‹ Le procès de Guichard, évêque de Troyes (1308-1313)Chapitre 231 sur 267 · Ihid., p. 240 (art. III · texte numérisé non relu

Ihid., p. 240 (art. III

5. Ibid., p. 333 (art. X). Cf. pp. 331-332 (art. IX) : « Il avait dès longtemps

Ainsi, la nég-ation du Christ et de la vie éternelle, le culte et l'invocation du diable et des idoles, telles étaient les hérésies que Nogaret avait relevées contre le pape et l'ordre du Temple, mélang-e un peu confus d'erreurs dogmatiques et de diabolisme.

Contre Guichard, il ne semblait pas si aisé de dresser de pareils g-riefs. Si profanes, si violents d'allures, si débauchés même que fussent ces prélats mondains, de là à l'hérésie, il y avait loin, et, pour porter et soutenir pareille accusation, l'opinion n'était ni assez émue ni assez travaillée.

Nogaret la reprit pourtant, du moins sous une de ses faces, et en la transformant presque complètement pour lui donner nouvelle prise. Guichard fut un démoniaque : c'est la formule propre de son hérésie. Il l'était, et par sa naissance, et par la nature même de son crime. « Fils de neton », d'un incube, il avait toute sa vie invoqué le démon ; il s'était fait par contrat « l'homme du diable » ; il avait commis enfin le plus diabolique des crimes, celui qui supposait les accointances les plus directes, qui impliquait le commerce le plus étroit et comme une foi mutuelle et mystérieuse entre l'homme et le diable : l'envoûtement.

C'est l'idée maîtresse de l'accusation. Toutefois il ne semble pas que Nogaret l'ait conçue d'abord d'une façon aussi précise et aussi complète : le processus même de l'accusation montre que la conception ne se forma que peu à peu dans son esprit. D'abord simple, le grief se compliqua dans l'imagination retorse du légiste, il prit une forme nouvelle, insidieuse, il se fît plus acéré et plus pénétrant.

L'envoûtement fut le point de départ. Que l'accusateur eût inventé le crime de toutes pièces, ou, ce qui est plus probable,

« un esprit et démon familier que lui avait donné une femme ; un autre, (( plus puissant, qu'il tenait de M« Georges de Simbilico ; et M° Boniface le « Lombard lui en avait donné un encore, des plus puissants, enfermé dans « un anneau, et qu'il appelait Boniface. Il se servait du conseil de ce (( démon en tout et partout. On l'entendait très souvent parler avec lui ; « et toujours, quand il l'invoquait pour en avoir un réponse, il faisait une « subfumigation. »

qu'un bruit courant clans le pays, un essai de levêque, révélé par ceux qui avaient trempé dans ses pratiques, en eût suggéré l'idée, — c'était déjà un élément nouveau d'accusation, une variante aux procédés ordinaires, dont il devait tirer grand profit. L'hérésie apparaissait ici concrète, avec des formes matérielles, exprimée en des pratiques étranges et de facile créance pour l'imagination populaire. Dans la première accusation , l'évêque fut donc présenté gravement comme « l'homme du diable », qui, pour en venir à sa fin exécrable, la mort de la reine, n'avait pas craint de consulter une sorcière, d'invoquer le démon et de lui faire hommage en lui engageant un de ses membres ^, puis, ainsi lié avec Satan, d'achever son œuvre maligne en faisant mourir la reine de mort mystérieuse et rapide.

Cependant le crime parut insuffisant en lui-même, et, sans doute, Nogaret ne négligeait pas sans regret cette accusation de reniement, qui, précisée et exprimée par un acte bien scandaleux, avait le don de faire frémir dans leur foi naïve les âmes profondément pieuses de ces temps. Ce grief, le comble de l'hérésie, ne pouvait s'user. Après en avoir accablé Boniface et les Templiers, il voulut en charger Guichard, et, quel qu'en fût le fondement, dans l'ébauche d'une deuxième série d'accusations il essaya de l'introduire : « Il est bougres et mescreans en la « foy, quar quant il chantoit la messe, il tenoit le cors Notre « Seigneur en sa bouche sanz user et gitoit jus ~ ».

Après ce crime horrible de cracher l'hostie, cette injure sanglante à la face divine qui liait doublement l'homme à l'Esprit mauvais, Guichard pouvait s'attendre à se voir déclarer, comme jadis Saisset, un « homme de mort ^ ». Mais l'accusation, après toutes les autres, était sans doute trop malaisée à retenir encore, ou trop délicate à prouver : elle ne fut pas introduite dans les

1. Voy. les propositions du bailli de Sens, promoteur de l'accusation, et les articles des commissaires ecclésiastiques dans la deuxième série d'accusations.

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