‹ Le procès de la bière [microforme]Chapitre 2 sur 15 · À 470 = { LS ’ LA · texte numérisé non relu

À 470 = { LS ’ LA

Sous les auspices du Conseil Uentral ds la Croix Noire.

{vec la permission de l'Autorité Ecclésiastique.

Montréal, 12 septembre 1915

A M. le Docteur ALBERT JoitN, Québec.

Mon cher confrère,

Votre Procès de la Bière est une mise au point absolument nécessaire.

Jusqu'à ces dernières années l’on croyait rester dans les justes limites, en n’usant pas d'alcool jusqu’à l’enivrement.

L'on croit encore aujourd'hui — les annonces sont si puissantes — que la bière est véritablement une boisson hygiénique, apéritive et réconfortante : rien que cela.

L'on ne se doute pas que deux verres de bière ordinaires contiennent trois onces d'alcool, et qu'avec trois onces d'alcool pris tous les jours, en nature ou sous forme de bière, l’homme le plus robuste, le micux portant, s'alcoolise sûrement dans l'espace de vingt-quatre n nis.

Il était plus que temps d'attirer l'attention de nos compatriotes sur cette vérité.

Je vous félicite de l'avoir fait en termes si clairs, si précis.

Il faut que ce tract soit lu : ans tou familles canadiennes-françaises.

C’est ainsi que j'en parlerai, chaque fois j'en aurai l’occasion.

Cordialement à vous.

Dr Jos. GAUvRE Ai

Je viens mettre, ici, le public en garde contre l’usage ou plutôt l’ubus de la bière, dont le rnmmerce .:enace de devenir un dan; rublic.

€ Voilà encc de l’exagération », diront en chœur les brasseurs de bière et tous les profiteurs de ce commerce.

Et je sais bon nombre de personnes, aksolument de bonne foi et nullement intéressées dans ce commerce, qui penseront de même. Cependant, le mot est juste. Cette boisson jouit, en effet, auprès du public, et même dans les cl ses supposées les meilleur s de la sc té, d’une faveur non justifiée. On lui trouve des qualités, mais on ne lui reconnaît aucun inconvénient. On vit sans défiance à son égard. Aussi en use-t-on, et en abuse-t-on libéralement.

Eh ! bien, il faut le dire et le répéter, c'est là une*fausse mentalité. C’est pour mettre le public en garde contre les effets pernicieux de cette boisson que j'écris ces quelques lignes.

Re NE FAUSSE SÉCURITÉ

Grâce à une campagne de tempérance qui date à peine de dix ans, notre peuple est plus averti des dangers de l'usage des boissons fortes qu'il ne l'était autrefois. On s’en défie plus ; et, les statistiques officielles le démontrent, la consommation en est moins grande. Il y a en effet quelque chose de changé. Mais par contre la bière jouit encore d’une grande faveur. C’est le breuvage populaire par excellence dans notre pays. Aussi sa consommation va toujours en augmentant. Je le démontrerai tout à l'heure.

Et ce qui contribue à garder à cette boisson, malgré tout, une position de faveur, c’est la croyance en son innocuité On ne voit dans son usage aucune conséquence fâcheuse. Et ce qui est de nature à tenir notre population dans ce faux état d'esprit, ce sont particulièrement les annonces et les réclames qu'on lit dans les Journaux.

J'ai présentement sous les yeux des découpures prises dans différents quotidiens. Entr’autres annonces alléchan-

MS, De

tes, on y lit des choses comme celles-ci:

(« Lorsque vous buvez les bières*** pour apaiser votre soif, vous prenez une nourriture aussi bien qu’un breuvage.»

Tel autre journal annonce une lager en disant : (elle est plus pure que l’eau de source la plus limpide. Vous ferez une belle excursion si vous en emportez une caisse.)

Un troisième journal annonce une bière avec ces mots : ( Vous pouvez en boire à volonté sans que cela vous incommode.»

Comment résister à des annonces aussi séduisantes, et qui ne sont rien moins que de véritables tentations ?

Car elles flattent ce goût de boire, qui, avec la luxure et le jeu, forme la trilogie des passions humaines.

Si encore les brasseurs, qui spéculent, pour vivre, sur les vices et les passions de leurs semblables, disaient vrai dans leurs annonces, passe encore. Mais non... Annoncer par exemple qu’on peut boire telle bière*** à volonté, sans que cela nous incommode..., c’est tromper, c’est mentir effrontément. Car la bière pour laquelle on fait cette an-

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nonce porte 10.40 p. c. d’alcool de preuve, au témoignage de M. A.

McGill, analyste du gouvernement d'Ottawa. Alors, malheur à celui qui mettrait en pratique le conseil de boire à volonté de cette bière. D’abord, il en sera plus qu’incommodé : il s’enivrera.

Ensuite, si malgré cette expérience, il persiste à suivre ce conseil à la lettre, la bière fera de lui un ivrogne, de sa femme une martyre, et de ses enfants des dégénérés. C’est en résumé l’histoire de tous les buveurs, quelle que soit leur boisson favorite.

Si, maintenant, à ces annonces mensongères vous ajoutez certaines réclames malheureuses, dans lesquelles on recommande l’usage de la bière, et cela sans aucun mot d’avertissement ni de restriction, on admettra avec moi qu'il n’en faut pas plus pour enraciner dans l'esprit de notre population la croyance en | innocuité de nos bières.

Et cependant, c’est le contraire qui est vrai.

PO: qe

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