GUICIIARD, PRIEUR DE SAINT- AYOUL DE PROVINS S
Notre-Dame-du-Val et le couvent du Paraclet. C'est lui qui aurait fait bâtir le chœur de Saint- Ay oui, dont il fit poser les verrières, blanches à deux images de couleur, pareilles à celles des Frères Prêcheurs de Provins.
Guichard était prieur de Saint- Ayoul lorsqu'éclata la fameuse révolte de Provins, où les ouvriers drapiers, à l'occasion de l'augmentation des impôts et de la prolongation des heures de travail, s'insurgèrent et massacrèrent le maire, Guillaume Pentecôte (29 janvier 1280) K Quels furent son attitude et son rôle au moment de cette sédition ? On l'accusa plus tard de l'avoir fomentée et d'en avoir tiré profit : il aurait accepté en garde dans un bâtiment du prieuré tout ce que les Provinois avaient de plus précieux; puis, après avoir déménagé secrètement tout ou partie des objets qui lui avaient été confiés, il aurait mis le feu au bâtiment, afin de pouvoir dire que les biens avaient péri dans l'incendie : des témoins assurèrent qu'il avait ainsi commencé sa fortune ~.
Cette double accusation est délicate à contrôler. Mais si, malgré le nombre de témoignages affirma tifs, à cause du caractère tendancieux de l'accusation, on peut hésiter sur le second point, le crime d'abus de confiance et de vol, — il est difficile d'accepter le premier grief, sur lec^uel l'accusation elle-même reste incertaine 3.
la rue duMynage, devant la Fontaine Saint-Ayoul. » (Cartul., fol. 77 et 284 V", Bibl. de Troyes, ms. 2284). — Le prieur de Saint-Ayoul, qui avait saisi la maison « ratione novalium, nolens quod dicta domus pênes ipsas religio- K sas in manum mortuam remaneret », renonce à ses prétentions.
L'abbé Ythier [Hist. ecclés. de Provins, V, pp. 78-79) mentionne encore Guichard comme prieur de Saint-Ayoul, d'après un acte de 1281 où il reçoit une donation en faveur de l'Hôtel-Dieu.
1 . Sur la rébellion de Provins, v. F. Bourquelot, Hist. de Provins, I, . 235-248 ; — Le Cartulaire de la ville de Provins (Bibl. de VEcole des Chartes, ¥ série, t. II, p. 225).
2. Voy. la deuxième série d'accusations contre l'évêque, articles vu etviii, et les dépositions relatives à ces articles.
3. Elle ne fut produite qu'après coup. Cf. les articles préparatoires et les articles définitifs.
AVANT l'ÉPISCOPAT
Aussi bien le prieur devait redouter la terrible répression qui suivit et la suspicion de la cour de Champagne, qu'il avait au contraire tant d'intérêt à ménager. S'il fallait une preuve qu'il n'y eût point trempé, on la verrait dans la faveur de cette même cour dont il fut comblé par la suite. Guichard dut toute sa fortune à la protection dont le couvrirent deux femmes, — Blanche d'Artois 1, la veuve du dernier comte champenois, Henri le Gras ~, remariée en 1275 à un étranger, un prince anglais, Edmond de Lancastre 3, et qui, comme douairière et baillistre de sa fille, était alors la souveraine du comté, — et sa fille, Jeanne, héritière de la Champagne et de la Navarre, qui était destinée à devenir reine de France Guichard fut ce que le firent les deux reines parleur situation et leur influence à la cour de France, et son élévation suivit celle de la maison champenoise.
Où se nouèrent ces relations de « familiarité » qui menèrent l'humble moine jusqu'au Conseil du roi ? Avait-il calculé sous le froc ce qu'il avait à gagner en se liant à la future reine de France ? Tout ce qu'on sait, c'est qu'au temps où Guichard était prieur de Saint-Ayoul de Provins, — non loin du couvent, dans la ville haute, on élevait au palais des comtes la jeune reine de Navarre, encore tout enfant 5.