LE PROCÈS DE GUICHARD ET L'OPUMON
reine par des maléfices ou par le poison ^ . Ce qui frappait surtout le peuple, c'était la rig-ueur insolite avec laquelle on avait traité un prélat, en le mettant, à sa honte, sans égard pour son privilège, en prison séculière 2; c'était aussi l'énergie obstinée avec laquelle Guichard se défendait; et l'on attendait pour savoir quel serait le jugement du pape, à qui la cause allait être déférée en dernier lieu. Dans la chronique d'un bourgeois de Paris qui écrivait pendant l'enquête, on trouve un écho de ces rumeurs :
[1305] En cele année, sanz doulance,
Mourust la royne de France Et de Navarre, la très sage Jehanne, dont ce fu grant damage Atouz, car tant com fu en vie, Ne fu France moult taillie.
Mes fu le royaume ^ assez en pais Trop plus qu'il n'a esté après.
De sa mort fu la renommée Qu'ele ot esté enpoysonnée.
Ne sai s'il fu de cui séu; Mais 1 moinne noir mescréu En fu : c'est l'evesque de Trois En Champaingne : si fu des roys Cel evesque mal arrivé ; De son temporel fu privé.
Et grant temps en fu en prison.
Je ne sai si ce fu raison; Mes s'il avoit fet tel melîet Il devroit bien estre deffet ;
1. Contin. de Gaill. de Nangis {Histor. de Fr., XX, 598) : « 'sortilegiis <( aiit veneno »; Contin. de Girard de Frachet {ihid., XXI, 31) : « maleficiis vel veneno »; — cf. Ciiron. de S. Denis {ibid., XX, 683). Plus original et mieux renseigné est Jean de S. Victor {ibid., XXI, 644 et 652).
2. Jean de S. Victor {ihid., XXI, 652) : « Quae (regina) dicebatur venefi- « ciis vel invocatione defuncta. Quicquid fuerit, praedictus episcopus Tre- « censis, nullius privilegii fretus vel fui tus juvamine, turpiter est detcntus « in carcere, longoque tempore reservatus. »