CHAPITRE VII
LES NOUVEAUX ARTICLES
« Nous, évêques d'Orléans et d'Auxerre, enquêteurs délégués par le Souverain Pontife contre l'évêque de Troyes, avec notre saint père en Christ, monseigneur l'archevêque de Sens ;
(c Attendu qu'outre les griefs spécialement exprimés dans le rescrit pontifical et par nous reproduits dans les articles délivrés à l'évêque de Troyes, ledit évêque est accusé d'avoir commis beaucoup d'autres crimes énormes et sacrilèges pour l'offense de la majesté divine, le danger du mauvais exemple et le scandale du grand nombre ; qu'il a nié qu'il y eût rien de vrai dans le rescrit du pape et demandé qu'on lui fît une déclaration des crimes susdits, afin d'y pouvoir répondre par son serment;
« En l'absence de l'archevêque de Sens, excusé, avons exposé audit évêque les articles qui suivent, afin d'informer sur eux comme sur les premiers : d'autant que, si les faits contenus dans lesdits articles étaient vrais, ils nous seraient d'un grand secours pour les articles à nous spécialement commis par le siège apostolique ^ ;
1 On voit ici l'importance de cette seconde accusation dont les griefs devaient servir à corroborer la première, à l'éclairer, à en justifier la nature extraordinaire. Pour la rendre décisive, les accusateurs n'avaient pas hésité à y entasser tous les genres de crimes, les plus invraisemblables comme les plus communs, à reprendre un à un tous les antécédents de l'évêque.
LES NOUVEAUX ARTICLES
« A savoir :
« I. Durant le mariage d'Agnès, la mère deTevêque, avec feu Jean Guichard, son père, et avant que ladite Agnès ne conçût 1 evêque, une certaine espèce de diable, — appelé en français Jieton^, en latin incuLus ou succuhus '^, selon le sexe qu'il prend et la forme sous laquelle il opère, — infestait continuellement, de jour et de nuit 3, de façon invisible*, ladite Agnès et tous ceux qui demeuraient avec elle, au point que personne ne pouvait ni ne voulait rester dans la maison, et qu'aucune servante, aucun domestique ne voulait la servir. A la supplication d'Agnès et sur le commun bruit qu'elle était infestée, Nicolas, évêque de Troyes, se rendit à sa maison pour chasser le Démon. Ladite Agnès conçut l'évêque pendant qu'elle était ainsi infestée, et Jean Guichard, le mari de la demoiselle, connaissant comment l'enfant était né, et sachant que sa femme était bonne, pure et de sainte conversation, ne voulut, de sa vie, voir l'évêque, et l'avait en abomination et en horreur. Ses camarades appelaient alors l'enfant « fils de ne ton », et il était par tous tenu pour
1. Cf. n" 7 : « 7iufon ». — Lûion, niUon, et la forme plus usitée : nuton, sont encore en wallon, les formes de notre mot lutin. Los formes anciennes étaient : luiton, nuiton, et le mot s'appliquait à des démons ou diables déguisés, à des larves ou esprits volants, et plus spécialement, en pays wallon, à des nains qui apparaissaient dans les mines (Littré). — Notre texte éclaire à la fois le sens et Fétymolpgie, très discutée, de ce mot. Il s'ao-it bien de diables, d'incubes et de succubes, et le texte confirme ici les citations de Littré. D'ap. le P. Sinistrari d'Ameno, leur apparition était fréquente dans les mines. M. Gaston Paris, se fondant sur les formes neton netonniis, netunnus, nelimusquï^e trouvent employées concurremment dans notre texte avec les formes nulon, nuionniis, nous suggère une étymologie originale : neplunus, génie, esprit des eaux, qui nous semble plus vraisemlilable que les diverses étymologies, d'ailleurs très incertaines, rapportées dans Littré, Le nom de nelon s'est appliqué à des personnes.