‹ Le procès de Guichard, évêque de Troyes (1308-1313)Chapitre 155 sur 267 · Hugue Morsel · texte numérisé non relu

Hugue Morsel

3. Pierre de S. Nizier précise : entre le Petit Pont et la maison des frères Prêcheurs, près de la maison de Mortemer. C'est aujourd'hui une partie de la rue Saint-Jacques. (Voy. Géraud, Paris sous Philippe le Bel.)

4. ... « Archidiaconus Vindocinensis, qui tune erat, et Noffus, qui prose- « quti fuerant negocium dicte regine... »

5 « quem dicebant esse amicum dicti Trecensis episcopi in dicto

(( negotio et aliis... »

DÉUXlÈME SÉRIE ! ARTICLE XVII

reur 200 livres en florins ; le reste des deux mille livres devait leur être payé après rétractation des témoignages par devant les confesseurs. Pierre de Saint-Nizier les assurait que l'évêque leur ferait encore beaucoup de bien si l'affaire venait à bonne fm, qu'il était prêt à dépenser tout ce qu'il avait, même son bâton pastoral, pour aller jusqu'au bout*.

Aloi^s ils s'occupèrent sérieusement de l'affaire. Le lendemain, à la première heure, Jean de Fay, le doyen de Saint-Urbain, Pierre de Saint-Nizier, M' Hugue et Pierre Barrière, Henri de Trainel et Gui de Cas se trouvaient dans la maison de l'évêque de Meaux : le doyen mit l'évêque au courant et lui demanda, de la part de l'évêque de Troyes, de faire tout ce qu'il pourrait pour Guichard à l'égard de la reine. — « Mais, que veut-il donc? repartit l'évêque de Meaux ; il demande à être destitué de tout « office et bénéfice ? Je ne m'en mêlerai pas : signifiez-lui, le plus « tôt que vous pourrez, qu'il se tire de là'^I » Ils se retirèrent. Le doyen envoya en toute hâte Pierre de Saint-Nizier auprès de l'évêque pour lui dire ce qu'il avait entendu : Pierre trouva l'évêque à Macey ^ et lui conta tout, en présence de Guillaume le Diablat, son compagnon. Le soir du même jour, Guichard le renvoya à Paris dire au doyen et à frère Jean <( de parler encore « à l'évêque de Meaux et de faire donner aux témoins un sauf-con- « duit pour aller devers la reine : que l'évêque, dans cette affaire,

1. « Paratus erat expendere quidquid habebat, etiam baculum pastora- « lem pro perficiendo, sicut dicebat » (Pierre Barrière). Cf. Pierre de Saint-Nizier. Nous avons ici mélangé ces deux témoignages malgré la discordance qu'ils offrent sur le chiffre de la somme versée par le procureur à Me Hugue, et l'incertitude de la date du fait qu'ils rapportent. Il semble bien qu'il s'agisse du même fait, simplement atténué par Pierre Barrière : tandis que Pierre de S. Nizier déclare qu'on a exigé de lui un versement anticipé de 200 livres t., Pierre Barrière dit que M" Hugue reçut en plusieurs payements 300 liv. p. qui furent partagées entre Pierre Barrière, M" Hugue et Gui de Cas, avant qu'ils eussent rien fait pour l'évêque.

2. « — Quid vult ipse sibi ? Ipse querit deponi ab omni offlcio et bene- M ficio. Ego me de hoc non intromittam ; significetis sibi citius quam pote- « ritis quod de hoc se sufferat! »

LES DÉPOSITIONS

« en viendrait à sa fin, que Dieu le voulût, ou le diable K » Pierre Barrière et le doyen retournèrent auprès de l'évêque de Meaux, qui les écouta volontiers et leur dit « qu'il ferait tout son posu sible pour que Pierre et les autres témoins qui voudraient se (( rétracter eussent leur sûreté de la reine pour le faire et qu'ils « fussent entendus en secret. » Ils montrèrent à l'évêque une lettre de la main de NofFo Dei : l'évêque la garda et dit qu'il la ferait voir à la reine.

Cependant, le doyen et le procureur confiaient à Pierre Barrière que l'évêque de Troyes avait d'autres grands seig-neurs à la cour du roi, qui pousseraient l'affaire quand elle serait en train 2; Pierre Barrière leur dit que, pour la bien conduire, — comme elle était de la plus grande importance et qu'elle présentait du danger, touchant à la personne de la reine, — il fallait deux choses : d'abord avoir pour soi à la cour du roi de hauts personnages qui fussent amis de l'évêque de Troyes ; ensuite en chercher d'autres qui fussent ennemis de NofTo Dei pour les aider ^, en sorte que leur action fût concertée ; il fallait encore que l'évêque, le doyen et le procureur eussent les mains larges, et que l'affaire fût menée sans bruit, par gens de secret et par confesseurs. Ils répondirent qu'ils étaient pourvus de tels personnages, et que l'évêque de Troyes ne regarderait pas à ce qu'il dépenserait dans cette affaire, pourvu qu'il en vînt à la fin qu'il souhaitait ^.

Pierre Barrière s'aboucha alors avec Adam Bolard et Francesco

1. Pierre de Saint-Nizier. Cf. Pierre Barrière. Ici encore, le manque de dates précises peut faire croire à une contradiction : tandis que Pierre de Saint-Nizier déclare que les agents de Guichard furent mal reçus par l'évêque de Meaux, d'après Pierre Barrière, ils reçurent un bon accueil. Il faut sans doute penser (Guichard ne s'étant pas découragé) que P. Barrière parle d'une deuxième entrevue.

2. « ... dictus episcopus Trecensis habebat alios magnos dominos in « curia régis qui sustinerent dictum negotium ex quo esset inceptum. »

3. « ... et alios qui essent inimici dicti Noffi requirerent ut juvarent « eos. ))

4. « ... quod de talibus personis bene erant fundati et muniti, et quod dicte tus episcopus Trecensis non curabat quantum expenderet in isto facto « dum tamen veniret ad finem optatum » (Pierre Bai'rière).

DEUXIÈME SÉRIE : ARTICLE XVII 161

Ferratoni. Hugue Morsel vit un des témoins de la reine causer avec le cardinal qui était alors en France, en présence de Té vêque de Meaux et du doyen i. Mais la tentative vint aux oreilles de la reine. Pierre Barrière, soupçonné, fut saisi par ordre de l'official de Paris; le doyen et le procureur, voyant qu'ils ne pouvaient rien faire, ou comprenant que l'évêque les avait trompés, quittèrent Paris : mais, poursuivis par six sergents du Cliâtelet, ils furent arrêtés dans les bois de Tournan 2 et conduits dans la prison de l'évêque de Paris 3. Des auditeurs désignés par le roi et siégeant en la cour de l'official ^ reçurent les aveux des témoins que l'évêque avait tenté de suborner : Gui de Cas et plusieurs autres déclarèrent que l'évêque de Troyes leur avait fait des promesses et des présents pour les faire revenir sur leur premier témoignage. Pierre Barrière avoua qu'il était convenu avec Guichard de mener l'affaire, à condition que des personnages de la cour du roi voulussent s'entremettre pour l'évêque; qu'on lui en avait nommé quelques-uns, mais qu'il ne les avait pas trouvés suffisants ; on lui en avait nommé d'autres : alors, il s'était engagé, s'ils voulaient l'entreprendre, à poursuivre la négociation avec ferme espoir de la faire aboutira Toutefois, Pierre disait qu'il avait été abusé, et qu'il n'avait su qu'à la fin que l'évêque payait les témoins qu'il voulait amener à rétractation 6. Noifo Dei lui-même vint déclarer que Guichard avait

Page 1