‹ Le procès de la neutralité belge, réplique aux accusationsChapitre 7 sur 24 · DÉMARCHES — OUVERTURES — PROPOSITIONS · texte numérisé non relu

DÉMARCHES — OUVERTURES — PROPOSITIONS

c'est bien uniquement sous cet aspect, conforme à la stricte réalité, que les conversations militaires de 1906 apparaissent au diplomate belge, dont l'Accusation aime tant utiliser le témoignage.

Bien plus, il se trouve dans le rapport dont un

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fragment a été publié par la Norddeulsche une phrase qui révèle que le même dij^lomate considérait que les projets communiqués en 1906 par l'Attaché militaire anglais tenaient coni}>te d'une résistance éventuelle de l'armée belge à l'avance des troupes anglaises. Il écrit, en effet : « L'armée anglaise entrerait tout de suite chez nous par le nord-ouest, ce qui lui donnerait l'avantage d'entrer immédiatement en action, de rencontrer l'armée belge, si nous risquions UNE BATAILLE, dans Une région où nous ne pouvons nous appuyer sur aucune forteresse, de s'emparer de provinces riches en ressources de toute espèce, en tout cas d'entraver notre mobilisation, ou de ne la permettre qu'après avoir obtenu de nous des engagements formels donnant l'assurance que cette mobilisation se fera au profit de l'Angleterre. »

ly'indépendance de la Belgique à l'égard de ses garants apparaît ainsi de toutes parts avec évidence. Elle est si grande et si réelle qu'un an avant la guerre, le baron Beyens, ministre de Belgique à Berlin, ancien ministre de la Maison du roi Albert et particulièrement en situation d'être au courant des tendances de la politique extérieure de son pays, pouvait écrire dans un des rapports diplomatiques que l'Allemagne a publiés : « lye danger paraîtrait réel et pressant si le partage du Congo faisait, sous les auspices de l'Angleterre, l'objet de pourparlers secrets entre les trois grandes

puissances qui sont nos voisines en Europe et si nos dépouilles africaines devenaient entre elles l'instrument d'un rapprochement pacifique. Mais les choses n'en sont pas là. Nous n'en devons pas moins à mon avis tenir l'œil ouvert sur toutes les conséquences possibles d'une entente anglo-allemande ». (Belgische Aktenstucke, p. 124.) I^e même ministre, écrivant trois mois avant la guerre et signalant à son gouvernement qu'une opinion un peu moins hostile à l'Entente paraissait se former à Berlin, concluait que pour la Belgique la question la plus intéressante était de savoir si, en cas de conflit international, l'Angleterre serait encore aussi disposée qu'en 191 1 à se ranger aux côtés de la France et si, en somme, la Belgique aurait encore à redouter l'entrée de soldats anglais. {Id. p. 133.)

Même en recourant exclusivement à la documentation de l'Accusation et en ne quittant pas le terrain qu'elle a choisi, on fait ainsi surgir, en faveur de la politique de la Belgique, des justifications véritablement éclatantes — pour reprendre l'expression qui a été employée devant moi par une haute personnalité neutre.

Dans l'empressement que l'Accusation met à charger la politique belge, elle apporte même des faits qui, à l'examen, se retournent totalement contre elle. Voici, par exemple, le professeur Schulte qui fait grand état [Von dcr Neutralitàt Belgiens,

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p. 106 et suiv.) d'un discours^ prononcé le 11 décembre 1909, au Sénat de Belgique, par un ancien ministre, M, de Favereau, qui détenait précisément le portefeuille des Affaires étrangères au moment où se sont produites les conversations militaires de 1906. Iv'intervention de M. de Favereau au Parlement était motivée par la discussion de la réforme militaire qui introduisait le service général ; l'ancien ministre voulait rallier au projet ses amis de la droite : il n'hésite pas à leur tenir un langage sévère, ni à faire peser sur eux le poids des responsabilités qui les menacent.

I^a thèse qu'il entend combattre est celle de la prétendue quiétude créée par les traités de 1839 • c'est une fausse quiétude, explique l'orateur, qui saisit cette occasion pour définir à nouveau la politique, très réaliste, qu'impose la neutralité permanente aussi bien à la Belgique qu'à ses garants.

^ Au sujet du texte de ce discours, je ne vois réellement pas pourquoi le professeur Schulte dit que le compte rendu officiel des Annales parlementaires a été atténué, ni pourquoi il croit trouver des différences entre ce compte-rendu et une correspondance envoyée de Bruxelles à la Kreuzzeitung de Berlin. Le premier alinéa qu'il veut ajouter au compte rendu officiel (p. 122) se retrouve plus loin dans le texte du discours (p. 123 à la fin) ; le second alinéa (p. 123-124) se retrouve P.126-Ï27, enfin le troisième alinéa (p. 125) se retrouve à cette même page. Le correspondant de la Kreuzzeitung a simplement donné du relief à certaines idées, mais le texte qui a été communiqué au Sénat est bien celui qui a été imprimé aux Annales parlementaires. Je relève à peine l'affirmation tout à fait gratuite tendant à faire croire (p. 109) que si le correspondant d'un autre journal allemand a, quelques jours après que le discours avait été prononcé, donné des indications inexactes sur un passage essentiel, c'est parce qu'il y aurait été invité officieusement.

Gardons-nous, dit M. de Favereau, de penser que les Puissances ont obéi en 1830 et obéiront dans l'avenir à autre chose qu'à leurs intérêts. Elles n'interviendront en notre faveur que précisément dans les limites de ces intérêts. On nous cite toujours l'exemple de 1870 et l'on nous rappelle l'action protectrice de l'Angleterre, qui s'adressa alors en notre faveur aux deux belligérants. Eh bien, depuis 1870 la situation a profondément changé : la nouvelle politique que l'Angleterre paraît avoir adoptée ivUi

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