février
LES DÉPOSITIONS
était allé pour l'évêque et plusieurs autres, un clerc, Jean de Trainel, alors en habit laïque, vint le trouver et lui dire qu'il était depuis longtemps à Rome et en Lombardie, pour l'évêque, le priant d'aller chez Jean de Calais, de lui parler des affaires de l'évêque, et de l'engager à aller trouver le cardinal Jean Lemoine pour lui confesser qu'il avait prêté faux témoignage contre Guichard. Ils allèrent ensemble chez Jean de Calais, rue du Champ-de-Flore, et Jean de Langres dit au chanoine : — « Messire, vous êtes homme à avoir conscience. Vous « avez porté témoignage pour la reine de Navarre contre « l'évêque de Trojes, ce qui fait grand dommage à celui-ci, vous « le savez : pour Dieu, si vous avez dit en cela quelque chose « que vous ne saviez pas, veuillez venir chez monseigneur Jean « Lemoine et lui dire la vérité : le cardinal écrira à Madame la (( reine, qui se fie beaucoup en lui. » Jean de Calais répondit : — (( Je n'irai jamais : je ne dirai pas autre chose que ce que j'ai « dit. Je suis fâché du dommage de l'évêque ». Et comme Jean de Langres le pressait de nouveau : — « J'aimerais mieux, reprit « Jean de Calais, qu'on m'arrachât les dents l'une après l'autre, (( que de dire devant le cardinal autre chose que ce que j'ai « témoigné ». Quinze jours après, Jean de Langres étant pour rentrer en France, Jean de Trainel le chargea de dire à l'évêque qu'il avait fait ce qu'il avait pu pour lui, et il montra à Jean de Langres un instrument public portant un seing de tabellion, en disant qu'il avait tant fait que Jean de Calais avait confessé ce qui était dedans, à savoir qu'il avait porté faux témoignage. — « Laisse-moi la paix », lui dit Jean de Langres, « je tiens cet (( instrument pour suspect. » Six mois après, à Troyes, il revit Jean de Trainel chez l'évêque : — (( Messire », demanda-t-il à Guichard, « Jean de Trainel que j'ai vu ici vous a-t-il apporté « des lettres? » L'évêque se taisait. Alors Jean de Langres reprit : — ((Il pourrait bien vous avoir apporté des lettres qui « ne seraient pas bonnes et vraies... » Guichard ne répondit pas 1.