envoûtement de la reine de France ^.
L'évêque était fils d'un incube, d'un neton, d'un de ces esprits dont les docteurs, depuis saint Augustin jusc|u'k saint Thomas,
1, C'est la meilleure preuve, quoique toute morale, qu'une môme pensée avait depuis le début concerté et poursuivi ce procès obscur : sans doute, au fond, derrière la procédure officielle, quelqu'un menait tout, dont nous sentons la main, sans le voir ouvertement agir.
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avaient cherché et discutaient encore la nature, larves aériennes, aqueuses ou ignées, d'une corporéité subtile et délicate, qui tentaient les femmes, les sollicitaient avec une ingéniosité satanique, les amenaient au désir, s'accouplaient avec elles, et, soit qu'ils prissent aux hommes la semence, soit qu'ils fussent eux-mêmes pourvus de génitoires et doués de vertu prolifique, les fécondaient ^ .
Était-ce une essence du démon que ces follets ou lutins, dont la croyance était admise par l'Église comme par le peuple, et leur procréation devait-elle être réputée infâme, offensante pour la religion? Des théologiens distinguaient : les incubes et les succubes n'étaient point, pour eux, de nature démoniaque, et ne pouvaient être assimilés aux démons spirituels en relations avec les sorcières ; ils n'avaient peur ni des exorcismes, ni des objets sacrés, ni de la croix du Christ; ils opéraient sans le secours de sorciers et de sorcières, ils n'exigeaient ni les maléfices, ni les « crimes énormes » et ce coït diabolique que les malins esprits réclamaient des possédés. C'étaient des esprits animaux dont les actes lascifs n'étaient point une souillure et ne pouvaient être regardés comme un délit plus grave que la bestialité ou la sodomie. Pourtant, on appelait ce crime « démonialité », et l'opinion vulgaire était qu'en s'unissant aux incubes et aux succubes, — qu'il y eût, ou non, pacte avec Satan, — on avait commerce avec
1. Les succubes étaient les esprits femelles qui s'accouplaient aux hommes. — On appelait vulgairement ces esprits follets ou Zuiins, ou encore de notre mot netons, — en italien /"o/e/^i, en espagnol, duendes. C'étaient les Sylvains, les Faunes des Anciens, les Duses des Gaulois, et l'Eglise en avait toujours admis l'existence; saint Augustin {De civil. Dei, lib. XV, cap. 23) dit que « c'est une opinion confirmée par les témoignages de personnes absolument dignes de foi que les Sylvains et les Faunes, vulgairement appelés incubes, ont souvent tourmenté les femmes, sollicité et obtenu d'elles le coït... » Saint Thomas cherchait seulement à prouver que, en cas de génération, le père était non l'incube, mais le mari. — Sur tous ces mystères, nous renvoyons aux ouvrages des démonographes, Lancre, Bodin, Sprenger, etc., au P. Sinistrari d'Ameno, De la démonialité et des animaux incubes et succubes. Voy, encore Ch. Lea, History of the inquisition of the middle âyes, III, pp. 379 et suiv. ; J. Bois, Le satanisme et la magie, et le curieux roman de J. K. Huysmans, Là-Bas.
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le Diable, on commettait même offense envers la religion K Ainsi, c'était commune renommée que l'évêque était né de cette œuvre diabolique, et l'on se souvenait encore au pays que jadis, l'évêque Nicolas, lui-même, était venu, à la prière de la mère, asperger les lieux d'eau bénite, pour chasser le démon ; on disait que le mari, sachant que Guichard était le fils de l'incube, n'avait jamais pu souffrir l'enfant. La vie de l'évêque enfm, son tempérament, ses crimes justifiaient tout ce qu'on savait de ces procréations monstrueuses. Gomme les enfants nés des incubes et que l'on disait audacieux, robustes et méchants, excellents dans le vice comme dans la vertu, — tels Alexandre le Gonquérant et l'enchanteur Merlin, ainsi devait naître encore l'Antéchrist, — Guichard était d'un sang fort, d'une humeur violente et superbe et qui voulait tout dompter. La fortune était aussi trop étrange de ce moine, fils de pauvres gens, qu'un jour on avait fait évêque, et que l'on voyait, riche, influent, se mêler à la cour, prétendre à servir, peut-être à dominer le roi; et l'on pensait qu'il fallait que ces hommes de basse condition fussent fous d'aspirer à faire la loi aux nobles 2, qu'ils fussent égarés par leur ambition, — à moins qu'ils ne fussent inspirés du Diable, et que, voués par naissance à l'Esprit mauvais, ils n'eussent grandi, comme celui-ci, dans l'œuvre occulte, par le maléfice et par le crime. On l'avait bien vu par Pierre de la Broce, cet homme de rien qui avait pu, on ne savait par quel artifice, d'omi-
1. Sinistrari d'Ameno, ihid., p. 134-136. - C'était bien aussi la théorie de accusation, puisqu'elle assimilait le ncton à un diable (gî/o^/rfam genus dia-
boli).— hoV. Sinistrari d'Ameno a d'ailleurs sur la nature des incubes et des succubes une théorie originale, qui veut que ces esprits soient des « créatures raisonnables, ayant comme l'homme un corps et une âme naissant et mourant comme lui, rachetées par N. S. Jésus-Christ et capables de salut et de damnation ».
2. C'est la réflexion de l'annaliste de Saint-Martial de Limo-es [Hislor de l^r., AXl, i2o) a propos d'Enguerrand de Marigny et de Pierre de la Broce qui tous deux, après une fortune extraordinaire, après avoir servi le roi en maîtres auxquels on ne refusait rien, furent pendus, soupçonnés de machinations ténébreuses contre le roi ou les royaux. La réflexion ne s'applicruait pas moins justement à ce parvenu orgueilleux qu'était l'évêque de Troyes
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ner le feu roi et faire toutes ses volontés à la cour. Et par quel art encore voyait-on aujourd'hui de petites gens s'emparer de l'esprit du roi Philippe et le conduire, sinon par science maligne et par art de démon ^ ?
Alors, au rappel de cette naissance étrange, dont lui-même avait ri' autrefois, l'évêque, dans sa foi trouble, un moment ébranlé, vacilla : il avoua devant ses juges qu'il croyait, qu'il avait, du moins, entendu dire qu'un neton, après sa naissance, avait, bien la moitié d'une année, fréquenté la maison de son père; mais pour le reste, il déclara qu'il n'en croyait rien.
Il avoua encore qu'il avait tenu à son service Billecart et Guiot, les assassins, mais qu'il avait renvoyé Guiot quand il avait su qu'on l'accusait du meurtre de Farsi : il ne l'avait pas bénéficié, il lui avait commendé un doyenné; jamais d'ailleurs il n'avait su que par ouï-dire que Guiot eût commis un homicide. Il confessa, mais en niant le motif allégué, que le courtier Petingre s'était tué dans l'église de Saint-Ayoul après s'être réfugié en franchise au prieuré. Il avoua qu'il avait reçu de l'argent pour un fait d'hérésie non pleinement prouvé ; qu'il avait fait fabriquer de l'argent, mais qu'il l'avait cru bon, ajoutant qu'il lui en avait bien coûté soixante livres et qu'il n'en avait pas retiré la valeur de cinq sous. Il nia qu'il eût machiné la mort de la reine de Navarre, affirmant qu'il avait été plus chagriné de sa mort
1 On disait qu'Enguerrand de Marigny, qui fut si puissant dans les dernières années de Philippe le Bel, avait un démon privé qu'd consultait; et Ion sait qu'il finit sur une accusation de sorcellerie et d'envoûtement. Si orent mainte gent créance Faisoit par touz païs sans doute
Que ce par art de nigromance Dont mainte gent n i virent goûte,
Feit qu'en ce monde faisoit ; Quant de si bas estât briément
Et lé plus de la gent créoit Fu eslevé si hautement
Que du deable houce avoit, Qui estoit un povre escuier...
Par quoi tout quanque li plaisoit
(Geffroi de Paris, Histoi\ de Fr., XXII, 150.) Guichard fut aussi accusé d'avoir eu un démon privé (Dépos., III, art. 2).
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que de la mort de toute autre femme. Il avoua enfin qu'il avait été chassé du Conseil du roi, mais en niant qu'il eût été à son égard félon ou déloyal.
Quand il eut fait ces réponses', l'évêque protesta plusieurs fois encore que cette enquête était faite sans son consentement, et que, s'il répondait et avait déjà répondu aux articles qu'on lui soumettait, et auxquels il n'était pas tenu de répondre, si des témoins étaient ou avaient été produits, —ni ses réponses, ni les dépositions des témoins ne pouvaient lui causer préjudice 2.
Sans s'occuper de ces protestations de jDure forme, les commissaires commencèrent à produire les témoins qui devaient déposer sur les nouveaux articles : le jour même neuf furent entendus parmi lesquels messire Guillaume de Morteri, chevalier, ennemi personnel de Guichard, et l'un des plus hostiles dans l'affaire de Jean de Calais 3. Le lendemain, vendredi, 14 février, on en fit avancer trente-cinq.
Le 18 février, dix nouveaux articles furent présentés à l'évêque : ils renfermaient, sans ordre, des griefs variés de même tendance que les précédents :
« l. Du vivant de la reine Blanche, l'évêque a prononcé les paroles suivantes ou de semhlahles : — « Madame m'a fait renvoyer « et chasser du Conseil du Roi et a dit qu'elle me ferait enlever ma « crosse pastorale : mais je serai bientôt vengé d'elle, s'il plaît « à Dieu, et cela ne tardera pas ! » Il lui avait déjà préparé le poison dont elle mourut en huit jours.
« II. L'évêque a évoqué le Démon et l'a interrogé sur ce qui lui arriverait dans l'avenir : le Démon lui a répondu, à ce qu'on croit, « qu'on parlerait encore beaucoup de l'évêque, et plus que « de tout autre prélat du royaume de France. »
1. C'étaient encore les réponses par crédit vel non crédit, servant à déterminer les points sur lesquels devait porter l'enquête.
2. Voy. les raisons de droit proposées par le procureur (p. justif., no XV)
/."^^aP^P^'-' ^"''^ Corfélix (pièce en français). - Il ne restï
point d ailleurs de déposition de lui.
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« III. Il a ordonné prêtre le recteur de Ville-sur-Terre le sachant bigame de fait, pour la perdition de plusieurs et la décevance des âmes, contre les ordonnances des saints canons.
« IV. Retenant un clerc, Regnaud, dans sa prison, l'évêque convint avec lui que, s'il voulait lui donner cent sous, il le délivrerait ; puis, apprenant que ce clerc ne pouvait le payer, il affirma par son serment qu'il ne le laisserait pas sortir avant qu'il ne l'eût fait : et le clerc mourut misérablement dans sa prison.
« V. Il différa de confirmer et bénir l'abbé élu de Nesle tant qu'on ne lui eût pas promis et payé certaine somme d'argent : il a donc été simoniaque.
« VI. Il a porté violemment les mains sur des personnes ecclésiastiques et n'a pas craint ensuite de conférer les ordres sacrés et de célébrer les offices divins.
« VII. Pour essayer de cacher sa fraude dans l'affaire de Jean de Calais, il a fait faire un faux instrument et y a fait apposer le faux seing de Jean Léon, notaire apostolique.
« VIII. Il a fait faire, de même façon, un faux instrument muni du seing d'Accurse Laufroi, notaire impérial.
« IX. Enfin, pour cacher son dol en la même affaire par tous les moyens et toutes les tromperies possibles, il a fait faire deux autres fausses lettres adressées soi-disant par Jean de Calais, l'une au roi, l'autre à la reine de France, et qui contenaient une fausse excuse, une explication inventée de la conduite du chanoine en cette affaire; et il a induit un de ses gens, moins par ruse que par peur et par menaces, à fabriquer ces actes.
« X. Ledit évêque, à cause de tous les faits ci-dessus rapportés, est diffamé dans tout le diocèse de Troyes et par tout le royaume de France, auprès de bonnes et graves personnes, tant ecclésiastiques c[ue séculières. »
i. Pierre de Saint-Nizier. — Ville-sur-Terre, de Soulaines, arr. de Bar-sur-Aube.
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L'évêque avoua qu'il s'était procuré par Jean de Trainel, curé de La Chapelle Godefroi^, les deux lettres écrites par Jean de Calais au roi et à la reine de France ; mais il nia que ces lettres fussent des faux et protesta qu'elles étaient authentiques i Sur l'article qui lui reprochait d'être diffamé, il répondit qu'il ne croyait pas qu'il en fût rien avant sa captivité.
Quarante-trois témoins furent introduits le même jour, parmi lesquels Orri, abbé de Montier-la-Celle, Pierre de Villy, chanoine de Saint-Etienne de Troyes, ancien clerc des cornistes de la reine de Navarre, qui avait déjà été chargé, en 1302, d'une instruction contre Guichard. On exhiba encore, comme preuve contre l'évêque, un instrument public muni du seing- de Jean Patriarche, notaire apostolique : c'était un vidimus des quatre pièces relatives à l'affaire de Jean de Calais et c{ue l'accusation prétendait faussées par l'évêque. Guichard déclara qu'il avait eu les originaux et qu'il en avait fait faire par Jean Patriarche cet instrument public, muni du seing du tabellion; mais il dit qu'il n'avait pas cru fausses les lettres qu'il avait fait transcrire
Les interrogatoires continuèrent à Paris, à Sainte-Geneviève, le vendredi suivant, 21 février (dix témoins); le lundi, 3 mars, treize témoins furent produits, entre lesquels Simon Festu, évêque de Meaux, l'ex-archidiacre de Vendôme et frère Durand de Froleyo, de l'ordre des Mineurs, ancien confesseur de la reine. Pour ce même jour on avait cité l'évêque de Béziers, Richard Leneveu, M" Hugue Morsel, messire Enguerrand de Marigny, M" Alain de Lamballe^, messire André Porcheron, messire Guillaume de Plaisians, Even Phili^ et M* Pierre Barrière : comme ils tardaient à venir, l'évêque consentit qu'ils jurassent et fussent reçus par