UN RAPPORT EFFECTIF AD COMITÉ
Sur ce premier point, à savoir que Danton avait gardé un Silence complet sur les agissements de Dumouriez, Bûchez et Roux ont donc menti ! C'est lui qui, le premier , aussitôt qu'il fût informé par Lacroix, fit sa déclaration au Comité de défense et à l'Assemblée.
Avant d'élever contre le conventionnel une telle accusation, ils étaient rigoureusement tenus de prendre connaissance des documents (pouvaient-ils le signorer !), du Moniteur^ des lettres de Lacroix, des deux rapports de la mission de Belgique, des procès- verbaux de la Convention que nous venons d'extraire, de la correspondance des Représentants en mission, et de les reproduire dans leur recueil, ou d'en tenir compte, au moins.
(1) 30 mars, jour oh il recevait les lettres Je Lacroix et la note de Goguel. — H. — (2j Moniteur, n© 93, 3 avril 1793.
Même véracité et même justice pour le récit des négociations.
— « Disons-le donc, s'écrient-ils, la retraite des Prussiens fut un échec pour la France; et, dès ce jour Tesprit du lecteur le plus impartial doit être préoccupé d'une pensée de trahison de la part des meneurs français dans les négociations dont nous avons parlé. Il est autorisé à croire qu'ils auront été séduits. Nous ne tarderons pas à voir que telle fut la pensée des hommes probes de la Convention (Robespierre, Barère, Vadier ?...), lorsque leur participation aux affaires leur permit de jeter un coup d'œil sur la conduite secrète de leurs devanciers (1). »
Preuves : Les armées française et allemande restant en présence après Valmy, sans s'être autrement entamées, des ouvertures furent faites à Dumouriez par Brunswick pour la cessation des hostilités.
Le premier ne voulut rien entreprendre sans en référer au gouvernement, au Conseil exécutif, qui, soutenu et approuvé par la Convention nationale, posa comme base absolue des négociations V évacuation immédiate du territoire (ranimais par l'ennemi 'y ce qui fut obtenu après des démonstrations militaires et des pourparlers diplomatiques.
Dans cette entente duGouvernement; soit avec l'Assemblée, soit avec le général en chef, Danton, qui était tenu de s'y conformer^ suivit le rôle que lui assignait sa situation comme membre du Conseil, et sa conscience comme citoyen et patriote; il ne fît rien que par les voies officielles et de concert avec ces différents pouvoirs.
Ainsi, il ne correspondit avec Dumouriez que par l'intermédiaire des commissaires choisis par la Convention nationale, Prieur, Carra, Sillery, ou de ceux du Conseil exécutif et de la Commune de Paris, Fabre d'Eglantine et Billaud-Varennes. Ce n'est pas lui, mais son collègue Lebrun^ des affaires étran-
(1) Histoire parlementaire^ t. XIX^ p. 185.
gères, qui envoya Benoît au général, ni qui plaça près de lui Weslermann.
Ce dernier, dont les missions auprès du Conseil exécutif furent du reste tout officielles, de service strict, et militairement obligatoires, avait été nomme adjudant-général après le 10 août, par le ministre de la guerre, Servan, sur la demande du maire de Paris, Jérôme Pétion, avec qui il était en correspondance active (1); ce n'était donc, pas une créature de Danton, et ce n'est point à lui, mais à Gensonné, qu'il apportait les dépêches de Dumouriez (2).
Ainsi tombent à néant, par Texamen consciencieux des faits, toute cette mise en scène déloyale, cette phraséologie coupable des auteurs de V Histoire parlementaire^ ces imputations infâmes sur la conduite secrète et les intelligences criminelles de Danton avec Dumouriez.
Le parti que suivit le conventionnel dans les négociations pour obtenir la retraite drs Prussiens fut la conséquence du décret de la Convention, ainsi que de son opinion propre sur la situation du moment ; c'est là ce qu'il faut aussi rappeler.
Tout bien considéré^ il crut, avec le général en chef, avec l'armée, avec le Conseil exécutif el l'Assemblée tout entière, qu'il était plus sage et en même temps plus habile d'obtenir par une attitude de ferme défense et par la voie des négociations, la retraite de l'armée coalisée, que de risquer le sort de la France dans une bataille dont l'issue était pour le moins douteuse ; car il ne pouvait y avoir d'équivoque sur les conséquences effroyables d'une défaite !
Aussi Dumouriez écrivait-il peu de temps après à Biron, « qu'avec 15,000 hommes de plus il aurait pu répondre de terminer la guerre en trois semaines de temps, par une capitulation^ au lieu d'une négociation (3). » Et Danton, ayant
(1) Archives nationales et archives du ministère de la guerre.
(2) Bulletin du Tribunal révolutionnaire.
(3) Tableau politique de V Europe, par de Ségur.
à s'exprimer le 18 octobre suivant, devant la Convention, sur les événements militaires du mois de septembre, déclaraitil que (c si le Conseil avait dépensé 10 millions de plus, il ne serait pas sorti un seul ennemi de la terre qu'ils avaient envahie (sic). »
Gomme Dumouriez, comme le Conseil exécutif et la Convention, il savait donc que Ton manquait de monde, de matériel d'artillerie surtout, contre Tarmée prussienne; et tous pensèrent qu'il ne fallait ni attaquer témérairement ni pousser à bout un ennemi que Ton espérait, d*autre part, détacher de la coalition.
Il en résulta que le successeur de Frédéric le Grand, qui était venu poar mettre Paris à la raison, pour délivrer Louis XVÏ, pour le replacer sur son trône et le réintégrer dans tous ses droits (voir le manifeste de Brunswick), en même temps que pour s'indemniser lui-même par quelque bon morceau de notre territoire, dut s*estimer heureux de repasser honteusement la frontière, sans tambour ni trompette, sous la risée de l'Europe et pour défendre l'Empire déjà entamé par Custine.
Voilà l'échec infligé à la France par les meneurs des négociations avec la Prusse, par ces traîtres qui, du même coup, et en conséquence de l'évacuation de notre territoire, occupaient militairement Nice, une partie de la Savoie, Mayence et les Pays-Bas autrichiens!
Que les diplomates de V Histoire parlementaire et leurs partisans actuels, avec les proscripteurs de 94, si calmes en septembre 92, tiennent pour l'extermination de l'armée prussienne ! nous ne* les en empêcherons pas; mais, quant à la trahison des Dantonistes^ nous ne cesserons de leur demander des preuves ? De même au comité de Salut et au Tribunal, qui n'en purent administrer une seule, quoiqu'ils eussent en mains les procès-verbaux des délibérations et la correspondance du Conseil exécutif, ce qui les convainc d'imposture.
Cependant, tandis qu'il faisait partie du Conseil, Danton aurait permis l'envoi de Noël en Angleterre comme chargé d'affaires de la République?
Il signa, en effet, pour celui-ci, un brevet d'employé diplomatique, mais non pas d'ambassadeur.
Noël, littérateur connu, était présenté par Lebrun, ministre des affaires étrangères, et par Roland, ministre de l'intérieur, tous deux collègues de Danton au Conseil exécutif. Il appartenait au parti girondin, alors très influent, par ses dispositions personnelles et par sa collaboration au journal la Chronique, Il était, en outre, accepté sinon demandé par François Chauvelin, ministre plénipotentiaire de France à Londres. Enfin, aucune charge réelle ne pesa jamais sur lui, surtout à ce moment (1).
Donc, rien de plus naturel que Danton ait collectivement signé sa commission.
Toutefois, avant de se décider, il exigea de lui une profession de foi catégorique et lui adjoignit un de ses parents, républicain ardent, qui fut plus tard le général Mergez (2).
Nous citerons à ce propos deux lettres inédites qui avaient été écrites à Danton, par Noël, et qui furent séquestrées avec les papiers du conventionnel, lors de son arrestation. Elles ont été conservées aux Archives nationales (Cart. des trib. rév., cote A F, ii, 63) :