Margueronne de Bcllevillette
LËS DÉPOSITION S
l'ermite répondit qu'ils l'étaient. Alors, ils entrèrent dans la cuisine, Guiot restant dans la cour de l'ermitage. Ils mirent sur le feu un pot de cuivre rempli d'eau ; frère Jean tira de dessous son rochet un morceau de cire blanche, qu'ils coupèrent avec un couteau et qu'ils mirent dans le pot. Quand elle fut échauffée, la sorcière la retira, et se mit à en faire une figure en forme de femme i : mais, comme elle n'avait jamais rien fait de pareil et qu'elle ne savait pas, frère Jean lui prit la cire des mains et la façonna 2. Cependant l'évêque demandait à l'ermite : — « Regnaud, où pourrait-on « trouver une accoucheuse ? » Il répondit qu'il y avait à Pouy ^ une bonne femme qui lavait son linge et qui faisait les accouchements. — (( Par qui pourrions-nous l'aller faire quérir? » ajouta l'évêque. L'ermite, ignorant ce qu'on voulait d'elle, repartit que Guiot irait bien la chercher. Il alla trouver son valet et lui dit de mander l'accoucheuse à l'ermitage, qu'elle vînt tout de suite, qu'il s'y trouvait deux de ses amis. Il rentra dans la cuisine ; frère Jean achevait de donner à la figure la forme d'une femme : elle avait à peu près un pied de long et n'était pas très grosse puisque le Jacobin disait en la modelant qu'il y avait deux livres et demie de cire ^.
Quand elle fut finie, ils la posèrent derrière eux, sur un lit. Ils étaient tous assis par terre, devant le feu; frère Jean prit dans la cuisine une poêle « d'airain ^ » qu'il posa sur un siège de paille, y versa de l'eau « fraîche ^ » et froide jusqu'à moitié au moins, et se mit à lire dans un livre les paroles qu'on prononce d'ordinaire pour la bénédiction de l'eau des fonts, en faisant des signes de croix et d'autres signes, selon le rite de cette cérémonie. Quand l'eau fut bénite, il prit sur le lit la figure nue, et comme il
1. Selon la sorcière, elle ne Taurait fait que sur l'ordre du Jacobin.