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LE FEU SUR TOUTE TROUPE ÉTRANGÈRE ENTRANT

EN Belgique. »

Bt le rapport ajoute : « Cette attitude du haut commandement reflétait fidèlement l'attitude poUtique prise par le gouvernement du Roi ; celui-ci avait, en effet, répondu à la note allemande, d'une

part, qu'il repousserait par tous les moyens en son pouvoir toute atteinte portée par l'Allemagne au droit de la Belgique ; d'autre part, que si, contrairement à toute attente, une violation de la neutralité belge venait à être commise par la France, la Belgique remplirait tous ses devoirs internationaux et que son armée opposerait à l'envahisseur la plus vigoureuse résistance. »

Ce ne fut que dans i,a nuit du 3 au 4 août, lorsque la certitude eût été acquise que les troupes allemandes entendaient traverser la Belgique de vive force, que le haut commandement fit exécuter les mesures qu'imposait la situation nouvelle.

« Ai,ORS seui^ement, expose le rapport, ordre est donné de détruire les grands ouvrages d'art sur les voies de communication susceptibles d'être utilisées par les troupes allemandes. I^es gouverneurs militaires des provinces sont avertis de ne pi.us

CONSIDÉRER LES MOUVEMENTS DE TROUPES FRAN- ÇAISES SUR LE TERRITOIRE BELGE COMME DES ACTES DE VIOLATION DE LA NEUTRALITÉ.

» Conformément au plan de défense, la 3^ division doit résister à l'ennemi, appuyée sur la position fortifiée de lyiége ; sous sa protection, les autres divisions doivent se transporter face à l'envahisseur, à l'exception toutefois de la division de Namur (la 4^), qui reçoit mission de garder cette place ; la i'^ division est dirigée de Gand à Tirlemont, la 2® d'Anvers

I^o II- l'ROrfS l)K I.A NHI'TKAI.ITK BF.I-GH

à lyOïivain ; la 5<* de Mons à Perwez ; la 6^ de Bruxelles à Wavre.

« Ces transports doivent être couverts : i® par la division de cavalerie, qui, concentrée à Gembloux, doit se porter sur Waremme ; 2° par une brigade mixte de la 3^ division, dirigée sur Tongres ; 30 par une brigade mixte de la 4^ division, envoyée à Huy.

» Les mouvements de concentration, commencés le 4 août, s'achèvent le lendemain ; ils s'exécutent avec rapidité et régularité, partie par route, partie par chemin de fer.

» Le Roi prend, en vertu de la Constitution, le haut commandement de l'armée.

» Le 6 août, au matin, l'armée est prête à faire mouvement avec tous ses convois. »

Kn présence de ces faits-là, je dis à l'Accusation : lorsqu'on s'occupe d'un petit pays entraîné tout à coup dans un conflit dont l'enjeu était pour lui la perte de son indépendance; lorsqu'on voit qu'en ce moment où il ne s'agissait plus de fixer des attitudes politiques dont les sanctions sont souvent incertaines, mais de prendre des déterminations qui engagent la vie de la nation, il est demeuré si totalement fidèle à ses obUgations et si absolument affranchi de toute tutelle étrangère, qu'il a organisé sa défense suprême au seul et unique point de vue de ses intérêts propres, — alors, quand on ne veut pas lui rendre l'hommage d'estime qu'on doit à

quiconque accomplit son devoir, on passe et l'on se tait.

On ne me demandera pas de revenir sur la question de la conduite des troupes allemandes en Belgique et sur la prétendue guerre populaire (Volkskrieg) qu'elles auraient eu à réprimer. Un Livre blanc, gros de plus de 300 pages {Die vôlkerrechtswidrige Fiihrungdes belgischen Volkskriegs) y a été consacré. M. Grasshofï était au nombre de ceux qui ont recueilli des dépositions qu'on y a rassemblées. C'est ce qui lui a permis de réserver à ces affaires les quatre cinquièmes de la brochure dont j'ai déjà parlé plus haut.

Je me bornerai ici à une seule remarque, le Livre blanc allemand devant être prochainement l'objet d'une réfutation détaillée de la part de la Belgique.

Dans le message officiel allemand adressé le 14 août au Président des Etats-Unis, il était dit :

« Le Gouvernement belge a publiquement encouragé la population à la guerre et il avait depuis longtemps préparé cette participation. »

Aujourd'hui, M. Grasshoff se charge lui-même, en publiant un certain nombre de documents émanant des autorités belges, de faire justice de cette incroyable accusation : arrêté royal appelant à l'activité la garde civique non active (p. 43), circulaires du Ministre de l'Intérieur (id.), du Gouverneur du

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Brabant (p. 48), du Commandant supérieur des gardes civiques des provinces d'Anvers et de Brabant (j). 45), dépositions de personnalités belges (p. 46-47), ou de bourgmestres (p. 51), toutes les pièces officielles, y com])ris les fac-similés de télégrammes administratifs, que M. Grasshoff a rassemblées, confirment sans aucune hésitation possible cette chose évidente pour toute personne de bonne foi : le Gouvernement belge a, dès les premières heures, pris toutes les mesures en son pouvoir pour

ORGANISER LA PASSIVITÉ DE LA POPULATION (voir La

Belgique neutre et loyale, p. 197-229).

aj ' lya population était hostile ! la presse était passion-

^, née! s'écrie M. Grasshofï. A qui la faute ? je vous

prie. Iv' Accusation fait bon marché des deux seuls faits qui comptent, à savoir, d'abord l'indignation ■ — c'est le mot — éprouvée par tous les Belges le lundi 3 août, quand ils apprirent que l'Allemagne, non contente de violer un engagement formel, les menaçait de leur enlever l'indépendance s'ils n'acceptaient pas d'agir contrairement à leur devoir et à leur intérêt vital; ensuite l'horreur — le mot n'est pas assez fort — que ces mêmes Belges ont ressentie à partir du 6 août, quand ils apprirent les premières représailles des troupes allemandes en Belgique.

Quant à toutes les dépositions d'Allemands, recueillies par des Allemands, dont le Livre blanc fait état pour démontrer que des coups de feu auraient

été tirés par des Belges sur les troupes allemandes, elles sont dépourvues de force probante : tout récem- •ment, une étude strictement scientifique, basée sur les seules sources allemandes, a montré comment les récits qui sont à la base de ces témoignages relèvent de la formation légendaire et se sont trouvés lentement élaborés, selon des thèmes directeurs, sur de menus incidents, défigurés et exagérés au cours de la transmission (voir van Lan- GENHOVE : Comment se forme un cycle de légendes : Francs-tireurs et Atrocités en Belgique; Payot, 1916). Puis, qu'on veuille bien attendre : audiatur et altéra pars ! lycs Belges soumis à l'occupant et qui pourraient répondre ne peuvent se faire entendre.

Mais on peut tout de même demander dès à présent aux lecteurs du Livre blanc ou de la brochure de M. Grasshofï si, quelque part, ils y ont trouvé une justification ou une excuse pour le procédé des représailles collectives .

« Aucune peine coi.i.ective, pécuniaire ou autre, ne pourra être édictée contre i.es populations a raison de faits individuels, dont elles ne pourraient être considérées comme solidairement responsables. »

Ainsi en avaient décidé toutes les nations, l'Allemagne comprise, à la 11^ Conférence de La Haye.

Pendant tout le mois d'août 1914, s'est déchaîné sur mon pays un système de guerre qui est exactement le contre-pied de cette prescription. C'était

der schneidig f^c/uhrtc Krieg, la guerre conduite crânement, que le général von Hartmann avait naguère o})])osée à la guerre menée avec quelques égards.

Pour tous ceux qui pensent que, même aux jours où sévit la guerre, l'humanité et l'équité gardent leurs exigences, ce système est exécrable. On n'en a pas encore tenté l'apologie. On ne la tentera pas. Il appartient aux choses qui se font, mais dont on ne parle que pour les condamner.

:;\ Et maintenant, je m'arrête.

3 Depuis dix-huit mois, la Belgique innocente souf-

:îj fre, en expiation de méfaits qu'elle n'a jamais com-

.jû mis et dont ses ennemis ne l'ont accusée qu'après

^ l'avoir frappée, pour se justifier devant le juge-

ment du monde : s'il se trouve encore en Allemagne des hommes qui aient le courage d'imaginer contre elle de nouveaux griefs, qu'ils parlent ! Ils ne lasseront pas la patience des Belges ni leur volonté de défendre leur patrimoine d'honneur et de loyauté.

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