‹ Le procès de la neutralité belge, réplique aux accusationsChapitre 6 sur 24 · L., Que les conversation^ de 1906 n'aient pas dé · texte numérisé non relu

L., Que les conversation^ de 1906 n'aient pas dé

L, passé ce qui était strictement compatible avec les

: obligations de la neutralité, cela ne peut être con-

testé par aucun esprit droit. Mais il est possible

^ Il n'est pas inutile de souligner le fait qu'en 1875, c'était l'Allemagne qui insistait avec force auprès de la Belgique pour que celle-ci mît Namur et Liège en état de défense.

Le professeur Schulte sera sans doute bien surpris d'apprendre ceci, lui qui, dans les conjectures qu'il amoncelle pour incriminer la politique de la Belgique, représente les fortifications de la Meuse comme dirigées contre l'Allemagne (notamment, p. 86), Il importe fort peu, d'ailleurs, que plus tard Moltke ait exprimé au roi Léopold 11 vm avis différent : ce changement d'opinion montre, au contraire, combien la Belgique avait raison de consulter ses seuls intérêts pour décider les mesures propres à assurer la défense de son territoire.

De même, M. Schulte sera étonné d'apprendre que, vers 1890, il y eut en France, précisément à propos du projet des fortifications de la Meuse déposé en 1887, toute une levée de boucliers : on prétendait que le projet faisait partie d'un accord liant la Belgique à l'Allemagne. J'ai déjà fait allusion précédemment (p. 28) à cette campagne injuste.

d'affirmer, en outre, qu'elles sont restées sans influence aucune sur l'orientation de la politique extérieure de la Belgique.

On possède, en efFet, depuis peu de temps une précieuse source de renseignements, émanant du Département des Affaires étrangères de Berlin, ce qui lui confère une valeur peu banale pour la défense de la politique belge. C'est une série de rapports diplomatiques adressés à Bruxelles par dix ministres et chargés d'affaires belges, qui représentaient la Belgique à Berlin, I^ondres et Paris entre 1905 et 1914 : Belgische Aktenstûcke; j'y ai déjà fait allusion (p. 56). Je ne veux pas montrer ici que le choix des rapports laisse une impression bien différente de celle que donnerait la série complète, si elle était publiée ; je ne veux pas davantage savoir dans quelle mesure ces rapports expliquent la politique de telle ou telle puissance européenne. Je me place au seul point de vue de la Belgique et je remarque qu'à ce point de vue, et indépendamment de toutes les opinions personnelles qui peuvent s'y rencontrer, il faut considérer ces documents comme si l'on regardait l'image d'un objet dans un miroir : envisagés de cette façon, les rapports donnent en quelque sorte par réflexion des indications précises sur la politique extérieure de la Belgique.

Ouvrons donc le recueil que la Chancellerie allemande a cru devoir livrer au public et cher-

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chons-y ce que les ministres belges, accrédités dans les trois grandes capitales, écrivaient au sujet de l'orientation de la politique à laquelle ils collaboraient. Dans les cent-quarante pages des Aktcnstiicke nous ne trouverons pas un mot, pas une allusion à une inféodation de la politique belge à l'une quelconque des trois grandes puissances voisines, et, en particulier, à l'Angleterre. Les occasions d'en parler étaient cependant incessantes : dès la première page du recueil, il est question de la

tension des rapports entre la France et l'Angleterre il»' ' ;;:. d'une part et l'Allemagne d'autre part : on est au

c' lendemain de Tanger et à la veille d'Algésiras. Le

c terrain est brûlant. Observe-t-on de la part des diplo-

^' mates belges quelque hésitation à s'y aventurer,

quelque gêne à entretenir le gouvernement des conflits qui se déroulent ou se préparent ? Nullement. Ils étalent ouvertement leurs opinions. Dans cette collection qui a été rassemblée par l'adversaire, où il n'a, visiblement, fait entrer parmi les pièces découvertes que celles d'où sa cause pouvait tirer quelque force, il n'y a pas une pensée, exprimée ou sous-entendue, qui permette d'incriminer en quoi que ce soit la politique de la Belgique.

Ces rapports sont bien ceux que l'on devait s'attendre à trouver dans les archives d'un pays dont toutes les attitudes extérieures étaient, ainsi que je l'ai montré, commandées par le souci d'assurer la vie de la nation en échappant à tout assujettissement.

Quel que soit l'événement qui survient et où qu'il survienne, les représentants de la Belgique le jugent toujours au point de vue national, aussi bien il y a dix ans, en septembre 1905 (Aktenstucke, p. 9 : « A NOTRE POINT DE VUE, il est à souhaiter que le secrétaire d'Etat, à Berlin, ait raison »), qu'à la veille de la guerre, en juillet 1914 (id. p. 139 : « En ce QUI nous concerne, nous n'avons pas à prendre parti. »)

Ainsi, les dix diplomates belges ignorent tout d'une prétendue « connivence » entre la Belgique et l'Entente. Or, il faudrait ne rien connaître de l'organisation diplomatique pour s'imaginer que pendant dix années consécutives, dix représentants différents d'un pays auprès de trois gouvernements voisins auraient pu demeurer systématiquement dans l'ignorance d'actes décisifs, qui auraient engagé la politique nationale dans une voie déterminée précisément à l'égard de ces trois gouvernements. Cela est, en particulier, d'autant moins possible en ce qui concerne la Belgique pendant cette période, que l'un des ministres dont le nom apparaît le plus souvent dans la liste des rapports publiés, le comte Greindl, ministre à Berlin, jouissait, dans les milieux diplomatiques belges, d'une autorité que "son âge et son expérience lui avaient assurée. I^es rapports publiés confirment à cet égard singulièrement ce que je disais ailleurs de ce diplomate {La Belgique neutre et loyale, p. 181), à savoir qu' « on lui communiquait

yO LE PROCÈS DR LA NEUTRALITE BELGE

souvent les dociinients qui intéressaient la situation internationale du pays. »

Mais feuilletons plus attentivement le recueil et cherchons si nous n'y découvrirons pas des indications concernant spécialement les conversations militaires de 1906.

Il s'en trouve, en effet, — et, ne pouvant les passer sous silence, l'Accusation a imaginé de représenter les opinions émises par les diplomates belges comme des << avertissements » adressés à leur gouvernement, pour lui signaler les périls d'une prétendue politique nouvelle. I^a brochure de propagande La Neutralité belge dit, par exemple : « Le comte Greindl met avec insistance son gouvernement en garde contre le terrible danger auquel la Belgique s'est exposée par sa réunion aux puissances de l'Entente » (p. 7) ; la brochure dit encore : « Avec toute la lucidité permise à un diplomate envers son gouvernement, le comte Greindl a rappelé au sien qu'il violait ses devoirs de neutralité en se liant par des engagements subversifs » [id.) ; et plus loin : « lycs avertissements n'ont pas manqué au gouvernement, belge demeuré aveugle jusqu'au bout * (p. 8). Le professeur D^ Hônn, dans son article Aus belgischen Archiven (dans Das grôssere Deutschland, 21 août 1915, p. 1123), n'hésite pas à conclure que «l'entêtement du gouvernement belge à ne pas suivre les avis de ses diplomates rend sa culpabilité deux fois plus lourde ». Le recueil officiel lui-

même reprend ce thème : « Cela a été, lit-on à la fin de l'introduction, un malheur pour la Belgique qu'elle n'ait pas voulu entendre les voix de ses diplomates. »

lya thèse que le Gouvernement belge aurait été l'objet de remontrances de la part de ses représentants à l'étranger prétend se fonder, en particulier, sur un rapport envoyé en 191 1 par le comte Greindl au Département des Affaires étrangères à Bruxelles ; ce rapport, n'a d'ailleurs, pas été reproduit dans le recueil diplomatique des Belgische Aktenstiicke ; la N orddeutsche n'en a publié, le 13 octobre 1914, qu'un fragment ingénieusement choisi et reproduit dans le dernier Livre blanc (P- 59-) J'^i ^^Jà dit (La Belgique neutre et loyale, p. 180-181) que le rapport du comte Greindl n'a aucunement été fait à l'occasion des conversations de 1906 avec l'attaché militaire anglais : il fournit au Département l'avis que celui-ci avait demandé concernant une étude rédigée par un fonctionnaire supérieur et portant pour titre : « Que fera la Belgique en cas de guerre franco-allemande ? » Dans sa réponse, qui constitue un long mémoire, le comte Greindl envisage diverses éventualités de violation de la neutralité belge. Il s'arrête d'abord, en un langage d'ailleurs curieusement prophétique, au danger allemand ; puis il signale le danger franco anglais. Il émet des réserves sur le travail qui lui a été soumis, mais, à aucun endroit, il ne laisse devi-

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ner une intention de critique ou d'avertissement à l'égard de la politique du gouvernement. Et cependant il fait allusion aux conversations de 1906 : le moment était tout indiqué de faire entendre des paroles sévères ; tout au contraire, le Comte s'exprime dans des termes qui révèlent une complète confiance : « nous » savons à quoi nous en tenir ; « nous » avons montré que nous ne nous laisserions pas intimider, etc.

IfSi même attitude d'esprit s'observe aussi bien dans les autres rapports du comte Greindl que

:::•■: dans ceux de ses collègues de Londres et de Paris.

c L'Accusation ne pourrait pas apporter une seule

c' citation en faveur de sa thèse.

b' Dès lors, il est établi que les passages où les

^ ' diplomates belges parlent des conversations mili-

taires sont à retenir pour ce qu'ils disent, ni plus ni moins : ils n'ont aucune portée tendancieuse.

Or, tous ces passages, sans exception, s'accordent à montrer que les représentants de la Belgique SAVAIENT que les conversations n'avaient pas eu la moindre influence sur la politique du pays. La première mention des conversations de 1906 est du 5 avril de cette même année, dans un rapport du comte Greindl, — preuve précise que le gouvernement belge, loin de dissimuler ce qu'il venait d'apprendre, a, sans aucun délai, porté la nouvelle notamment à la connaissance du doyen de la diplomatie belge. Et comment celui-ci s'exprime-

t-il ce jour-là, alors qu'il vient d'être mis au courant et que ses impressions sont encore vives ? « Si, dit-il, quelque doute (sur la signification d'une visite du roi d'Angleterre à Paris) pouvait régner encore, la singulière démarche faite par le colonel Barnardiston auprès de M. le général Ducarne l'aurait dissipé» (Belgische Aktenstûcke, -p. 21). Rien de plus : aucune allusion, même lointaine ni à une convention, ni à une inféodation quelconque de la politique belge ; le diplomate sait qu'il n'y a rien eu de semblable.

Un an plus tard, en avril 1907, le comte Greindl a encore l'occasion de donner son jugement et, chose caractéristique, il se sert sensiblement des mêmes termes que la première fois : « Nous-mêmes, écrit-il alors, nous avons eu à enregistrer les singulières OUVERTURES faites par le colonel Barnardiston au général Ducarne. (Id., p. 34).

Et, dans une troisième circonstance, quatre ans plus tard, il s'exprime encore d'une façon analogue : « C'est la continuation des propositions singulières qui ont été faites il y a quelques années au général Ducarne par le colonel Barnardiston. » (Id., p. 102.)

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