‹ Le procès des Dantonistes, d'après les documents, précédé d'une introduction historique. Recherches pour servir à l'histoire de la révolution françaiseChapitre 22 sur 43 · VIU · texte numérisé non relu

VIU

Dans le cas où, par le résultat de leur liquidation, les actionnaires ou intéressés se trouveraient perdre portion ou totalité de leurs capitaux, ils ne pourront exercer contre la Nation aucun recours, ni lui demander aucune indemnité.

Visé par l'inspecteur.

Signé : S.-E. Monnel,

Collationné à l'original, par nous président et secrétaire de la Convention nationale. A Paris, le sixième jour du deuxième mois de l'an second de la République française, une et indivisible.

Signé : M. B\yi,e, président; P.-F.-R. Piorry et Louis (du Bas- Rhin), secrétaires.

An nom de la République, le Conseil exécutif provisoire mande et ordonne à tous les corps administratifs et tribunaux que la présente loi ils fassent consigner dans leurs registres, lire, publier et afQcher, et exécuter dans leurs départements et ressorts respectifs; en foi de quoi nous y avons apposé notre signature et le sceau de la République.

A Paris, le sixième jour du deuxième mois de l'an second de la République française, une et indivisible. Signé : Paré, contresigné : GoHiER. Et scellée du sceau de la République.

Certifié conforme à l'original.

A Paris, de l'Imprimerie nationale executive du Louvre, an 11 de la République.

Déclaration faite au Comité de sûreté générale, le 25 brumaire, an II, par François Chabot, Représentant du peuple.

(Archives nationales, Tribunaux révolutionnaires, \V : 342,

dossier 648).

Je soussigné, Représentant du peuple, déclare, pour le salut de la liberté publique, ce qui suit :

Dans le mois d'août dernier, autant que je puis m*en souvenir, les citoyens Delaunai et Julien (de Toulouse) me proposèrent un repas à la campagne, avec des filles. Je fus étonné d'avoir dîné chez le citoyen baron de Batz, ex-constituant. 11 me fit beaucoup de caresses, et aurait désiré que je fusse souvent le voir : je n'y ai pas reparu. Quelques jours après, un homme que je n*ai pas revu depuis, me proposa 200,000 livres pour faire la motion de mettre le scellé chez tous les banquiers. La proposition fut rejetée par moi avec Tindignation qu'elle méritait; mais la motion fut faite cinq ou six jours après par un membre que je ne connais pas, sur la pétition de Dufourny. Les négociants, mcurchands et autres porteurs de lettre de change sur les banquiers, vinrent se plaindre à la Commission des finances et au comité de Sûreté générale. En leur nom, je fis décréter que les scellés seraient levés et les banquiers arrêtés chez eux, avec un gendarme, pour suivre leurs opérations. Le lendemain, Hébert me dénonça à la France entière comme un homme corrompu, et les femmes soi-disant révolutionnaires firent chorus avec les agents de la faction de Batz et compagnie. Dufourny, l'Huillier et autres me dénoncèrent aux Jacobins; Dufourny dit même qu'on avait acheté ce rapport. Je rinterpellai de dire ce que j'avais reçu pour ce rapport, et qui m'avait payé, il fut forcé de dire : ce n'est pas de Chabot que je parle; si je l'avais su vendu, je le lui aurais reproché; il n'est qu'égaré : mais il y en a d'autres. Interpellé de les citer, il ne répondit rien. Eh bien! lui dis-je, j'ai annoncé à la Convention et à la France entière que l'on m'a offert de l'argent pour faire la motion de Dufourny, et voilà pourquoi je la combats. Quelques jours après, Delaunai me dit que je m'étais pressé de faire mon

rapport, en rapport que nous aurions gagné quelque demi-million^ si ce rapport avait été retardé de quelques jours ; que tout n'était cependant pas perdu, que le haron de Batz travaillait un mémoire pour l'Huillier, pour le faire changer, et qu'alors que le rapport serait maintenu nous aurions des assignats. Je compris qu'il se formait une faction de corrupteurs et corrompus. Je crus que Tintérôt de la République exigeait que je parusse en être, même en exposant ma réputation. Je fis quelques observations à Delaunai, sur la fausseté et Todieux de cette conduite. Il me répondit que nous n'aurions que les intérêts de la hausse et de la baisse du dépôt, et que cette hausse et baisse auraient lieu sur les capitaux déposés ; que ce commerce, d'ailleurs licite, serait fait par un de ses amis, nommé Benoit, son compatriote. La spéculation manqua par le rejet du projet dont ils espéraient leur fortune. Delaunai me dit alors que tout n'était pas perdu ; que Ton spéculerait sur la Compagnie des Indes. Le petit baron de Batz, me dit-il, travaille deux projets de décrets : nous ferons peur d'abord à la Compagnie, et les actions baisseront; la Compagnie déposera un certain nombre de ses actions, et nous ferons décréter un projet qui, relevant ces actions, nous laissera un grand proût : nous ne paraîtrons en rien, c'est mon ami Benoit qui se charge de toute l'opération. Mais enfin, lui dis-je, vous avez Tair de voleurs de grand chemin. Non, me répondit-il, c'est le petit baron de Batz et Benoit qui feront tout; nous n'aurons que le profit de leurs spéculations sur un décret qui doit donner des millions à la République; nous partagerons avec Julien (de Toulouse), Thuriot, Bazire et toi : Cambon et Ramel travaillent avec d'autres personnes. Tout ce que je te demande, lui dis-je, c'est de ne pas oublier les intérêts de ta patrie, en cherchant les tiens. Danlon, et Lacroix, et Fabre d'Eglantine, m'ajouta-t-il, spéculent d'une autre manière. Je soupçonnai dès ce moment, plus fort que jamais, que le système était de corrompre les plus chauds patriotes, et de les calomnier, quand on ne pouvait les corrompre. Dès ce moment, je lui inspirai la plus grande confiance. J'étais encore membre du comité de Sûreté générale, quoique y travaillant peu depuis le 31 mai, parce que je ne croyais plus qu'il s'élevât de nouvelles factions ennemies de la liberté. Quelques actes de faiblesse, de la part de certains membres, autorisèrent la faction des diffamateurs, partie essentielle et complémentaire de celle des corrupteurs, à demander le renouvellement de ce Comité : il fut fait par l'Assemblée. Je prévis que ce renouvellement ne plairait pas et je ne voulus pas accepter ; Bazire

s*en retira comme moi. Danton proposa un mode de renouvellement ; cependant David convint qu*on me passait à moi-même d*en être; qu'on n'avait à me reprocher d'autres torts que de recevoir de belles solliciteuses. Panis donna sa démission, pour ne pas travailler avec des hommes qui n'avaient pas sa conGance ; je lui en Gs des reproches : mais enfin le Comité fut renouvelé au gré des Jacobins révolutionnaires. Je crois qu'ils m'y auraient vu sans beaucoup de peine; que j'y aurais fait un grand bien, et que j'aurais bientôt déjoué ce nouveau complot. Delaunai et Benoit me dirent que ce Comité allait poursuivre tous les membres de l'ancien; qu'il les faisait surveiller; que c'était de David, leur ami, qu'ils tenaient ce dessein. Je crus, dès ce moment, que je devais me séparer des conspirateurs, pour ne pas périr victime de mon dévouement à la chose publique, comme un de ses ennemis. L'on mit les scellés chez Julien, el Delaunai m'annonça que le même sort m'attendait, ainsi que Bazire. J'en fus instruit à huit heures du soir, et cependant les scellés ne furent apposés qu'à onze. Comme je ne garde jamais aucun papier, et que j'avais dit que cette mesure serait utile pour moi, je passai la nuit à attendre les commissaires. Julien vint, à une heure après minuit, m'annoncer son aventure, en m'assurant qu'il n'y avait rien contre lui. Il voulait se cacher chez moi. Je l'engageai à rentrer dans sa maison, s'il était innocent, et à sortir de chez moi s'il était coupable. Il m'observa qu'on pourrait l'arrêter. Tant mieux, répliquai-je; la Convention te vengera, si tu es innocent. Il se rendit chez lui, où il trouva des gardes qui ne le perdirent pas de vue. 11 vint s'en plaindre, à dix heures, avec Delaunai. Je lui dis qu'il devait attaquer juridiquement ceux qui avaient donné l'ordre de le garder à vue, et qu'un homme innocent ne devait jamais plier devant ses ennemis, ni les épargner. Je compris qu'il n'était pas pur, par la résistance qu'il ût de mes propositions de pousser cette affaire. J'ai appris, depuis, qu'on lui avait trouvé des billets d'assurance qui laissaient du louche sur sa moralité. Ce fut alors que je dis à Bazire : Delaunai et Julien courent à l'opprobre ou au supplice ; je crains que leur probité n'ait reçu quelque échec, et je t'avoue que le tripotage de Delaunay avec de Batz et un certain Benoit m'affecte, mais nous ne pouvons plus les suivre : c'est au comité de Sûreté générale actuel à déjouer ce complot. Cependant l'affaire de Julien n'eut pas de suite. Alors ils reprirent la Compagnie des Indes, et me sollicitèrent d'entrer dans leurs vues. Je savais que David vivait étroitement avec Delaunai (d'Angers) et avec sa maîtresse, que je connais pour

une intrigante, ainsi que la femme d'Hébert. J*ayais vu deux branches dans ]a faction. Je rae persuadai que David et la femme d'Hébert étaient de la branche diffamatrice, et la demoiselle Descoing, Delaunai et Benoit, de la branche corruptrice. J'avais été tenté, il y a deux ans par la demoiselle Descoing, à qui je donnai congé au premier instant que je m'en aperçus. Les scellés étaient levés chez tous les banquiers, excepté chez Boid. Je l'appris par un citoyen qui avait une lettre de change acceptée sur cette maison. J'en parlai à Robespierre, qui me dit que Boid, que je ne connaissais pas, était un conspirateur. Comme les porteurs des lettres acceptées ne l'étaient pas tous, je fus trouver l'HuilIier, pour m'en plaindre. L'ordre fut donné de les lever, quand le baron de Batz eut parlé à l'HuilIier. J'en conclus que de Batz avait spéculé sur les scellés de Boid, et j'en fus convaincu quand j'appris de Delaunai qu'il voyait souvent la maîtresse de Boid, que je ne connais pas, et avec laquelle Delaunai croyait que j'avais mangé une fois. A cette époque, on circonvenait ma gouvernante et toutes les personnes avec qui j'avais quelque relation; on offrit même une rente de i,2001iv. à ma gouvernante. Je la priai de prendre son parti. Elle m'avait donné du mal et je craignis qu'enfin elle ne se laissât séduire par l'appât de la fortune. Elle se déclara grosse. Mes beauxfrères lui firent offrir un établissement, parce qu'ils pensaient à me donner leur sœur, sans que je m'en fusse jamais douté, ne l'ayant pas vue encore. Je la demandai pour un de mes amis et parent, qui en était devenu amoureux fou; on me répondit que si je ne l'épousais, personne ne l'aurait en France, fût-ce le plus riche et le premier ci-devant prince du sang, quand il serait patriote. Je consultai mes amis et Bazire en particulier : il me dit que mon mariage ferait taire bien des calomnies. Mes beaux-frères avaient été blessés à la journée du 10; ils étaient Jacobins et ne vivaient qu'avec les députés Jacobins, avec Bentabole, Simond (de Strasbourg), Richard, moi et quelques autres. Il était assez public qu'ils avaient apporté en France plusieurs cent mille livres. Je leur avais vu des effets de grosse valeur, et notamment un effet de 6,400 liv. sterling sur le Trésor public d'Amérique, qu'ils voulaient négocier pour acheter du bien des émigrés pour près de deux millions. Je ne crus pas devoir refuser, pourvu que la sœur me plût, et qu'elle ne fût point dégoûtée de moi. J'en devins amoureux, et elle le fut de moi. Je lui lis, ainsi qu'à mes beaux-frères, toutes les observations sur ma fortune et celle de mes parents; ils me répondirent que, si j'avais plus que ma pension ecclésiastique,

ils ne m'associeraient pas à leur fortune et à lenr famille, parce que cela prouverait que je suis un fripon et un contre- révolutionnaire. Je ne voulus pas recevoir la dot de ma femme; elle resta entre leurs mains, et le mariage fut conclu. Je portai mon contrat aux Jacobins, Delaunai me dit alors : Je suis enchanté de ce mariage avantageux, parce qne nous pourrons faire passer sur la tête de ta femme ou de tes frères, le fruit de nos spéculations financières. Je n*en ferai rien, lui répliquai-je. Cependant Dufourny fit des observations malignes sur ce mariage ; il avait été applaudi pendant quinze jours; la veille de la célébration fut le premier jour des calomnies. J*en ai ri, et j'ai prié les Jacobins et la Convention de faire des recherches sur ma fortune et celle de ma femme. L'intrigue se renoue; on cherche à me circonvenir. Je lutte quelque temps, pour savoir si je dois exposer ma réputation ^ salut de ma patrie. Panis me blâma de mon mariage, en me disant que mes beaux-frères étaient étrangers. Faites-les guillotiner, lui dis-je, s'ils sont coupables; enfermer, s'ils sont suspects ; mais levez les scellés pour que j'aie les papiers nécessaires à mon mariage. Quand le contrat est passé et les bans publiés, je ne puis pas reculer, sans me faire calomnier davantage, et sans jeter du louche sur des patriotes aussi purs et aussi ardents que moi. La levée des scellés, lui di&-je au Comité, pourra même m'ouvrir les yeux, s'ils sont suspects. Loin de là, elle me confirma qu'ils étaient plus patriotes que moi, et que leurs ouvrages en allemand, supérieurs en force à leurs ouvrages français, les avaient fait condamner à être pendus eu effigie à Vienne, et leurs biens immeubles confisqués. Je brarai la calomnie; mais je résolus dès lors d'exposer ma tête pour sauver mon pays, en paraissant entrer dans le complot de corruption de Delaunai. Comme les conspirateurs m'avaient dit que Panis et David étaient des leurs, et que je voyais David vivre avec la maîtresse de Delaunai ; comme on m'avait dit que c'étaient eux qui dirigeaient le Comité, je ne vins pas en faire ma déclaration : mon dessein fut de ne rien recevoir qu'en avertissant le Comité révolutionnaire de ma section de venir saisir les corrupteurs et leurs assignats; je crus que cette précaution suffirait pour ma justification. Delaunai fait donc son rapport sur la Compagnie des Indes, après l'avoir effrayée par une motion d'ordre très menaçante, Fabre d'Eglantine lui crache sur l'amorce par un amendement qui fut renvoyé, avec le reste du projet, à la rédaction du Comité rénni à Fabre. Delaunai et Benoit viennent alors me trouver, et me disent qu'il faut que je parle à Fabre ; que s'il a spéculé en sens contraire,

)} sera défrayé ; et il est convenu que Ton me remettra i 00,000 liv. en assignats pour lui. Ils me chargent de lui présenter le projet de décret signé par la Commission : ils auraient voulu que je signasse le premier ; j'ai toujours signé le dernier ou Tavant-dernier. Je dis à Fabre d'y faire toutes les corrections qu'il voudrait, et il s'est conduit comme un homme infiniment probe dans cette affaire. Je me suis convaincu, par sa manière, qu'il ne spéculait ni pour ni contre, et qu'il voulait faire justice aux pauvres porteurs d'effets de la Compagnie, mais faire regorger les agioteurs qui avaient frustré la Nation. Je lui al porté la dernière rédaction et il l'a signée le premier; dès lors, je n'ai plus eu de craintes; mais le décret n'est pas expédié, et je n'en signerai jamais l'expédition qu'après avoir épuisé la matière, et fini par la confiscation entière des effets des fripons dorVoutes les compagnies. Ils me portent les 400,000 liv. pour Fabre. Benoit me porta d'abord 30 ou 3i mille liv., le lendemain Delaunai en porta une portion complétant 60,000 liv. et Benoît porta le reste, c'est-à-dire 40,000 liv., le surlendemain. Us auraient voulu que je remisse successivement chaque dépôt; je n'en voulus rien faire : ils me demandent ensuite si j'ai remis le tout; je réponds que je n'ai pas trouvé Fabre, et que je l'ai envoyé à sa portière, bien cacheté. Il faut qu'il l'ait reçu, me dit Delaunai, car j'ai observé qu'il te caresse depuis. Cependant je mis la somme entière sous enveloppe, avec une note explicative dessus, datée et signée du jour de la dernière remise; je l'adressai par une autre enveloppe au Comité, en cas de mort, comme un paquet essentiel à lui remettre. Je crus que cette précaution couvrait assez ma mémoire : j'aurais pu la placer dans le commerce, la passer sur ma femme, sur mes frères, et Ici seule conservation du dépôt, intacte, prouvait que je ne lavais pas employé à corrompre Fabre, ni à mon profit. Benoit vint, quelques jours après portant une somme de transfert d'effets de la Compagnie des Indes, avec le nom en blanc. Il voulait me remettre ma portion; je refusai : je voulais des témoins, et avertir le Comité de la section pour qu'on saisit le tout. Je leur dis donc qu'il fallait en faire part à Bazire, à force de prières, et en promettant de lui faire accepter une portion; que j'en faisais mon affaire. Quoiqu'il eût été sourd à leurs sollicitations, ils l'acceptèrent, mais ils me dirent que Julien les désolait pour avoir sa portion. Je leur dis qu'il n'avait pas, comme nous, exposé sa popularité, puisqu'il l'avait perdue ; qu'il ne fallait lui donner que le cinquième d'une portion, et partager les quatre autres cinquièmes à de bons enfants qui en avaient plus

besoin que loi; convenu : mais on voulait faire des portions particulières.

Ils m'ont offert de passer ces actions sur la tète de ma femme, ou de mes frères, ou de quelque ami : j'ai refusé, sous prétexte que la fortune des étrangers n'était point assurée. Us ont voulu me les remettre, pour les passer sous tel nom que je voudrais ; j'ai refusé, parce que je craignais qu'on ne vînt faire la visite chez moi, et que l'on ne me demandât à qui sont ces actions et à connaître ce nom supposé. Us m'ont dit alors : le baron va s'en charger comme de la portion de Delaunai, et il vous cédera son bien de Charonne et de l'Allier; j'ai répondu qu'alors ce serait montrer vraiment la corde et donner lieu aux calomnies répandues sans fondement. Us m'ont engagé à le placer sur la tête de ma femme, dont la fortune est connue. Mais, leur ai-je répondu, j'ai rendu à mes beaux-frères les 175,000 livres, et ils m'ont rendu leur obligation, depuis que j'ai vu qu'ils continuaient à faire la dépense du ménage, parce qne je ne veux pas tirer deux montures d'un même sac. — On trouvera 175,000 liv. en obligations et cinquante à soixante mille écus en biens fonds. — Ce serait montrer la corde, d'autant que le bien des étrangers même n'est pas très sûr. Ni celui des Français, ont-ils répliqué : voilà pourquoi Delaunai aura un prête-nom, comme le baron de Oatz en a un pour Charonne ; la contre-révolution parait assurée ; la loi du maximum^ que l'on a fait forcée va vous laisser dans toute espèce de dénûment. Je me suis aperçu, leur ai-je répliqué, que quelque contre-révolutionnaire y avait trempé. — Vous manquerez de subsistances; la Convention sera dissoute ; l'on va envoyer les soixante-treize à la guillotine; après cela, les appelants ; après cela, Danton, Lacroix, etc., etc. Vous aurez votre tour, si vous ne sortez de la République ; Robespierre sera peut-être le dernier dont on prouvera la corruption; mais il est entouré d'un homme qui a sa confiance, et dont la corruption sera aisée à prouver. Il y en a beaucoup qui sont entrés dans des marchés de bled, Billaud de Varennes luimême ; enfin le défaut d'énergie et de pureté fera dissoudre la Convention : nous allons, si vous voulez, vous négocier ces actions, et vous les placer sur telle banque étrangère que vous voudrez. Non, non, ai-je répliqué ; je veux périr ici avec la libei*té. — Mais enûn, Robespierre est prévenu contre vous et veut vous faire envoyer au Tribunal révolutionnaire. — Que me reproclie-t-il ? — D'avoir protégé Boid? Je ne le connais pas : j'ai protégé un pauvre négociant qui faisait faillite, si Boid ne le payait. — Vous avez

sollicité Lhnillier pour lui. — Non, mais poar faire payer les lettres acceptées qui appartenaient aux Français patriotes. — Mais enfin, Robespierre, Billaud de Vareones, David, Panis, le Père Duchêne, Dufourny, les femmes révolutionnaires vous en veulent. — Qu'importe ! je suis ferme et pur jusqu'ici, et je laisse entre vos mains les 500,000 liv. que vous voulez nous distribuer, jusqu'à ce que nous les partagions en présence les uns des autres, afin que nous ne nous accusions pas plutôt l'un que l'autre de friponnerie^ et il faut que ce partage se fasse chez moi, à heure indiquée ; après quoi, je ne crains rien. Je brûlerai, s'il le faut, ma portion ; j'irai au Tribunal révolutionnaire ; je m'y défendrai et je me défendrai à la Convention avant qu'on porte un décret d'accusation contre moi. — Mais vous n'avez rien à vous reprocher, comme membre du comité de Sûreté générale? — Je n'ai pas signé un arrêté pour mettre personne en liberté : et que l'on examine tous ceux qui sont signés de moi, je les défie de les critiquer ; j'ai été sévère quelquefois, toujours juste, et jamais indulgent, encore moins faible. — Mais le Père Duchesne détruit votre popularité, et Brissot aussi, l'année dernière. — Si Hébert n'avait pas de meilleurs motifs, il périra et je resterai. — Oui, mais on décrète sans entendre. — Sans doute ceux que le peuple accuse, mais non ceux qui sont accusés par un journaliste. — Mais vous aurez des dénonciations contre vous, de la part de vos ennemis, et il n'est presque pas de membres de la Convention contre lequel il n'y en ait : l'armée révolutionnaire, les bureaux de la guerre, la majorité des Jacobins dissoudront la Convention. J'ai entendu, me disait Benoit, désigner les tôtes qui devaient périr sur l'échafaud ; la vôtre est du nombre. — N'importe, je ne veux pas partir ; j'ai affronté l'échafaud pour Carra, je l'affronterai pour ma patrie avec plus de courage. — Mais le peuple n'aura pas de pain, et l'Angleterre lui en offrira; on ramasse ici l'or et un ambitieux le distribuera au peuple, qui se jettera entre les bras de ceux qui lui donneront du pain et de l'or. — Cela n'est pas vrai ; et, quand cela serait arrivé à Paris, les départements ne seraient pas, pour cela, en contrerévolution. — Mais enfin, quand on verra qu'on guillotine tous les députés, (|ui voudra l'ôtre ? Moi et ceux qui me ressemblent ; avec le désir de faire le bonheur du peuple, de l'énergie et le courage de l'échafaud, on fait trembler tous les contre-révolutionnaires. Le lendemain de cette conversation, Osselin est décrété, sans être entendu, sur un rapport qui aurait pu laisser Osselin dans ma position de complicité factice, aux yeux de ceux qui auraient cru à sa

probité. J'avoue que je ne le décrétai, en ma conscience, que pour le fait de la loi du maximum et celle des émigrés, dont il s'était ambitieusement emparé. Je fais rendre le décret du 20. Le soir, les Jacobins déclament contre Thuriot, Bazire et moi. L'on vient me dire, dans mon lit qu'il a été arrêté de se porter en masse pour demander, contre nous trois, le décret d'accusation : je donne les 6,000 livres qui me sont reconnues, dis-je à celui qui m'annonçait cette nouvelle, pour qu'Hébert, Dufourny et autres précipitent ainsi leurs manœuvres ; sans doute, on ne rendra pas le décret sur la motion de ces messieurs. Eh bien I je dévoilerai le complot dont je tiens le iil : non, je ne crois pas l'affaire assez mûre pour leurs desseins ; mais je désire qu'ils y oiordent, et ils en auront les dents agacées. Je sus que les Jacobins avaient été moins rigoureux, quoiqu'ils l'eussent été un peu trop. Je parlai après les pétitionnaires et mes deux collègues, et je dis que je ne rétractais pas une ligne de ce que j'avais dit, parce que je ne transigeais pas avec les piincipes; mais que j'accusais l'un de mes accusateurs du crime qu'il me reprochait, d'arrêter la marche révolutionnaire; que, comme lui, je n'avais, pas demandé le pouvoir exécutif constitutionnel, parce que mon ambition aurait été frustrée comme la sienne, et que je me réservais de les accuser d'autres choses ; que je les exhortais à éplucher ma conduite et à ne pas m'épargner, parce que je ne les épargnerais pas moi-même. Je fus aux Jacobins pour demander des commissaires pour dévoiler ce complot, n'ayant pas confiance au comité de Sûreté générale; je ne pus pas avoir la parole, et je crois que ce fut un bonheur : mais la rage d'Hébert et de la faction, qui refusa des commissaires à Thuriot, me confirma dans l'idée que j'avais eue de la conjuration. Ma sœur avait été présente à cette scène, dans la tribune des femmes, et après, elle y entendit, sans être connue, le complot de nous envoyer à l'échafaud sous huit jours. Elle me dit en sortant : Je connais ta vertu, mais je crois que ton courage t'égare. Tu es pensif : es-tu coupable ? parle ; je te poignarde : ce soir on va t'arrôter peut-être ; et, quoique je te visse monter à l'échafaud sans verser une larme, lorsque tu y périras pour le principe de la liberté, je ne veux pas que tu y ailles comme un conspirateur ; laisse-nous au moins, pour héritage, la mémoire d'un homme juste et vertueux. Je fus saisi : les notes du paquet ne me suffisaient pas. — L'on dira que c'est fait après coup : mais faut-il brûler ce commencement de preuve du complot de corruption et de diffamation? Pour sauver mon pays, ne doisje pas périr, même avec opprobre ? Quand j'irais au Tribunal révo-

iQtionnaire, et que les juges me crussent coupable, au moins Ton y verra le système de cette corruption, et la mort de Bazire et de moi servira encore la liberté. — De Bazire ! mais il a refusé d'entrer dans la conspiration ; il a fait dire aux banquiers de n'acheter aucun décret, et de se laisser pfutôt dépouiller par la nation, que de

donner une obole à des fripons Cette idée me saisit. S'il y est,

c'est parce que j'ai voulu l'avoir pour témoin, afin qu'il me reprochât ma lâcheté avec fureur, et qu'à ce signe, le commissaire de la section entrât pour nous saisir. Ai-je droit de le dévoner ainsi à l'opprobre de l'échafaud, parce que j'ai pris, l'année dernière, celui de le dévouer à la mort? Non, il faut brûler le paquet quand ma femme sera endormie. Elle pleurait. L'idée me vient alors d'aller aux commodités. J'attache le paquet avec une ficelle. Si l'on vient me saisir, on me permettra de passer à la garde-robe ; je lâcherai le cordon. La nuit se passa à consoler ma femme et à méditer les moyens de sauver ma patrie de ce complot. Je me résolus à aller trouver Robespierre, et à lui faire part de ce que je méditais. Robespierre répondit à la confiance qu'il m'avait toujours inspirée, et me dit de venir faire part de ce plan aux membres du Comité qui auraient ma confiance ; que, s'ils n'avaient pas le courage de me donner un sauf-conduit poursuivre la trame et remonter au-delà de Batz, il m'en ferait donner un par le comité de Salut public. J'obéis à cet ordre. Robespierre me dit : Sau riez-vous si Proly est du complot ? Non ; mais je sais que Benoît a voulu me sonder sur ma façon de penser sur Proly et celle de mes beauxfrères sur le comple du même homme, et que, sur mes réponses évasives, il m'en a fait plusieurs fois l'éloge ; qu'il m'a même demandé de le voir, ce que j'ai refusé. Il m'a demandé à voir le ci-devant baron de Batz : j'ai refusé, sous prétexte qu'il était poursuivi comme complice du dessein d'enlever la ci-devant reine ; sur quoi je dois dire que la ci-devant duchesse de Rochechouart m'a dit qu'Hébert, son ami, avait demandé à la Commune la translation d'Antoinette, de la Conciergerie au Temple, par un intérêt qu'il lui portait.

Pour m'engager à voir de Batz, Benoit me dit : Je sais que Robespien'e déteste Cambon et veut le perdre, parce qu'à lui seul il gouverne nos finances et qu'il y fait la contre-révolution ; qu'il a acheté du papier étranger, lorsque le décret contraire a été rendu, et qu'il ira à la guillotine pour ce seul fait : il faut que vous vous en empariez avec Fabre qui, maintenant, sera des nôtres, puisqu'il a reçu 100,000 livres; le baron fera vos rapports, comme il a

fait ceux de Delaunai. J'aime votre caractère ; j'ai vu avec plaisir la manière ferme avec laquelle vous aviez parlé. Delaunai est une putain au premier venu ; on ne peut plus en rien faire : nous le laisserions perdre, si je n'étais pas son ami et son compatriote ; mais je vais lui faire donner sa démission et lui faire peur. Vous gouvernerez les finances avec Fabre et nous ferons une fortune immense. Je vous porterai demain un mémoire sur les finances, qui vous fera honneur devant le peuple. — Je ne sais pas lire l'écriture des autres. — On vous la dictera. — Je ne sais plus écrire, excepta quelques lettres à ma mère. — Mais le baron de Batz a un mémoire sur la dilapidation des finances pendant l'Assemblée constituante : Vous y verrez 8 millions dépensés sur la simple signature de Necker, pour opposer le club de 89 à celui des Jacobins. Alors je me résolus à le voir ; mais je le prévins que je ne lui répondais pas de le voir arrêter chez moi. Il vint en effet; mais, comme Choudieu et autres patriotes dînaient chez moi, sitôt qu'ils descendirent, de Batz et Benoit partirent par l'escalier dérobé de mon cabinet.

Benoit et Delaunai ont voulu sauver Vergniaud, Ducos et Viguier ; ce dernier comme compatriote et bon enfant. Ils m'ont dit qu'ils sacrifieraient 500,000 livres pour les sauver; je leur ai toujours dit que Vergniaud était insauvable et même les autres. Mon beau-frère Tainé leur a dit : si Chabot était juge et qu'il sauvât aucun de ceux qui ont voulu sauver le tyran, je le chasserais de chez moi comme un conspirateur ou comme un homme faible ; il ne me serait plus rien. Il n'en est pas des conspirations comme des antres crimes : ceux qui servent le parti par bêtise, comme ceux qui le servent par corruption, sont également criminels devant la patrie, lorsqu'ils acceptent les premières places. Ils n'ont plus parié de rien devant mon beau-frère, et m'ont toujours demandé dans mon cabinet ; mais cette phrase leur a fait regarder mon beau-frère comme un fou, ou un buveur de sang humain.

J'ai vu, dans les différentes conversations que j'ai eues avec Benoit, que leur système était de corrompre et de diffamer, soit qu'on résiste, soit qu'on se laisse corrompre : et cela seul aurait soutenu ma vertu, quand l'amour de la patrie aurait pu s'altérer un instant dans mon cœur ; ce qui n'arrivera jamais. Il m'a dit : Danton a été des nôtres et nous a abandonnés, et nous le conduirons à la guillotine : il en est de même de Panis, de Robert, de Lacroix et de vous, si vous noas quittez. Alors j'ai dû craindre qu'en les dévoilant, ils ne m'accusassent d'avoir reçu autre chose ; mais j'ai espéré que, ne me trouvant des fonds nulle part, leur récrimina-

tioQ ne ferait pas fortune : d'ailleurs, j'ai toujours tenu à l'idée de sauTer mon pays, même en m'exposant à la calomnie. J*ai appris de Benoît qu'il avait été envoyé par Lebrun et Brissot en Angleterre, huit à quinze jours avant le jugement du tyran. J'ai vu qu'il y avait appris l'art de la corruption et de la duplicité la plus audacieuse. Il me disait un jour : Je ne sais pas pourquoi en France on refuse de faire fortune, l^prsqu'on le peut, en faisant rendre un bon décret ; en Angleterre, ils s'en vantent en plein parlement. J'ai cru voir qu'il travaillait d'accord avec Pitt : et voilà pourquoi j'ai voté pour le décret contre les Anglais, quoique simplement révolutionnaire dans un seul côté et contraire à la justice sous tous les autres. Mais j'ai vu surtout que leur but est la dissolution de la Convention, et tous ceux qui travaillent à la miner, à la corrompre, ou à di£famer ses membres qui ont rendu quelque service à la chose publique, me paraissent dans ce complot.

Rédigé, tant chez moi qu*au comité de Sûreté générale, le 25 brumaire, depuis nne heure jusqu'à sept du nonveau style, Tan n de la République française.

Signé : François Chabot.

Acte d'accusation de Fabre d'Eglantine, Chabot, Bazire, Delaunai et Julien de Toulouse.

(Extrait du rapport fait par Amar à la Convention, le 26 ventôse an II, au nom du Comité de Sûreté générale. — Moniteur universel, n» 178, année 1194).

Amar, au nom du comité de Salut public et de Sûreté générale :

Corrompre plusieurs de nous, nous diviser, nous avilir, dissoudre la représentation nationale et nous donner un roi, tel était le but des cours étrangères, jalouses de notre gloire et de nos succès ; mais le complot ne sera point exécuté. Le peuple aime la vérité, nous allons lui démasquer les intrigants qui ont voulu se mettre entre lui et vous, et qui faisaient un infâme trafic du patriotisme.

Nous atons énoncé les motifs qui nous ont fait demander

l'arrestation de Chabot, Bazire, Delaunay d'Angers, Jelien de Toulouse et Fabre d*Eglantine; nous les avons interrogés séparément; CCS interrogatoires offrent, les uns des contradictions, les autres jettent un grand jour sur le plan de corruption; c*est Chabot et Bazire surtout qui nous ont découvert cette horrible intrigue.

Vous savez, citoyens, les plans de conspiration formés par nos ennemis, et exécutés en partie Tannée dernière : nos villes ont été livrées, nos plans de campagne communiqués aux brigands, etc. Aujourd'hui, c'était principalement un plan de corruption qui avait été concerté.

Aux gens corrompus, parmi nous, se sont attachés des émissaires des puissances coalisées, des banquiers anglais, des juifs autrichiens, etc. Us ont prononcé Texécrable mot banqueroute, et Tagriculteur épouvanté s'est empressé d'acheter des grains. De là des accaparements, l'agiotage. C'est à l'agiotage qu'est dû l'emprisonnement de quelques-uns de nos collègues : les uns ont écouté les banquiers étrangers, d'autres ont eu des relations honteuses avec les administrateurs des Compagnies de llnance. Voilà leurs crimes. Voyons quels hommes se sont liés à eux. L'on compte dans le nombre Proly, le baron de Frey, beau-frère de Chabot, Gusman, espagnol, tous vendus à nos ennemis.

Proly, iils naturel de Kaunitz, dévoué à la plus basse débauche, était l'ami des Guadet, des Brissot.

Le baron de Frey, dont la famille a été anoblie par Marie-Thérèse, et auquel Chabot s*est lié par les liens du sang, a trois frères au service de l'Empereur.

Chabot nous a avoué qu'ils ne lui avaient donné leur sœur que pour se faire une réputation de patriotisme en la mariant au premier révolutionnaire de l'Europe. Chabot a ajouté que ses beauxfrères avaient été pendus en effigie à Vienne, que leurs biens avaient été saisis, et qu'ils étaient ruinés.

Quoi, Chabot! Vos beaux-frères sont ruinés, et ils vous donnent leur sœur avec 200 mille livres ! Quoi I vous vous alliez avec les ennemis de la France I Vous connaissez leurs desseins ; ils veulent se faire une réputation de patriotisme, et vous les secondez dans leur projet de servir l'Autriche? l'homme libre ne fut jamais le partisan de la tyrannie.

Deux autres intrigants qui ont trempé dans cette affaire sont : le baron de Bance (1), ex-constituant, et Benoîte (2).

(1) Le baron de Batz. — (2) Benoît (d'Angers). — R.

Toas ces individus formaient une association qai jouait à la hausse ou à la baisse, et se partageait le profit. Le baron de Bance et Benoîte, habiles dans l'art de l'agiotage et de la corruption, étaient entremetteurs. Le but de ces hommes vils était de faire renchérir les denrées, et de porter le peuple à s'en procurer par la violence.

Chabot, pour faire co/i naître l'immoralité de ces individus^ témoigna quelques scrupules sur les moyens peu délicats que l'association employait pour s'enrichir. « Je ne sais pas^ lui répondit « Benoîte, comment en France on peut se refuser à faire fortune ; « en Angleterre on achète publiquement les membres du Parle- « ment. Je crus alors, ajoute Chabot dans son interrogatoire, qu'il

« me parlait au nom de Pitt Quoi! Chabot! vous connaissiez ces

« âmes infâmes, et vous restiez dans l'association ! Le crime est défi voilé, on en fera justice. )> (On applaudit.)

Amar parle ici de ce qui est relatif à la Compagnie des Indes, aux compagnies financières, et à la falsification du décret de la Convention; il rappelle d'abord les différentes lois qui astreignent toutes les actions financières au droit d'enregistrement, qui prescrivent que les actions ne pourront être cédées, sans que la cession et le cessionnaire ne soient inscrits sur l'action même. Il fait voir ensuite comment les agioteurs avaient trouvé le moyen d'éluder la loi, en imaginant les reconnaissances et les transferts.

Bazire, continue le rapporteur, nous a rapporté une conversation qu'il eut avec Delaunay d'Angers, dans laquelle on voit la perversité de Pitt mise en action. « Pourquoi, lui disait Delaunay, « ne pas imiter les membres du Parlement anglais, qui vendent « leur conscience. C'est un moyen certain d'atteindre la fortune : « il ajoutait, pour éloigner les doutes qu'élevait Bazire, il ne s'agit « que de faire baisser tous les effets des Compagnies financières, « profiter de cette baisse pour acheter, provoquer ensuite une « hausse subite, pour remettre ces mêmes actions sur la place.

a Mais avec quels fonds, dit Bazire, faire ces acquisitions? Rien a de plus facile que de s'en procurer, répond Delaunay; l'abbé « d'Espagnac réclame quatre millions; il abandonnera pour un « certain temps la jouissance, si on lui procure son paiement, i»

Julien de Toulouse, disait à Bazire que tandis que Delaunay présenterait des mémoires pour faire baisser les effets publics, lui, Julien, ferait peur aux administrateurs, aux banquiers, pour favoriser l'association et ses profits ; qu'on ne demanderait à Bazire que de se taire et de laisser faire, et que Delaunay ferait exactetement à tous leur part de bénéfice.

Nous reprochons donc aux membres de Tassociation de Delaunay d'Angers, d'avoir suivie pour perdre le crédit national, les mêmes moyens que Brissot et ses complices employaient pour perdre la liberté ; d'avoir interprété les lois justes de la Convention pour favoriser les gains des coassociés ; d'avoir substitué aux décrets des Représentants du peuple leurs arrêtés particuliers, en changeant le texte des décrets.

Bazjre a su tous ces complots ; on lai a offert 100 milles livres pour se taire : il s'est tu, et en laissant commettre le crime, il le commettait lui-même.

Amar passe au faux matériel qui a été commis par les accusés, membres de la commission des finances, en changeant le texte du décret qui supprime les compagnies de finance. Il a indiqué les manœuvres employées par eux pour empêcher Texécution de l'article de ce décret qui ordonne à ces compagnies de finance de verser au Trésor public les 8 millions qu'elles doivent à l'Etat.

Il a cité le trait suivant de Chabot : 500 mille livres en actions de la compagnie des Indes furent déposées chez un des accusés pour favoriser l'inexécution du décret sur la restitution de 8 millions.

On parlait de donner sur cette somme 50 mille écus à Chabot. « Non pas, a-t-il dit, je suis resté pur jusqu'à présent, je ne veux point de cette somme. Nous partagerons le tout au même instant, afin que nous ne paraissions pas plus fripons les uns que les autres. »

Le rapporteur, après avoir redit tout ce que Chabot avait déclaré pour s'efforcer de faire croire que son intention avait été de ne suivre la marche des conspirateurs que pour mieux les faire arrêter tous au même instant, a détruit le système de cet accusé, et donne toutes les raisons que le comité de Sûreté générale avait de croire que Chabot était lui-même un conspirateur.

Amar, avant de terminer son rapport, ajoute que des renseignements certains prouvent que Delaunay et Chabot avaient reçu des sommes considérables pour intriguer dans l'affaire des vingt-un députés décapités, et sauver Fonfrède et Ducos. C'est Bazire qui a dénoncé ces manœuvres de Chabot et de Delaunay.

Le rapporteur résume les faits et conclut au décret d'accusation contre Chabot, Delaunay d'Angers, Julien de Toulouse, et Fabre d'Eglantine, comme auteurs de la conspiration, et contre Bazire, comme complice, et à leur renvoi devant le Tribunal révolutionnaire pour y être jugés conformément aux lois.

Acte d'accusation de Danton, Camille Desmoulins, Hérault de Séchelles, Lacroix, Philippeaux et Fabre d']

Extrait du projet rédigé par Robespierre, du rapport fait à la Convention nationale par Saint-Just^ contre Fabre d'Eglantine, Danton, Philippeauaç, Lacroix, et Camille Desmoulins (i);

PREMIBR FRAGMENT.

Camille Desmoulins, par la mobilité de son imagination et par sa vanité, était propre à devenir le séide de FaLre et de Danton. Ce fat par cette route qu'ils le poussèrent jusqu'au crime. Il était lié avec l'un et l'autre depuis le commencement de la Révolution ; mais ils ne se l'étaient attaché que par les dehors de patriotisme dont ils se couvraient. Desmoulins montra de la franchise et du républicanisme en censurant avec véhémence, dans ses feuilles, Mirabeau, La Fayette, Barnave et Lameth, au temps de leur puissance et de leur réputation, après les avoir loués de bonne foi. Danton et Fabre vécurent avec La Fayette, avec les Lameth; il eût à Mirabeau une obligation bien remarquable : celui-ci lui fit rembourser sa charge d'avocat au conseil ; on assure môme que le prix lui en a été payé deux fois. Le fait du remboursement est facile à prouver.

Les amis de Mirabeau se vantaient hautement d'avoir fermé la bouche à Danton ; et, tant qu'a vécu ce personnage, Danton resta muet.

Je me rappelle une anecdote à laquelle j'attachai dans le temps

(1) Publié par France, libraire-éditeur; brochure ia-8 de 32 pages^ avec notes. Paris, 1841.

trop pea d'importance : dans les premiers mois de la Révolution, me trouvant à dîner avec Danton, Danton me reprocha de gâter la bonne cause, en m'écartant de la ligne où marchaient Bamave et les Lameth, qui alors commençaient à dévier des principes populaires.

Quanta Desmoulins, je Tai toujours vu, jusque dans ces derniers temps, dominé par Danton et Fabre qu'il regardait comme deux génies, et comme deux patriotes. Les moyens dont ils se servaient pour conserver leur ascendant sur lui sont dignes de deux hypocrites profonds.

A Tépoque où parurent les numéros du Vieux Cordelier, le père de Desmoulins lui témoignait sa satisfaction et Tembrassait avec tendresse. Fabre, présent à cette scène, se mit à pleurer et Desmoulins^ étonné, ne douta plus que Fabre ne fût un excellent cœur et par conséquent un patriote.

Danton tâchait d'imiter le talent de Fabre ! mais sans snccès, comme le prouvent les efiforts impuissants et ridicules qu'il ût pour pleurer^ d'abord à la tribune des Jacobins, ensuite chez moi.

11 y a un trait de Danton qui prouve une âme ingrate et noire : il avait hautement préconisé les dernières productions de Desmoulins : il avait osé, aux Jacobins, réclamer en leur faveur la liberté de la presse, lorsque je proposai pour elle les honneurs de la brûlure. Dans la dernière visite dont je parle, il me parla de Desmoulins avec mépris : il attribua ses écarts à un vice privé et honteux, mais absolument étranger â la Révolution. Laignelot était témoin. La contenance de Laignelot m'a paru équivoque : il a gardé obstinément le silence. Cet homme a pour principe de briser lui-môme les instruments dont il s'est servi, quand ils sont décrédités ; il n'a jamais défendu un seul patriote, jamais attaqué un seul conspirateur; mais il a fait le panégyrique de Fabre à l'assemblée électorale dernière ; il a prétendu que les liaisons de Fabre avec les aristocrates, et ses longues éclipses sur l'horizon révolutionnaire étaient un espionnage concerté entre eux pour connaître les secrets de l'aristocratie.

Pendant son court ministère, il a fait présent à Fabre, qu'il avait choisi pour son secrétaire du sceau et pour son secrétaire intime, de sommes considérables puisées dans le Trésor public. Il a lui-même avancé i 0,000 fr. Je l'ai entendu avouer les escroqueries et les vols de Fabre, tels que des souliers appartenant à l'armée, dont il avait chez lui magasin.

Il ne doDna point asile à Adrien Duport, comme il est dit dans le rapport; mais Adrien Duport, qni, le 10 août, concertait avec la conr le massacre dn peuple, ayant été arrêté et détenn assez longtemps dans les prisons de Melun, fnt mis en liberté par ordre dn ministre de la justice, Danton. Charles Lameth, prisonnier au Havre, fnt aussi élargi, je ne sais comment. Danton rejeta hautement toutes les propositions que je lui fis d*écraser la conspiration et d'empêcher Brissot de renouer ses trames, sous le prétexte qu*il ne fallait s'occuper que de la guerre.

An mois de septembre, il envoya Fabre en ambassade auprès de Dumonriez. Il prétendit que Tobjet de sa mission était de réconcilier Dumonriez et Kellermann qu'il supposait brouillés. Or, Dumonriez et Kellermann n'écrivaient jamais à la Convention nationale sans parler de leur intime amitié. Dumonriez, lorsqu'il parut à la barre, appela Kellermann son intime ami; et le résultat de cette union fut le salut du roi de Prusse et de son armée. Et quel conciliateur que Fabre pour deux généraux orgueilleux qui prétendaient faire les destinées de la France !

C'est en vain que dès lors on se plaignait à Danton et à Fabre de la faction girondine : ils soutenaient qu'il n'y avait point là de faction, et que tout était le résultat de la vanité et des animosités personnelles. Dans le même temps, chez Pétion, où j'eus une explication sur les projets de Brissot, Fabre et Danton se réunirent à Pétion pour attester l'innocence de leurs vues.

Quand je montrais à Danton le système de calomnie de Roland et des Brissotins, développé dans tous les papiers publics, Danton me répondait : « Que m'importe ! l'opinion publique est une putain, la postérité une sottise. » Le mot de vertu faisait rire Danton : il n'y avait pas de vertu plus solide, disait-il plaisamment, que celle qu'il déployait toutes les nuits avec sa femme. Comment un homme, à qui tonte idée de morale était étrangère, pouvait-il être le défenseur de la liberté ? Une autre maxime de Danton était qu'il fallait se servir des fripons : aussi était-il entouré des intrigants les plus impurs. Il professait pour le vice une tolérance qui devait lui donner antant de partisans qu'il y a d'hommes corrompus dans le monde. C'était sans doute le secret de sa politique qu'il révéla lui-même par un mot remarquable : a Ce qui rend notre cause faible, disaitil à un vrai patriote dont il feignait de partager les sentiments, c'est que la sévérité de nos principes eifarouche beaucoup de monde, d Il ne faut pas oublier les thés de Robert où d'Orléans faisait lui-

même ]e puncb, où Fabre, Danton et Wimpffén assistaient. C'était ]à qu'on cherchait à attirer le plus grand nombre de députés de la Montagne qu'il était possible, pour les séduire ou pour les compromettre.

Dans le temps de l'assemblée électorale, je m'opposai de tontes mes forces à la nomination de d'Orléans, je voulus en vain inspirer mon opinion à Danton : il me répondit que la nomination d'un prince de sang rendrait la Convention nationale plus imposante anx yeux des rois de l'Europe, surtout s'il était nommé le dernier de la députation. Je répliquai qu'elle serait donc bien plus imposante encore s'il n'était nommé que le dernier suppléant ; je ne persuadai point : la doctrine de Fabre d'Eglantine était la même que celle du maître, ou du disciple, je ne sais trop lequel.

Chabot vota pour d'Orléans. Je lui témoignais tout bas ma surprise et ma douleur ; il s'écria bien haut que son opinion était libre.

On a pu remarquer la consternation de Fabre d'Eglantine et de beaucoup d'autres lorsque je fis sérieusement la motion de chasser les Bourbons, que les meneurs du côté droit avaient jetée en avant, avec tant d'artifice ; et le concert des chefs Brissotins^ et des intrigants de la Montagne, pour la rejeter, à cette époque. Cette contradiction est facile à expliquer : la motion venue du côté droit popularisait d'Orléans, et échouait contre la résistance de la Montagne abusée par ce jeu perfide ; faite par un Montagnard, elle démasquait d'Orléans, et le perdait si le côté droit ne s'y était lui-même opposé. L'époque où je fis cette motion était voisine de celle où la conjuration de d'Orléans et de Dumouriez devait éclater, et éclata en effet. Ce fut alors que les Brissotins continuèrent de tromper la Convention, et de rompre l'indignation publique, en mettant sous la garde d'un gendarme d'Orléans et Silleri qui riaient eux-mêmes de cette comédie, qui leur donna le prétexte de parler à la tribune le langage de Brutus. C'est alors que Danton et Fabre, loin de dénoncer cette faction criminelle, se prêtèrent à toutes les vues de ses chefs. Joignez à cela le développement des trahisons de la Belgique.

Analysez toute la conduite politique de Danton : vous verrez que la réputation de civisme qu'on lui a faite était l'ouvrage de l'intrigue, et qu'il n'y a pas une mesure liberticide qu'il n'ait adoptée.

On le voit, dans les premiers jours de la Révolution montrer à la cour un front menaçant et parler avec véhémence dans le club des Cordeliers, mais bientôt il se lie avec les Lameth, et transige avec

eux ; il se laisse séduire par Mirabeau, et se montre aux yeux observateurs, Tennemi des principes sévères. On n'entend pins parler de Danton jusqu'à Tépoque des massacres du Ghamp-de-Mars ; il avait beaucoup appuyé aux Jacobins la motion de La Clos qui fut le prétexte de ce désastre, et à laquelle je m'opposai. Il fat nommé le rédacteur de la pétition avec Brissot. Deax mille patriotes sans armes furent assassinés par les satellites de La Fayette. D'autres furent jetés dans les fers. Danton se retira à Arcis-sar-Aube, son pays, où il resta plusieurs mois, et y il vécut tranquil. On a remarqué comme un indice de la complicité de Brissot, que, depuis la journée du Cbamp-de-Mars, il avait continué de se promener paisiblement dans Paris; mais la tranquillité dont Danton jouissait à Arcis*sur- Aube était-elle moins étonnante? Etait-il plus difûcile de l'atteindre là qu'à Paris, s'il eût été alors pour les tyrans un objet de haine ou de terreur?

Les patriotes se souvinrent longtemps de ce lâche abandon de la cause publique ; on remarqua ensuite que, dans toutes les crises, il prenait le parti de la retraite.

Tant que dura l'Assemblée législative, il se tut. Il demeura neutre, dans la lutte pénible des Jacobins contre Brissot et contre la faction girondine. Il appuya d'abord leur opinion sur la déclaration de guerre. Ensuite pressé par le reproche de patriotes, dont il ne voulait pas perdre la confiance usurpée, il eut l'air de dire un mot pour ma défense, et annonça qu'il observait attentivement les deux partis, et se renferma dans le silence. C'est dans ce temps-là, que, me voyant seul, en butte aux calomnies et aux persécutions de cette faction toute-puissante, il dit à ses amis : « Puisqu'il veut se perdre, qu'il se perde ; nous ne devons point partager son sort. » Legendre lui-même me rapporta ce propos qu'il avait entendu. Tandis que la cour conspirait contre le peuple, et les patriotes contre la cour, dans les longues agitations qui préparèrent la journée du iO août, Danton était à Arcis-sur-Aube : les patriotes désespéraient de le revoir. Cependant, pressé par leurs reproches, il fut contraint de se montrer, et arriva la veille du 10 août ; mais dans cette nuit fatale, il voulait se coucher, si ceux qui l'entouraient ne l'avaient forcé de se rendre à sa section, où le bataillon de Marseille était rassemblé. Il y parla avec énergie : l'insurrection était déjà décidée et inévitable. Pendant ce temps-là, Fabre parlementait avec la cour. Danton et lui ont prétendu qu'il n'était là que pour tromper la cour. J'ai tracé quelques faits de son court ministère.

Quelle a été sa conduite durant la Convention ? Marat fut accusé

par les chefs de la faction da côté droit. U commença par déclarer qu'il n*aimait point Marat, et par protester qu'il était isolé, et qa*il se séparait de ceux de ses collègues que la calomnie ponrso irait; et il fit son propre éloge ou sa propre apologie.

Robespierre fut accusé : il ne dit pas on seul mot si ce n*est pour s'isoler de lui.

La Montagne fut ontragée chaque jour : il garda le silence. Il fut attaqué lui-môme, il pardonna; il se montra sans cesse aux conspirateurs comme un conciliateur tolérant ; il se fit un mérite publiquement de n'avoir jamais dénoncé ni Brissot, ni Guadet, ni Gensonné, ni aucun ennemi de la liberté ! Il leur tendait sans cesse la palme de l'olivier, et le gage d'une alliance contre les républicains sévères. La seule fois qu'il parla avec énergie» ce fut la Montagne qui l'y força ; et il ne parla que de lui-même. Lorsque Ducos lui reprocha de n'avoir pas rendu ses comptes, il menaça le côté droit de la foudre populaire comme d'un instrument dont il pouvait disposer, et termina son discours par des propositions de paix. Pendant le cours des orageux débats de la liberté et de la tyrannie, les patriotes de la Montagne s'indignaient de son absence ou de son silence ; ses amis et lui en cherchaient l'excuse dans sa paresse, dans son embonpoint, dans son tempérament. Il savait bien sortir de son engonrdissement, lorsqu'il s'agissait de défendre Dumonriez et les généraux, ses complices, de faire l'éloge de Beurnonville que les intrigues de Fabre avaient porté au ministère.

Lorsque quelque trahison nouvelle dans l'armée donnait aux patriotes le prétexte de provoquer quelques mesures rigoureases contre les conspirateurs du dedans et contre les traîtres de la Convention, il avait soin de les faire oublier ou de les altérer, en tournant exclusivement l'attention de l'Assemblée vers de nouvelles levées d'hommes.

Il ne voulait pas la mort du tyran; il voulait qu'on se contentât de le bannir, comme Dumouriez qui était venu k Paris avec Westermann, le messager de Dumouriez auprès de Gensonné, et tous les généraux ses complices, pour égorger les patriotes et sauver Louis XYI. La force de l'opinion publique détermina la sienne, et il vota contre son premier avis, ainsi que Lacroix, conspirateur décrié, avec lequel il ne put s'unir dans la Belgique que par le crime. Ce qui le prouve encore plus, c'est le bizarre motif qu'il donna à cette union : ce motif était la conversion de Lacroix qu'il prétendait avoir déterminé à voter la mort du tyran. Gomment aurait-il fait les fonctions de missionnaire auprès d'un pécheur

aassi eaduici, pour Tattirer à nne doctrine qu*il réprouvait luimême ?

11 a TQ avec horreur la révolution da 31 mai; il a cherché à la faire avorter ou à la tourner contre la liberté en demandant la tête du général Henhot, sous prétexte qu'il avait gêné la liberté des membres de la Convention par une consigne nécessaire pour parvenir au but de Tinsorrection qui était Parrestation des conspirateurs.

Ensuite, pondant Tindigne procession qui eut lieu dans les Tuileries, Hérault, Lacroix et lui voulurent faire arrêter Henriot, et lui firent ensuite un crime du mouvement qu'il fit pour se sous traire à un acte d'oppression qui devait assurer le triomphe de la tyrannie. C'est ici que Danton déploya toute sa perfidie. N'ayant pu consommer ce crime, il regarda Henriot en riant, et lui dit :« N'aie pas peur ; va toujours ton train I » voulant lui faire entendre qu'il avait eu l'air de le blâmer, par bienséance et par politique, mais qu*au fond il était de son avis. Un moment après, il aborda le général à la buvette, et lui présenta un verre d'un air caressant, en lui disant : « Trinquons, et point de rancune ! » Cependant, le lendemain, irrité sans doute du dénoûment heureux de Tinsurrection, il osa la calomnier de la manière la plus atroce à la tribune, et dit entre autres choses qu'on avait voulu l'assassiner, lui et quelquesuns de ses collègues. Hérault et Lacroix ne cessèrent de propager la même calomnie contre le général que l'on voulait immoler.

J'ai entendu Lacroix et Danton dire : « Il faudra que Brissot passe une heure sur les planches à cause de son faux passeport. »

Lacroix disait : « Si vous les faites mourir, la législature prochaine vous traitera de même. »

Danton fit tous ses efforts pour sauver Brissot et ses complices. Il s'opposa à leur punition; il voulait qu'on envoyât des otages à Bordeaux. H envoya nn ambassadeur à Wimpffen, dans le Calvados.

Danton et Lacroix voulaient dissoudre la Convention nationale et établir la Constitution.

Danton m'a dit un jour : « Il est fâcheux que l'on ne puisse pas proposer de céder nos colonies aux Américains : ce serait un moyen de faire alliance avec eux. » Danton et Lacroix ont depuis fait passer un décret dont le résultat vraisemblable était la perte de nos colonies.

Leurs vues furent de tout temps semblables à celles des Brissotins. Le 8 mars, on voulait exciter une fausse insurrection^ pour

donner à Damouriez le prétexte qu'il cherchait de marcher snr Paris, non avec le rôle défavorable de rebelle et de royaliste, mais avec l'air d'un vengeur de la Convention. DesGeax en donna le signal aux Jacobins : un attroupement se porta au club des Cordeliers, de là à la Commune. Fabre s'agitait beaucoup dans le même temps, pour exciter ce mouvement, dont les Brissotîns tirèrent nn si grand avnntage. On m'a assuré que Dantoa avait été chez Pache, qu'il avait proposé d*insurger, en disant que, s'il fallait de l'argent, il avait la main dans la caisse de la Belgique.

Danton voulait une amnistie pour tous les coupables : il s'en est expliqué ouvertement : il voulait donc la contre-révolution. Il voulait la dissolution de la Convention, ensuite la destruction du gouvernement : il voulait donc la contre-révolution.

Dans le pays de Lacroix, on ne parle que des serviettes de l'archiduchesse rapportées de la Belgique et démarquées dans le pays.

Fabre, dans ses notes, indiquait conmie une preuve de la conspiration de Hébert les dénonciations faites contre Dillon et Castellane ; et Desmoulins, inspiré par Fabre, vantait Dillon. Westermann est le héros de la faction ; elle l'a mis au-dessus des lois, en faisant décréter qu'il ne pouvait être arrêté. Westermann a été appelé par eux à Paris dans le moment de la conspiration. Westermann est un imposteur, un traître, un complice, un reste ipapur de la faction de Dumouriez. Quels rapprochements !

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