Diminutif de Giovanni
5 La C*« des Amanast (Societas Amannatorum) était de Pistoie. Voy. Reg. de Boniface VIII, no 2646 et passim. En 1304 la société était tombée et cherchait à se reformer {Reg. de Benoît XU n° 882).
AFFAIRE DE JEA^ DE CALAIS
deniers et joiaus pour moi délivrer de sa prison ou je esloie, la
quele chose je dis et tesmoignai contre vérité, quar je m'en issi de la dite prison par le conseil et par l'aide de monseigneur Herment, prestre de Bergieres, et de Michelet, mon neveu, senz le seu et senz le consentement dou dit evesque, et je m'en soie confessiez a un des confesseurs pénitenciers de nostre pere le pape, H quiex m'a enjoint en peneance que toute la vérité de ceste chose je révélasse et descovrisse apertement la ou mestiers seroit, et especialement a vous, — pour quoi en deschargent et délivrant l'ame de moi de celi pechié, je, qui suis malades griément et croi estre au lit de la mort, dénonce a la vostre très grant hautesce, en vérité et sus le péril de l'ame de moi, que tout ce que je dis et tesmoignai contre le dit evesque fu fauceté ; et le fis par la force et par la contrainte de l'arcediacre de Vendosme, clers de madame la rayne, vostre famé, qui jura sus sains, moi présent, que, se je ne tesmoignoie contre le dit evesque ce que Nolfe Dei de Florence me diroit, que il me feroit enprisoner a pepertuité; et avoit ja fet arrester mon hernois a Paris en la rue de la Harpe, chiers Aubert de Senliz. Et, pour paour des dites menaces et d'estre emprisonez, je tesmoignai la chose si come li dit arcediacres et Noffes voudrent, contre raison et contre vérité ; qar il disoient que madame la rayne le voloit. Si en porroiz bien savoir la vérité par le dit Vanne Nicholas de Pistoie, que l'on disoit qui avoit paié l'argent a l'evesque pour moi. Et ceste chose ai je autres foiz certefiée a frère Durant, confesseur de madame la rayne, vostre famé; et sus cette chose, par le commandement dou dit penencier ai je ja fait fere un eslrument de main de tabellion publique; mes, pour vous avisier sur ces- choses avant que eles soient publiées, et pour délivrer l'ame de moi, je vous certifie la vérité par ces présentes lettres pendens, scellées de mon propre seel, douquel je use et ai usé. Donné a Viterbe, le venredi après Misericordia Domini, l'an de grâce mil trois cens et quatre ^ . »
« A très excellent, très noble et très puissent dame, madame Jehanne, par la grâce de Dieu rayne de France, li vostres sougiez et soumis en toutes choses, Jehans de Gales, jadis trésoriers de noble seigneur monseigneur Edme, jadis conte de Champaigne, lui humblement enclinez a touz voz bons plesirs et servises. Très chiere dame, comme j'ai dit et
1. Arch. Nat., J. 438, n» 1. Orig. scellé, double queue, parchemin. Le sceau, en partie mutilé, porte : S. Johis de Calesio canonic... — Cf. dépos., II, 17, Jean de Trainel (copie insérée).
AFFAIRE DE JEAN DE CALAIS
tesmoigné contre Tevesque de Troies que je li eusse donné et fet donner par Vanne Nicholas de Pistoie, compaignon des Amanast, et par autres marchans, aucunes somes de deniers et joiaus, pour moi délivrer de sa prison ou je estoie, si comme vous savez, — la quele chose je dis et iesmoignai contre vérité, quar je m'en issi de la dite prison par le conseil et par l'aide de monseigneur Herment, prestre de Bergieres, et de Michelet, mon neveu, senz le seu et senz le consentement dou dit evesque; et je m'en soie confessiez a un des confessors penetencier nostre pere le pape, li quiex m'a enjoint en pénitence, que toute la vérité de ceste chose je révélasse et descovrisse apertement la ou mestiers seroit, et especialement a vous, — pour quoi en deschargent et délivrant l'ame de moi de celi pechié, je, qui suis malades griement et croi estre au lit de la mort, dénonce a la vostre très grant hautece, en vérité et sus le péril de l'ame de moi, que tout ce que je dis et tesmoignai contre le dit evesque fu fauceté; et le fis par la force et par la contrainte de l'arcediacre de Vendosme, vostre clerc, qui jura sus sains, moi présent, que se je ne tesmoignoie contre le dit evesque tout ce que Noffes Dei de Florence me diroit, que il me feroit emprisoner a perpétuité; et avoit ja fait arrester li diz arcediacres mon hernois a Paris, en la rue de la Harpe, chies Aubert de Senliz, pour ce que je ne voloie tesmoigner cele fauceté. Et pour paor des dites menaces et d'estre emprisonez, je tesmoignai la chose, si comme li dit arcediacres et NofTes voudrent, contre reison et contre vérité : qar il disoient que vous le voiiés. Et, quant j'oi tesmoigné leur volanté, je m'en vings en ceste partie devers Rome ou je suis, plus tost que je poi, pour la paor d'aus. Et oncques au dit evesque, ne autre pour lui, je ne donnai ne ne fis donner ne prometre joiax ne argent pour ceste chose. Et ceste chose ai je autrefois certefiée a frère Durant, vostre confessor; et se vous volez bien savoir la vérité de ceste chose, vous la porroiz savoir par le dit Vanne Nicholas de Pistoie cui l'on disoit qui avoit paie l'argent au dit evesque pour moi. Et sus ces choses, par le commandement dou dit penencier, ai je ja fait f ère un estrument de main de tabellion publique; mes, pour vous avisier sus ces choses avant que eles soient publiées, et pour délivrer en l'ame de moi, je vous en certefie la vérité par ces présentes lettres pendens scellées de mon propre seel, douquel je use et ai usé. Donné a Viterbe, le venredi après Misericordia Domini, l'an de grâce mil trois cens et quatre < .
1. Arch. Nat., J. 438, n« 2. Orig. scellé, double queue, parchemin (traces de sceau). — Cf. dépos., II, 17, Jean de Trainel (copie insérée).
AFFAIRE DE JEAN DE CALAIS
Crut-on à la cour à l'authenticité de ces lettres i ? Les ennemis de Guiohard se lassèrent-ils de cette poursuite, ou l'argent vint-il arrang^er les choses ? Un apaisement suivit la mort de Jean de Calais, et bientôt, avant le mois d'août 13042, un accord fut conclu entre les deux parties par la médiation de l'archevêque de Sens 3 : l'évêque composa avec la reine jjour 40,000 livres ^ Il ne fut pas donné de suite à l'enquête; les témoins subornés n'eurent pas à témoigner 5.
Quels étaient les dessous de cette affaire mystérieuse, qui traîna quatre ans et qu'un simple compromis vint enfin clore, sans calmer l'animosité des adversaires ? Longue intrigue obscure et passionnée, où l'on sentait de part et d'autre un acharnement égal, chez les uns, à poursuivre et à détruire systématiquement un homme, chez l'autre à se défendre en paralysant les forces adverses ; lutte sourde de rancunes, chaque jour plus ardente, attisée et accrue d'incidents nouveaux. Était-il vraiment coupable cet évéque persécuté d'une reine, hier encore son familier, son compère, le confident de ses secrets? La tâche serait délicate et hardie de vouloir faire le jour sur des faits où le mystère tint tant de place, et d'essayer, avec quelques pièces qui furent prétendues fausses, avec des témoignages suspects, de reconstituer cette histoire. Nous prétendons seulement tirer des documents qui nous restent quelques présomptions, et, sans vouloir conclure, éclairer le grand procès de Guichard, dont l'affaire de Jean de Calais semble avoir été comme le premier engagement.
A en croire les lettres de Jean de Calais au roi et à la reine de France, — que ces lettres soient authentiques, ou qu'elles aient
1. Les adversaires de Guichard cherchèrent à prouver dans le grand procès de 1308, que l'évêque avait fabriqué ces lettres après s'être procuré par fraude le sceau de Jean de Calais (Dépos., II, 17).
2. L'arrangement était déjà conclu quand Guichard traita avec le chapitre de S. Pierre (août 1304). V. plus loin, chap. IV.