PREMIÈRE LETTRE
« Londres, le 14 septembre 1792, Tan 4 de la liberté, u Je vous écris, mon cher Danton, avec un peu d^humeur. Qu*est-
(1) A son retour de cette mission d'Angleterre, Noël fut envoyé comme chaigé d'affaires en Hollande, d'où il ne revint qu'en 1793| lors de la déclaration de guerre.
(2) Voir première partie.
ce qu*un Serre, américain^ presque chassé de Londres, y vient faire avec une mission secrète, — à ce qu'il dit, — qu'il divulgue dans tous les b.... de cette ville? Veut-on me réduire à une entière inaction? J'écris à M. Lebrun que ces missions croisées ne valent pas le diable. J'ai déjà excité assez d'inquiétudes en arrivant ici, grâce au Montreur qui, écrivant sous Tinfluence du prêtre, n'a pas manqué de me signaler. Les papiers anglais ont fait écho ; cela était dans Tordre, et je me suis vu sur-le-champ l'objet de la défiance et de Vobservation du Gouvernement. T. a passé ; il est ici ; il s'offre à servir ; mais il croit qu'il me faut des instructions positives. Je le crois aussi et j'en demande au Ministre et au Conseil. M'envoyez-vous Benoist? C'est, je crois, ce qui serait le mieux, en éloignant toutes vos légations qui n'auront d'autre effet que de me compromettre. Il me faut aussi un caractère que je ne déploierais qn'à propos. En un mot, mon cher maitre, je brûle de servir mon pays; j'ai mis mon âme et ma vie à nu devant vous! ainsi vous pouvez juger avec quelle sincérité. Qu'espérez-vous ? Qu'attendezvous î Votre courage et la décision de votre caractère, voilà sur quoi je compte, avec l'esprit public qui se développe d'une manière admirable. Je suis fermement persuadé que la liberté triomphera. Mais il nous en coûtera de violentes douleurs. Mais peutêtre eût-elle été moins stable, si elle n*eût pas été cimentée.
« Je n'ai encore reçu de Paris aucune lettre. Je ne tiens pas à celte incertitude. Je vous envoie votre jeune parent qui vous rendra compte de tout ce qu'il a vu avec moi, et qui, sur l'idée des dangers de son pays, brûle de voler à sa défense (1). Les patriotes qui sont ici sont très découragés. Je fais de mon mieux pour échauffer leurs espérances.
« Adieu, mon cher maître^ de grâce faites que je puisse être ntile. »