Boutiot, Ilisf. de Troyes, II, pp
AFFAIRE Î)E JEAN i)E CÂLAIS
départ précipité du cardinal qui devait s'entremettre pour lui à la cour : mais dans tout ce contlit, son attitude, en somme, semble avoir été réservée K
Les événements tournaient contre l'évôque : il n'en poursuivait pas moins ses intrigues en Italie, où il espérait tirer de Jean de Calais, un aveu, une rétractation, la seule chance qui lui restât de se réhabiliter.
Ses ennemis avaient déjà manœuvré à la cour romaine : dès le mois de septembre 1302, un chanoine de Saint-Étienne de Troyes, Jean de Beaune, avait été envoyé à Rome, sans doute de la part de la reine, pour agir contre Guichard, mais était mort mystérieusement à Ivrée-. Vers cette époque, l'évêque aussi avait à Rome un procureur, M'' Jean de Langres ^, Au carême de l'année 1303, il envoya encore outre monts un homme à lui, Jean de Trainel^, qui avait été en prison à Paris avec Jean de Calais et NolFo Dei : cet ag-ent resta plus d'un an tant à Rome qu'en Italie, cherchant à circonvenir le chanoine fugitif, et revint auprès de l'évêque avant la Pentecôte de 1304 (17 mai)^
A ce moment, les adversaires de Guichard réussissaient enfin, parleurs insinuations auprès du Saint Siège, à obtenir du nouveau pape, Benoît XI, une citation contre l'évêque. Le 18 mai, le pontife, rappelant les bruits de crime apportés jusqu'à lui sur le compte de l'évêque, — et relatifs sans doute à la mort de la reine de Navarre, — considérant que de tels faits, s'ils étaient fondés, ne pouvaient rester impunis, mandait à M" André de Fontai-
1. A Troyes, le clergé, régulier et séculier, adhéra en masse à Fappel du roi contre Boniface (Arch. Nat., J. 480, 481, 489). L'opposition de Guichard à la politique du roi paraît d'autant moins vraisemblable qu'il n'en pouvait rien attendre; le clergé séculier était alors dévoué à la royauté, à sa merci : et Guichard est bien le type de ces prélats semi-laïques, vivant en seigneurs hors de leur diocèse, et plus habitués à regarder vers la cour que vers le Saint Siège. A ce moment d'ailleurs, n'avait-il pas besoin de toute l'indulgence de Philippe?