QUATRIÈME FRAGMENT
10. Danton se montra bien. L'ambassade de Fabre auprès de Dumouriez. Son frère loué dans les lettres de Dumouriez.
1 1 . Le voyage de Chaumette dans la Nièvre, où commença l'intrigue religieuse, où la société de Moulins, par une adresse insolente, censure le décret de la Convention sur la liberté des cultes et vante les principes de Hébert et de Chaumette. Fabre donna aussi dans l'intrigue religieuse ; il provoqua une mention honorable des premiers actes qui furent faits à ce sujet, et s'élevait contre ce système, en parlant aux patriotes.
12. Tous se rendaient coupables de tous ces crimes à la fois.
Extrait du rapport fait à la Convention nationale au nom de ses Comités de Sûreté générale et de Salut public, sur la conjuration ourdie depuis plusieurs années par les factions criminelles pour absorber la Bévolulion française dam un changement de dynas-' tie; et contre Fabre d^Eglantine^ Danton^ Philippeaux, Lacroix et Camille Desmoulins, prévenus de complicité dans ces factions et d'autres délits personnels contre la Liberté, par Saint-Just. — Séance du 11 germinal.
Citoyens,
La Révolution est dans le peuple, et non point dans la renommée de quelques personnages. Cette idée vraie est la source de la justice et de Tégalité dans un Etat libre : elle est la garantie du peuple contre les hooimes artificieux qui s'érigent en quelque sorte en patriciens, par leur audace et leur impunité.
Il 7 a quelque chose de terrible dans l'amour sacré de la patrie ; il est tellement exclusif, qu'il immole tout sans pitié, sans frayeur, sans respect humain, à l'intérêt public; il précipite Manlius; il immole ses aifections privées ; il entraîne Régulus àCarthage, jette un Romain dans un abîme, et met Marat au Panthéon, victime de son dévouement.
Vos comités de Salut public et de Sûreté générale, pleins de ce sentiment, m'ont chargé de vous demander justice au nom de la patrie, contre des hommes qui trahissent depuis longtemps la cause populaire, qui vous ont fait la guerre avec tous les conjurés, avec d'Orléans, avec Brissot, avec Hébert, avec Hérault et leurs complices, et conspirent en ce moment avec les rois ligués contre la République ; qui ont favorisé le projet de vous détruire et de confondre le gouvernement républicain, ont été les défenseurs des traîtres et vos ennemis déclarés, et qui, pour échapper à la justice, prétendent que l'on vous attaque en eux. Us ne témoignaient point cet intérêt pour vous, lorsqu'ils demandoient l'impunité de vos assassins et votre renouvellement qui eût été suivi de votre perte et de celle de la liberté. Puisse cet exemple être le dernier que vous donnerez de votre inflexibilité envers vous-mêmes! Puissiez-vous, après les avoir réprimées, voir toutes les factions éteintes,
et jouir en paix de la plénitude de votre paissance légitime, et da respect qae vous inspirez l
Il y eut un autre parti qui se joua et fut de tous les autres, qui tantôt voulut usurper, tantôt fat royaliste, tantôt voulut des richesses, tantôt songea à se ménager une grande autorité quelque régime qu'il survint, tantôt servit l'Etranger : ce parti, comme tous les autres, dénué de courage, conduisit la Révolution comme une intrigue de théâtre.
Fabre d*EgIantine fut à ia tête de ce parti ; il n'y fut point seul ; il fat le cardinal de Retz d'aujourd'hui : panégyriste de d'Orléans, il a été, jusqu'au moment de sa détention, et même depuis, le continuateur de toutes les factions ; il usa de toutes les intrigues des autres pour intriguer par elles, les dénonçant pour ne point partager leurs périls et leurs impradences; les servant lorsqu'il étoit sûr de ne se point compromettre; laborieux, parlant toujours aux autres le langage qui étoit dans leur cœur, avec un front péniblement sincère^ et les conduisant par leur propre penchant ; cherchant soigneusement tout ce qui se passoit pour savoir où trouver un fripon pour instrument de ses desseins, et connoltre tous les yeux ouverts sur Tintérôt de la patrie, pour les éviter ou les tromper. Il peignit faussement Marat sons quelqaes-unes de ses propres couleurs, pour s'attirer une estime secrète ; il joua sur les esprits et sur les cœurs, sur les préjugés et les passions, comme un compositeur de musique sur les notes d'un instrument.
Fabre fut royaliste de tout temps dans le fond de son cœur; il dissimula comme les autres, parce qu'il étoit lâche.
Ce fut dans la journée du 10 août que les chefs des différents partis royalistes se montrèrent à découvert. Pétion, Carra, Vergniaud, Brissot^ s'efforcèrent d'enchaîner le torrent du parti républicain ; on les vit implorer le peuple en faveur du tyran et de sa famille. Fabre contribua à sauver Duport ; il avait eu, avant le iO août, des intelligences avec la cour ; il se prétendait le confident de toutes les intrigues des Tuileries ; beaucoup de gens lui ont entendu dire qu'il jouait la cour: il est très vraisemblable qu'il jouait tout le monde.
Fabre ne dit presque mot pendant les dix premiers mois de la Convention ; il ménagea Dumouriez, Brissot et les Jacobins, et attendait en équilibre que la victoire se fût décidée entre le crime et la vertu.
Au mois de juin^ les intrigues que la terreur du 31 mai avait
Fompnes, se renouèrent. Chaque faction avait nn bnt particulier : toutes tendaient à la destruction de la Convention et du gouvernement. Chaque faction ayant ses créatures et ses dupes, il s*oardit une conjuration sourde et compliquée qui corrompit tellement les pouvoirs et Tesprit public, que la Convention nationale et les patriotes de bonne foi restèrent isolés.
Il y eut alors un parti chargé par TEtranger de corrompre la République, d*y lancer la guerre civile par des opinions brusquement énoncées et soutenues par la violence. Un ami de Chaumette dit, dans une société populaire de Ja Nièvre, qu'il allait arriver le temps où rattachement d*un père pour son enfant, où le respect filial seraient punis comme des attentats à la liberté naturelle des êtres.
Une société populaire, livrée à Chaumette, osa censurer votre décret sur les cultes, et loua, dans une adresse, l'opinion d'Hébert et de Chaumette. Fabre soutint ici ces opinions artificieuses. On attaqua l'immortalité de l'âme, qui consolait Socrate mourant. On prétendait plus ; on s'efforça d'ériger l'athéisme en un culte plus intolérant que la superstition. On attaqua l'idée de la Providence éternelle, qui sans doute a veillé sur nous. On aurait cru que l'on voulait bannir du monde les affections généreuses d'un peuple libre, la nature, l'humanité, l'Être suprême, pour n'y laisser que le néant, et la tyrannie et le crime. Combien d'ennemis n'espérait-on point faire à la liberté, en lui imputant ces outrages 7 Ils sont reconnus aujourd'hui traîtres à la patrie et royalistes, les auteurs de ces trames.
Chaumette, dans le temps de ces prestiges, envoya 30,000 livres à son père ; il l'avertit de n'acheter ni domaines nationaux, ni biens d'émigrés.
Puissent les patriotes qui couvrent la France s'aimer assez pour ne rien faire qui attire de nouveaux troubles dans la patrie I Que les Français honorent la raison, mais que la raison n'oublie point la Divinité.
C'est une chose remarquable, et dont la postérité aura honte, que l'Etranger prit le rétablissement prétendu de la religion ponr prétexte de la guerre qu'il nous fit, et s'efforça en même temps de nous donner l'athéisme.
Il y eut un autre parti chargé de corrompre les Représentants du peuple, pour faciliter le scandale et la révolte aristocratique que Ion méditait; ce fut celui de Chabot. Un autre parti, initié dans tons les autres, fut chargé d'attaquer et détruire le gouvernement et la
représentation nationale, soit par la force, soit en obtenant son renoavellement.
Les partis criminels, chargés par l'Etranger d*attaqaer la représentation nationale et de provoquer votre renoavellement, vous ont présentés comme affoiblis, comme usés par dix-huit mois de travaux : ceux-là n*en ont point dit autant des tyrans contemporains qui pèsent sur l'Europe depuis un demi-siècle ; ils ne sont point usés ceux qui conspirent parmi nous depuis plusieurs années. Le crime lasserait-il moins que la vertu?
Est-il une puissance au monde aussi sincère, aussi amie du peuple, aussi reconnoissante envers lui que vous l'avez été? est-il beaucoup de gouvernements dans l'histoire qui aient soutenu comme vous le poids de quinze armées, celui de tant de trahisons, celui d'un continent entier devenu injustement l'ennemi du peuple français I Vous êtes usés 1 et vous avez vaincu l'Europe, et vous avez douze cent mille combattants ! Vos ennemis ne sauraient payer trop cher votre destruction. Est-il rien de plus évident que la malignité et la trahison de ceux qui ont voulu renverser la liberté en vous renouvelant? Le peuple français, partout vainqueur, ordonne à sa représentation de prendre place au premier rang des puissances humaines : c'est le peuple qu'on humilie en vous ; vous lui êtes comptables du dépôt sacré de sa grandeur. Le peuple a reconnu sa République ; sa volonté n'a pas besoin de sanction étrangère, et son mépris et la victoire est sa réponse à tous les tyrans, ou bien on sait ici mourir !
Les mêmes hommes qui s'étaient efforcés, dès le commencement de la Révolutiou, de la borner à un changement de dynastie, se retrouvent encore à la tête de ces factions dont le but était de vous immoler.
C'est ici que la patience échappe au juste courroux de la vérité. Quoi I quand toute l'Europe, excepté nous qui sommes aveugles, est convaincue que Lacroix et Danton ont stipulé pour la royauté ; quoi 1 quand les renseignements pris sur Fabre d'Eglantine, le complice de Danton, ne laissent plus de doute sur sa trahison ; lorsque l'ambassadeur du peuple français en Suisse nous mande la consternation des émigrés depuis la mise en jugement de Fabre, l'ami de Danton, nos yeux refuseraient encore de s'ouvrir I « Danton, tu répondras à la justice inévitable, inflexible. Voyons ta conduite passée, et montrons que depuis le premier jour, complice de tous les attentats, tu fus toujours contraire au parti de la liberté, et que tu conspirais avec Mirabeau, avec Dumouriez, avec Hébert, avec Hérault- Séchelles.
« Danton, tu ad servi la tyrannie : tu fus, il est vrai, opposé à Lafayette ; mais Mirabeau, d'Orléans, Du mouriez, Ini furent opposés de même. Oserais-tu nier avoir été vendu à ces trois hommes, les plus violents conspirateurs contre la liberté ? Ce fut par la protection de Mirabeau que tu fus nommé administrateur du Département de Paris, dans le temps oii rassemblée électorale était décidément royaliste. Tous les amis de Mirabeau se vantaient hautement qu'ils t'avaient fermé la bouche. Aussi tant qu'a vécu ce personnage affreux, tu es resté presque muet. Dans ce temps-là tu reprochas à un patriote rigide, dans un repas, qu'il compromettait la bonne cause, en s'écartant du chemin ou marchaient Barnave et Lameth, qui abandonnaient le parti populaire.
a Dans les premiers éclairs de la Révolution, tu montras à la cour un front menaçant; tu parlais contre elle avec véhémence. Mirabeau, qui méditait un changement de dynastie, sentit le prix de ton audace ; il te saisit. Tu t'écartas dès lors des principes sévères, et l'on n'entendit plus parler de toi jusqu'au massacre du Gbamp-de-Mars. Alors tu appuyas aux Jacobins la motion de Laclos, qui fut un prétexte funeste et payé par les ennemis dn peuple, pour déployer le drapeau rouge et essayer la tyrannie. Les patriotes, qui n'étaient pas initiés dans ce complot, avaient combattu inutilement ton opinion sanguinaire. Tu fus nommé rédacteur avec Brissot de la pétition du Champ-de-Mars, et vous échappâtes à la fureur de Lafayette, qui fit massacrer deux mille patriotes. Brissot erra, depuis, paisiblement dans Paris ; et toi, tu fus couler d'heureux jours à Ârcis-sur-Aube, si toutefois celui qui conspirait contre sa patrie pouvait être heureux. Le calme de ta retraite à Arcis-sur- Aube se conçoit-il ? Toi, l'un des auteurs de la })étition, tandis que ceux qui l'avaient signée avaient été, les uns chargés de fers, les autres massacrés. Brissot et toi étiez-vous donc des objets de reconnaissance pour la tyrannie, puisque vous n'étiez point pour elle des objets de haine et de terreur ?
«Que dirai-je de ton lâche et constant abandon de la cause publique an milieu des crises, oh tu prenais toujours le parti de la retraite ?
« Mirabeau mort, tu conspiras avec les Lameth, et tu les soutins. Tu restas neutre pendant l'Assemblée législative, et tu te tus dans la lutte pénible des Jacobins avec Brissot et la faction de la Gironde. Tu appuyas d'abord leur opinion sur la guerre. Pressé ensuite par les reproches des meilleurs citoyens, tu déclaras que tu observais les deux partis, et tu te renfermas dans le silence. Lié avec Brissot au Champ-de-Mars, tu partageas ensuite sa tranquillité et ses opi-
nions libertiddes : alors livré entièrement à ce parti yainqaeur, tu dis de ceux qai s'y refusaient, que puisqu'ils restaient seuls de leur avis sur la guerre, et que puisqu'ils se vooloient perdre, tes amis et toi deviez les abandonner à leur sort. Mais quand tu vis l'orage du iO août se préparer, ta te retiras encore à Arcis-sur-Aube. Déserteur des périls qui entouraient la liberté, les patriotes n'espéraient plus te revoir. Cependant, pressé par la honte, par les reproches, et quand tu sus que la chute de la tyrannie était bien préparée et inévitable, tu revins à Paris le 9 août. Tu te couchas dans cette nuit terrible. Ta section, qui t'avait nommé son président, t'attendit longtemps ; on t'arracha d'un repos honteux ; tu présidas une heure, tu quittas le fauteuil à minuit quand le tocsin sonnait ; au même instant les satellites du tyran entrèrent et mirent la baïonnette sur le cœur de celui qui t'avait remplacé : toi, tu dormais.
a Dans ce moment, que faisait Fabre, ton complice et ton ami ? Tu l'as dit toi-même : qu'il parlementait avec la cour pour la tromper. Mais la cour pouvait-elle se fier à Fabre, sans un gage certain de sa vénalité, et sans des actes très évidents de sa haine pour le parti populaire ? Quiconque est l'ami d'un homme qui ^, parlementé avec la cour, est coupable de lâcheté. L'esprit a des erreurs ; les erreurs de la conscience sont des crimes.
« Mais qu'as-tu fait depuis pour nous prouver que Fabre, ton complice, et toi aviez voulu tromper la cour ? Votre conduite depuis a été celle de conjurés. Quand tu étais ministre, il s'agit d'envoyer un ambassadeur à Londres pour resserrer l'alliance des deux peuples : Noël, journaliste contre-révolutionnaire, fut offert par le ministre Lebrun; tu ne t'y opposas point :on te le reprocha comme une faiblesse ; tu répondis : je sais que Noël ne vaut rien^ mais je le fais accompagner par un de mes parents. Quelle a été la suite de cette ambassade criminelle? la guerre concertée et les trahisons.
« Ce fut toi qui fis nommer Fabre et d'Orléans à rassemblée électorale, où tu vantas le premier comme un homme très adroit, et oh tu dis du second, que prince du sang, sa présence au milieu des représentants du peuple leur donnerait plus d'importance aux yeux de l'Europe. Chabot vota en faveur de Fabre et de d'Orléans. Tu enrichis Fabre pendant ton ministère. Fabre professait alors hautement le fédéralisme, et disait qu'on diviserait la France en quatre parties. Roland, partisan de la royauté, voulut passer la Loire pour chercher la Vendée : toi, rester à Paris où était d'Or-
léans et où tu favorisais Damouriez. Ta donnas des ordres pour sauver Duport : il s'échappa au milieu d'une émeute concertée à Melun par tes émissaires, pour fouiller une voiture d'armes. Mallouet et l'évêqae d'Âutun étaient souvent chez toi : tu les favorisas. Le parti de Brissot accusa Marat ; tu te déclaras son ennemi : tu t'isolas de la Montagne dans les dangers qu'elle courait. Tu te fis publiquement un mérite de n'avoir jamais dénoncé Gensonné, Guadet et Brissot; tu leur tendais sans cesse l'olivier, gage de ton alliance avec eux contre le peuple et les républicains sévères. La Gironde te fit une guerre feinte. Pour te forcer à te prononcer, elle te demanda des comptes ; elle t'accusa d'ambition. Ton hypocrisie prévoyante concilia tout, et sut se maintenir au milieu des partis, toujours prêt à dissimuler avec le plus fort, sans insulter au pins faible. Dans les débats orageux, on s'indignait de ton absence et de ton silence ; toi, tu parlais de la campagne, des délices de la solitude et de la paresse : mais tu savais sortir de ton engourdissement pour défendre Dumouriez, Westermann, sa créature vantée, et les généraux, ses complices. Tu envoyas Fabre en ambassade près de Dumouriez, sous prétexte, disais-tu, de le réconcilier ave»T Kellermann. Les traîtres n'étaient que trop unis pour notre malheur : dans toutes leurs lettres à la Convention, dans leurs discours à la barre, ils se traitaient d'amis, et tu étais le leur. Le résultat de l'ambassade de Fabre fut le salut de l'armée prussienne, à des conditions secrètes, que ta conduite expliqua depuis.
« Dumouriez louait Fabre-Fond, frère de Fabre d'Eglantine : peuton douter de votre concert criminel pour renverser la République?
« Tu savais amortir le courroux des patriotes ; tu faisais envisager nos malheurs comme résultant de la foiblesse de nos années, et tu détournais l'attention de la perfidie des généraux, pour t'occuper de nouvelles levées d'hommes. Tu t'associas dans tes crimes Lacroix, conspirateur depuis longtemps décrié, avec l'âme impure duquel on ne peut être uni que par le nœud qui associe des conjurés. Lacroix fut de tout temps plus que suspect : hypocrite et perfide, il n*a jamais parlé de bonne foi dans cette enceinte; il eut l'audace de louer Miranda ; il eut celle de proposer le renouvellement de la Convention ; il tint la même conduite que toi avec Dumouriez; votre agitation était la même pour cacher les mêmes forfaits : Lacroix a témoigné souvent sa haine pour les Jacobins. D'où vient le faste qui l'entoure? Mais pourquoi rappeler tant d'horreurs, lorsque votre complicité manifeste avec d'Orléans et Dumouriez dans la Belgique suffit à la justice pour vous frapper?
« Danton, tu eus, après le 10 août, une 'conférence avec Dumouriez, où vous vous jurâtes une amitié à tonte épreuve, et où vous unîtes votre fortune. Tu as justiûé depuis cet affreux concordat, et tu es encore son ami au moment où je parle.
« C'est toi qui, au retour de la Belgique, osas parler des vices et des crimes de Du mouriez avec la même admiration qu'on eût parlé des vertus de Gaton. Tu t*es efforcé de corrompre la morale publique, en te rendant, dans plusieurs occasions, Tapologiste des hommes corrompus, tes complices. C'est toi qui, le premier, dans un cercle de patriotes que tu voulais surprendre, proposas le bannissement de Capet; proposition que tu n'osas plus soutenir à ton retour, parce qu'elle était abattue, et qu'elle t'eût perdu.
« Dumouriez, qui s'était rendu à Paris vers ce même temps, dans le dessein d'influencer le jugement du tyran, n'osa point résister lui-même au cri de la justice publique qui envoya le tyran à la mort. Quelle conduite tins-tu dans le comité de défense générale? Tu y recevais les compliments de Guadet et Brissot, et tu les leur rendais; tu disais à Brissot : vous avez de l'esprit, mais vous avez des prétentions. Voilà ton indignation contre les ennemis de la patrie! Tu consentis à ce qu'on ne fit point part à la Convention de rindépendance et de la trahison de Dumouriez ; tu te trouvais dans des conciliabules avec Wimpfen et d'Orléans. Dans le même temps tu te déclarais pour des principes modérés, et tes formes robustes semblaient déguiser la faiblesse de tes conseils ; tu disais que des maximes sévères feraient trop d'ennemis à la République. Conciliateur banal, tous tes exordesàla tribune commençaient comme le tonnerre, et tu finissais par faire transiger la vérité et le mensonge. Quelle proposition vigoureuse as-tu jamais faite contre Brissot et son parti dans la représentation nationale où je t'accuse? A ton retour de la Belgique, tu provoquas la levée en masse des patriotes de Paris pour marcher aux frontières. Si cela fût alors arrivé, qui aurait résisté à l'aristocratie qui avait tenté plusieurs soulèvements? Brissot ne désirait point autre chose, et les patriotes mis en campagne n'auraient-ils pas été sacrifiés? Ainsi se trouvait accompli le vœu de tous les tyrans du monde pour la destruction de Paris et de la liberté.
a Tu provoquas une insurrection dans Paris; elle était concertée avec Dumouriez : tu annonças même que s'il fallait de l'argent pour la faire, tu avais la main dans les caisses de la Belgique. Dumouriez voulait une révolte dans Paris, pour avoir un prétexte de marcher contre cette ville de la liberté, sous un titre moins défavorable que
— àse —
celui de rebelle et de royaliste. Toi qni restais à Arcis-sur-Anbe avant le 9 août, opposant ta paresse à Tinsarrection nécessaire, to avais retrouvé ta chaleur au mois de mars pour servir Damouriez, et lui fournir un prétexte honorable de marcher sur Paris. Desfienx, reconnu royaliste et du parti de l'Etranger , donna le signal de cette fausse insurrection. Le iO mars un attroupement se porta aux Cordeliers, de là à la Commune: on lui demanda de se mettre à sa tête; elle s'y refusa. Fabre alors s'agitait beaucoup : le mouvement, dit-il à un député, a été aussi loin qu'il le fallait. Le but de Dumonriez se trouva rempli : il fit de ce mouvement la base de son manifeste séditieux, et des lettres insolentes qu'il écrivit à la Convention. Desfieux, tout en déclamant contre Brissot, reçut de Lebrun^ complice de Brissot, une somme d'argent pour envoyer dans le Midi des adresses véhémentes où la Gironde était improuvée^ mais qni tendaient à justifier la révolte projetée des fédéralistes. Desfieux fit arrêter ses propres courriers à Bordeaux : ce qui donna lieu à Gensonné de dénoncer la Montagne, et à Guadet de déclamer contre Paris. Desfieux déposa depuis en faveur de Brissot au tribunal révolutionnaire. Mais, Danton, quelle contradiction entre cette mesure extrême et dangereuse que tu proposas, et la modération qui te fit demander une amnistie pour tous les coupables, qui te fit excuser Dumouriez, et te fit, dans le comité de Sûreté générale, appuyer la proposition faite par Guadet, d'envoyer Gensonné vers le général traître? Pouvais-tu être aveugle à ce point sur l'intérêt public? oseraitron te reprocher de manquer de discernement?
« Tu t'accommodais à tout: Brissot et ses complices sortaient tonjours contents d'avec toi. A la tribune, quand ton silence était accusé, tu leur donnais des avis salutaires pour qu'ils dissimulassent davantage ; tu les menaçais sans indignation^ mais avec une bonté paternelle, et tu leur donnais plutôt des conseils pour corrompre la liberté, pour se sauver, pour mieux nous tromper, que tu n'en donnais au parti républicain pour les perdre. «La haine, disais-to, est insupportable à mon cœur, et tu nous avais dit : je n'aime point Marat. » Mais n'es-tu point criminel et responsable de n'avoir point haï les ennemis de la patrie? Est-ce par ses penchants privés qu'un homme public détermine son indifférence ou sahaine, ou parl'amoar de la patrie que n a jamais senti ton cœur? Tu fis le conciliateur, comme Sixte-Quint fit le simple pour arriver an but où il tendait. Eclateras-tu maintenant devant la justice du peuple, toi qni n'éclatas jamais lorsqu'on attaqua la patrie? Nous t'avions cru de bonne foi quand nous accusâmes le parti de Brissot ; mais, depuis,
des Ilots de lamîère sont tombés sur ta politique. Tu es l'ami de Fabre; tu l'as défendu; tu n*ês pas homme à te compromettre; tu n*as donc pu que te défendre toi-même dans ton complice. Tu abandonnas le parti républicain au commencement de notre session; et depuis, as-tu fait autre chose que nuancer d'hypocrisie les délibérations?
« Fabre et toi fûtes les apologistes de d'Orléans, que vous tous efforçâtes de faire passer pour unhomme simple et très malheureux : TOUS répétâtes souvent ce propos. Vous étiez sur la Montagne le point de contact et de répercussion de la conjuration de Dumouriez, Brissot et d'Orléans. Lacroix te seconda parfaitement dans toutes ces occasions.
« Tu vis avec horreur la révolution du 31 mai. Hérault, Lacroix et toi demandâtes la tête d'Henriot, qui avoit servi la liberté, et TOUS lui fîtes un crime du mouvement qu'il avoit fait pour échapper à un acte d'oppression de votre part. Ici, Danton, tu déployas ton hypocrisie : n'ayant pu consommer ton projet, tu dissimulas ta fureur; tu regardas Henriot en riant, et tu lui dis : N*a,ie pas peur, va toujours ton train; voulant lui faire entendre que tu avais eu l'air de le blâmer par bienséance, mais qu'au fond tu étais de son avis. Un moment après, tu l'abordas à la buvette et tu lui présentas un verre d'un air caressant, en lui disant : Point de rancune. Cependant, le lendemain tu le calomnias de la manière la plus atroce, et tu lui reprochas d'avoir voulu t'assassiner. Hérault et Lacroix t'appuyèrent. Mais n'as-tu pas envoyé depuis un ambassadeur â Pétion et à Wimpfen dans le Calvados? ^^e t'es-tu pas opposé à la punition des députés de la Gironde? n'a vois-tu pas défendu Stingell, qu avoit fait égorger les avant-postes de l'armée à Aix-la-Chapelle? Ainsi, défenseur de tous les criminels, tu n'en as jamais fait autant pour un patriote. Tu as accusé Roland, mais plutôt comme un imbécile acrimonieux, que comme un traître; tu ne trouvois à sa femme que des prétentions au bel-esprit; tu as jeté ton manteau sur tous les attentats, pour les voiler et les déguiser.
« Tes amis ont tout fait pour toi; ils placent ton nom dans tous les journaux étrangers et dans les rapports journaliers du ministre de l'intérieur.
« Les rapports dont je parle, envoyés tous les soirs par le ministre de l'intérieur, te présentent comme l'homme dont tout Paris s'entretient; tes moindres réflexions y sont rendues célèbres. Nous aTons reconnu, depuis longtemps, que tes amis ou toi rédigiez ces rapports.
« Danton, ta tas donc le complice de Mirabeau, de d'Orléans, de Dumouriez, de Brissot Des lettres de Tambassadenr d'Espagne à Venise, au dnc d'Âlcudia, disent qn'on te soapçonnait à Paris d*a« voir eu des conférences au Temple avec la reine. L'Etranger est toujours très-instruit sur les crimes commis en sa faveur. Ce fiait est connu de Lullier, et peut s*éclaircir dans la procédure.
«L'ambassadeur d'Espagne dit dan? la même lettre écrite an mois de juin dernier: Ce qai nous fait trembler, c'est le renouvellement du comité de Salut public. Tu en étais, Lacroix; tu en étais, Danton.
a Mauvais citoyen, tu as conspiré ; faux ami, tu disais, il 7 a deux jours, du mal de Desmoulins, instrument que tu as perdu, et ta lui prêtais des vices honteux. Méchant homme, ta as comparé l'opinion publique à une femme de mauvaise vie; tu as dit que l'honneur étoit ridicule; que la gloire et la postérité étoient une sottise : ces maximes devaient te concilier l'aristocratie; elles étaient celles de Catilina. Si Fabre est innocent, si d'Orléans, si Dumouriez fut innocent^ tu l'es sans doute. J*en ai trop dit : tu répondras à la justice. »
Citoyens, la conjaration d'Hébert étant dévoilée, ces jours derniers l'Etranger s'efforça de verser le scandale sur tout ce que la liberté honore : on y impliqua les meilleurs défenseurs de la liberté, on y impliqua même Marat ; on annonça qu'il allait descendre du Panthéon. Que son ombre en descende pour serrer le cœur des ennemis du peuple, et pour les confondre !
H a été ourdi depuis six mois un plan de palpitation et d'inquiétude dans le gouvernement. Chaque jour on nous envoyait un rapport sur Paris: on nous insinuait avec souplesse, tantôt des conseils imprudents, tantôt des craintes déplacées : les tableaux étoient calculés sur les sentiments qu'il importait de nous faire naître, pour que le gouvernement marchât dans le sens qui convenait aux complots criminels; on y louait Danton, on y accréditait Hébert et Camille Oesmoulins, et l'on y supposait tous leurs projets sanctionnés par l'opinion publique, pour nous décourager. Ces rapports osèrent nous dire, pendant le procès d'Hébert, qu'on parlait d'arracher Marat du Panthéon et d'y mettre la Corday : ce sont les mêmes plumes qui louaient Danton et Desmoulins, qui traçaient ces horreurs. La faction de Dumouriez a fait assassiner Marat : ses complices veulent encore assassiner sa mémoire. Ceux qui louèrent les vices de Dumouriez, étaient bien faits pour outrager sa gloire et pour immoler la vertu.
Achevons de peindre ces hommes qui, n'osant se déclarer, ont
conspiré soas la poussière. Ils eurent les qualités des conspirateurs de tous les temps ; ils se louaient mutuellement^ et disaient l'un de l'antre tout ce qui pouvait tromper les jugements. Les amis du profond Brissot avoient dit longtemps de lui qu'il était un in* conséquent, un étourdi même. Fabre disait de Danton qu'il était insouciant; que son tempérament l'entraînait à la campagne, aux bains, aux choses innocentes. Danton disait de Fabre que sa tête étoit un imbrogho, un répertoire de choses comiques, et le présentait comme ridicule, parce que ce n'était qu'à ce prix qu'il pouvait ne point passer pour un traître, par le simple aperçu de sa manière tortueuse de se conduire. Danton riait avec Ducos, faisait le distrait près de d'Orléans, et le familier près de Marat qu'il détestait, mais qu'il craignait. Hérault était grave dans le sein de la Convention, bouffon ailleurs, et riait sans cesse pour s'excuser de ce qu'il ne disait rien.
n est en outre quelques rapprochements à faire sur la conduite de ces hommes en différons temps. Danton fut un lion contre Lafayette, l'ennemi de d'Orléans. Danton fut plein d'indulgence pour Dumouriez, l'ami de d'Orléans. Danton proposait il y a trois ans aux Jacobins la loi de Valérios qui ordonnait aux Romains de tuer sur l'heure ceux qui parleraient de Tarquin. Danton ne trouva plus ni d'éloquence ni de sévérité contre Dumouriez qui trahissait ouvertement la patrie, et voulait faire un roi. Danton, comme je l'ai dit, opina d'abord pour le bannissement du tyran et pour la mort ensuite. Il avertit souvent certains membres du comité de Salut public, qu'il fallait beaucoup de courage pour y rester, parce que l'autorité qu'on lui contiait était dangereuse pour eux-mêmes. Ce fut Danton qui proposa les 50 millions ; ce fut Hérault qui l'appuya; ce fut Danton qui proposa qu'on érigeât le comité en comité de gouvernement; c'était donc un piège qu'il croyait lui tendre. Danton ayant été expulsé du Comité, dit à. quelqu'un : Je ne me fâche point, je n'ai pas d3 rancune ; mais j'ai de la mémoire.
Que dirai-je de ceux qui se prétendirent exclusivement les Vieux Cordeliers? Ils étaient précisément Danton, Fabre, Camille Desmoulins, et le ministre, auteur des rapports sur Paris, où Danton, Fabre, Camille et Philippeaux sont loués, où tout est dirigé dans leur sens et dans le sens d'Hébert. Que dirai-je de l'aveu fait par Danton, qu'il avait dirigé les derniers écrits de Desmoulins et de Philippeaux ?
Vous êtes tous complices du môme attentat. Tous, vous avez tenté
le renversement dn gouvernement révolationnaire et de la représentation; tons, vous avez provoqué son renouvellement au 10 août dernier; tous, vous avez travaillé pour Tétranger, qui jamais ne voulut antre chose que le renouvellement de la Convention, qui eût entraîné la perte de la Répnblique.
Je suis convaincu que cette faction des Indulgens est liée à toutes les autres, qu'elle fut hypocrite dans tous les temps, vendue d'abord à la nouvelle dynastie, ensuite à toutes les factions. Cett« faction a abandonné Marat, et s'est ensuite parée de sa réputation; elle a tout fait pour détruire la République, en amollissant toutes les idées de la liberté ; elle eut plus de finesse que les autres; elle attaqua le gouvernement avec plus d'hypocrisie, et ne fut que plus criminelle.
Camille Desmoulins, qui fut d'abord dupe et finit par être complice, fut, c(»mme Philippeaux, un instrument de Fabre et de Danton. On racontait comme une preuve de la bonhomie de Fabre, que celui-ci se trouvant chez Desmoulins au moment oti il lisoit à quelqu'un l'écrit dans lequel il demandait un comité de clémence pour l'aristocratie, et appelait la Convention la cour de Tibère, Fabre se mit à pleurer. Le crocodile pleure aussi. Comme Camille Desraoulins manquoit de caractère, on se servit de son orgueil. Il attaqua en rhéteur le gouvernement révolutionnaire dans toutes ses conséquences; il parla effrontément en faveur des ennemis de la Révolution, proposa pour eux un comité de clémence; se montra très inclément pour le parti populaire; attaqua, conune Hébert et Vincent, les Représentants du peuple dans les armées; comme Hébert, Vincent et Buzot, lui-même il les traita de proconsuls. Il avoit été le défenseur de linfâme Dillon, avec la même audace que montra Dillon lui-même, lorsqu'à. Maubeuge il ordonna à son armée de marcher sur Paris, et de prêter serment de fidélité au roi. 11 combattit la loi contre les Anglais ; il en reçut des remerciements en Angleterre, dans les journaux de ces temps-là. Avez-vous remarqué que tous ceux qui ont été loués dans l'Angleterre, ont ici trahi leur patrie?
Fabre, pins d'une fois, provoqua l'agrandissement des pouvoirs du comité de Salut public, soit par lui-même, soit par ses amis; nous frémîmes souvent d'un piège si méchant. Fabre espérait que nous succomberions sous le fardeau de tant d'affaires, il s'en vantait : mais le génie de la Liberté a vaincu pour nous. Celui qui parmi nous accepta toujours avec le plus de joie le pouvoir, fut Hérault, le complice de Fabre et de l'Étranger, Tout se lie : après
que Fabre eut tout fait pour nous donner une juridiction dans le dédale de laquelle il espérait nous perdre, alors il fit attaquer les opérations du gouTemement.
Alors Hérault, qui s'était placé à la tête des affaires diplomatiques, mit tout en usage pour éventer les projets du gouvernement. Par lui les délibérations les pins secrètes du comité sur les affaires étrangères étaient communiquées aux gouvernements ennemis. Il fit faire plusieurs voyages à Dubuisson, en Suisse, pour y conspirer sous le cacbet môme de la République. Nous nous rappelons qu*Hérault fut, avec dégoût, le témoin muet des travaux de ceux qui tracèrent le plan de la Constitution, dont il se fit adroitement le rapporteur déhonté.
Nous avons intercepté des lettres de Las-Casas, ambassadeur d'Espagne à Vienne, dans lesquelles il rapporte les délibérations diplomatiques do comité au temps d'Hérault.
C'était dans ce même temps qu'environné de pièges et de la responsabilité des succès de quatorze armées, une nuée d'ennemis attaqua le gouvernement, c'est-À-dire, vous attaqua vous-mêmes.
Le moment étoit favorable : l'Alsace étoit envahie ; Toulon étoit aux mains des Espagnols et des Anglais ; Perpignan menacé ; nos armées malheureuses dans le Nord, dans le Mont-Blanc, dans la Vendée^ partout enfin. Alors le parti Hébert demandait rétablissement de la Constitution, afin que dans ce chaos de dangers et d'adversités, dans cette agonie factice de la Liberté, le passage du gouvernement révolutionnaire à un régime plus faible que ses ennemis, fût le passage de la vie au tombeau. L'établissement de la Constitution fut demandé par Danton, l'ami de Fabre. En même-temps Philippeaux, ou plutôt Fabre, dont le style, l'hypocrisie, les insinuations sont reconnues facilement dans les écrits du premier, en même temps Philippeaux attaqua le gouvernement comme associé à k trahison.
Philippeaux avait autrefois écrit en faveur de Roland et de l'appel au peuple, et contre Marat. Philippeaux mit au jour, dans ces derniers temps, divers écrits, qui sont évidemment de différentes plumes. Le but de ces écrits était d'en induire la complicité du gouvernement avec ceux qui trahissaient la patrie. Philippeaux, auteur, quelques jours auparavant, d'un catéchisme ridicule, était devenu tout à coup un homme d'Etat. Philippeaux est l'âme du club du Mans, où la liberté, où la représentation nationale n'a pas un ami, où l'on a demandé votre renouvellement, où l'on a dit que vous étiez usés^ dans le temps même que le disait Hébert,
Vous avez même appris ce matin qu'une révolte avait éclaté au Mans, contre Garnier, Représentant du peuple. Cette révolte a été fomentée par ceux-là mêmes qui rédigèrent une adresse en faveur de Philippeaux. Us sont arrêtés : le Tribunal révolutionnaire va instruire cette affaire. Revenons à notre sujet.
On peut se souvenir que Fabre, en ce temps-là, ne quittait point Camille ni Philippeaux. Fabre, en même temps qu'il dirigeait ces deux personnages, était partout. Il était sans cesse au comité de Sûreté générale; il était dans les groupes, à la police, à la Commune, aux Jacobins, aux Cordeliers; il se multipliait, et dictait divers écrits; il se glissait auprès des patriotes, et il est prouvé que cet homme qui s'était efforcé d'accroître Tautorité du comité, la sapait dans chacun de ses membres. Au milieu des dangers qui environnaient la patrie, on délibérait, les soirs, sur tout ce que chacun de nous avait remarqué de contraire au bien public dans la journée. Il se trouva que Fabre disait à chacun des membres du Comité du bien d'eux-mêmes, et du mal de chaque autre compUce de Chabot. Il l'accusa lorsqu'il le sut accusé, comme Chabot accusa ses complices. Fabre s'attachait surtout à prouver que tous les complots avaient pour but de perdre Danton. La réaction de ces intrigues aurait été de renverser le gouvernement et la représentation, de ruiner les partis opposés : et que serait-il resté? Fabre et sa faction !
Maintenant il faut rapprocher d'autres faits des précédents.
L'été dernier, Hérault, cherchant des partisans, ou tâtant les esprits, dit que Lullier, procureur gêné rai du Département de Paris, avait confié qu'il existait un parti en faveur du jeune Capet, et que si le gouvernement pouvait perdre faveur et le parti arriver au degré d'iniluence nécessaire, ce serait Danton qui montrerait au peuple cet enfant.
Dans ce temps, Danton d!na souvent, rue Grange-Batelière, avec des Anglais; il dînait avec Gusman, espagnol, trois fois par semaine, et avec l'infâme Saint-Amaranthe, le Ois de Sartine, et Lacroix. C'est là que se sont faits quelques-uns des repas à cent écus par tête.
Il est clair que les partis qui voulaient établir prématurément la Constitution, celui qui attaquait le gouvernement, celui qui attaquait la Convention, celui qui corrompait^ celai qui voulait un comité de clémence, avaient tous pour objet d'amener le dégoût du régime présent, et il est évident que la royauté était celui qu'on y voulait substituer.
Qu'on examine maintenant la conduite de tous ceux dont j'ai parlé, leurs liaisons, leurs excuses toujours prêtes en faveur des hommes tarés; on reconnaît à des signes certains le parti opposé à la Révolution, et qui dissimula toujours. Que ceux dont j'ai parlé nous disent d'où vient leur fortune ; que Lacroix dise pourquoi l'été dernier il faisait acheter de l'or par un banquier.
Ceux qui depuis quatre ans ont conspiré sous le voile du patriotisme, aujourd'hui que la justice les menace, répètent ce mot de Vf^rgniaud : La Révolution est comme Saturne : elle dévorera tous ses enfants. Hébert répétait ce mot pendant son procès; il est répété par tous ceux qui tremblent et qui se voient démasqués. Non, la Révolution ne dévorera pas ses enfants, mais ses ennemis, de quelque masque impénétrable qu'ils se soient couverts!
Les conjurés qui ont péri étaient-ils les enfants de la liberté, parce qu'ils leur ressemblèrent un moment? La Révolution dévorera jusqu'au dernier ami de la tyrannie ; il ne périra pas un yéntable patriote par la justice ; elle n'immolera que les factions criminelles.
Citoyens, elles méditent chaque jour votre perte ; tous les fripons se rallient à elles. Elles s'attendaient depuis quelques jours à être démasquées. Danton, Lacroix disaient : préparons^novs à nous défendre. Ainsi Hébert déjà poursuivi par l'image de son supplice, criait il y a trois décades : on veut me perdre ; défendez-moi.
Un innocent parle-t-il de se défendre? a-t-il des pressentiments de terreur avant qu'on ait parjé de lui? Les comités ont gardé prudemment le silence, et l'opinion et le peuple accusaient avant moi ceux que j'accuse. Ils s'accusaient, ils se désignaient eux-mêmes, car nous n'avions point parlé d'eux ; ils se préparaient k demander si nous voulons détruire la représentation, parce que nous les accusons; et ceux-là nous font-ils un crime d'avoir accusé Brissot, Chabot et leurs complices? veut-on les réhabiliter ?
Soyez donc inflexibles : c'est l'indulgence qui est féroce, puisqu'elle menace la patrie.
Quand les restes de la faction d'Orléans, dévoués aujourd'hui à tous les attentats contre la patrie, n'existeront plus, vous n'aurez plus d'exemple à donner ; vous serez paisibles; l'intrigue n'abordera plus cette enceinte sacrée ; vous vous livrerez à la législation et au gouvernement; vous sonderez ses profondeurs, et vous déroberez le feu du ciel pour animer la République tiède encore, et enflammer l'amour de la patrie et de la justice : alors il ne restera plus que des patriotes ; alors sera détruite l'illusion des intrigants^
qui, depais cinq ans, ayant pris le masque de la Révolution, voudraient aujourd'hui leur faire partager leur opprobre, en faisant dire que les patriotes seront tous déhonorés les uns après les autres. Ainsi donc, parce que des lâches et des ennemis de l'humanité se sont faits prophètes, la Divinité en aurait perdu de sa gloire I parce que des hypocrites auraient usurpé la réputation du patriotisme, l'éclat du patriotisme serait obscurci ! Ceux que je dénonce n*ont jamais été patriotes, mais aristocrates adroits et plus dissimulés que ceux de Coblentz.
Toutes les réputations qui se sont écroulées étaient des réputations usurpées par l'aristocratie ou par des factions criminelles. Ceux qui nous reprochent notre sévérité, aimeraient-ils mieux que nous fussions injustes? Peu importe que le temps ait conduit des vanités diverses à Téchafaud, au cimetière^ au néant, pourvu que la liberté reste. On apprendra à devenir modeste ; on s'élancera vers la solide gloire et le solide bien, qui sont la probité obscure. Le peuple français ne perdra jamais sa réputation : la trace de la liberté et du génie ne peut être effacée dans l'univers. Opprimé dans sa vie, il opprime après lui les préjugés et les tyrans. Le monde est vide depuis les Romains; et leur mémoire le remplit, et prophétise encore la liberté.
Pour vous, après avoir aboli les factions, donnez à cette République de douces mœurs. Rétablissez dans l'état civil l'estime et le respect individuel. Français, soyez heureux et libres; aimez-vous, haïssez tous les ennemis de la République ; mais soyez en paix avec vous-mêmes. La liberté vous rappelle à la nature; et l'on voulait vous la faire abandonner ! n'avez-vous point d'épouses à chérir, d'enfants à élever? respectez -vous mutuellement. Et vous, Représentants du peuple, chargez- vous du gouvernement suprême, et que tout le monde jouisse de la liberté au lieu de gouverner. 1^ destinée de vos prédécesseurs vous avertit de terminer votre ouvrage vous-mêmes, d'être sages et de propager la justice sans courir à la renommée; semblables à l'Être suprême, qui met le monde en harmonie sans se montrer : le bien public est tout, mais pour la renommée, elle n'est rien.
Barnave fut porté en triomphe sous vos fenêtres : où est-il ?
Ceux que j'ai dénoncés n'ont jamais connu de patrie; ils se sont enrichis par des forfaits, et ce n'est point leur faute si vous existez. Il n'est point de crime qu'ils n'aient protégé, point de traître qu'ils n'aient excusé : avares, égoïstes, apologistes des vices, rhéteurs, et non pas amis de la hberté, la République est incompatible avec
eux, ils ont besoin des jouissances qui s'acquièi*ent aux dépens de Tégalité ; ils sont insatiables dlnûuence. Les rois comptent sur eux pour TOUS détruire : à quelles protestations pourriez-vous croire de la part de ceux qui, pressant la main sacrilège de Dumouriez, lui jurèrent une amitié éternelle? serment qui fut gardé : la Belgique et l'armée, vous et l'Europe, en êtes témoins.
Il 7 a donc eu une conjuration tramée depuis plusieurs années pour absorber la Révolution française dans un changement de dynastie. Les factions de Mirabeau, des Lameth, de Lafayette, de Brissot, de d'Orléans, de Dumouriez, de Carra, d'Hébert ; les factions de Chabot, de Fabre, de Danton, ont concouru progressivement à ce but par tous les moyens qui pouvaient empêcher la République de s'établir, et son gouvernement de s'affermir.
Nous avons cru ne devoir plus temporiser avec les coupables, puisque nous avons annoncé que nous détruirions toutes les factions; elles pourraient se ranimer et prendre de nouvelles forces; l'Europe semble ne plus compter que sur elles. 11 était donc instant de les détruire, aOn qu'il ne restât dans la République que le peuple et vous, et le gouvernement dont vous êtes le centre inviolable.
Les jours du crime sont passés : malheur à ceux qui soutiendraient sa cause ! La politique est démasquée. Que tout ce qui fut criminel périsse. On ne fait point de républiques avec des ménagements> mais avec la rigueur farouche, la rigueur inflexible envers tous ceux qui ont trahi. Que les complices se dénoncent en se rangeant du parti des forfaits. Ce que nous avons dit ne sera jamais perdu sur la terre. On peut arracher à la vie des hommes qui, comme nous, ont tout osé pour la vérité ; on ne peut point leur arracher les cœurs ni le tombeau hospitalier sous lequel ils se dérobent à l'esclavage et à la honte d'avoir laissé triompher les méchants.
Voici le projet de décret :
La Convention nationale, après avoir entendu le rapport de ses comités de Sûreté générale et de Salut public^ décrète d'accusation :
Camille Desmoulins, Hérault, Danton, Philippeaux, Lacroix, prévenus de complicité avec d'Orléans et Dumouriez, avec Fabre d'Ëglantine et les ennemis de la République; d'avoir trempé dans la conspiration tendante à rétablir la monarchie et à détruire la représentation nationale et le gouvernement républicain : en conséquence, elle ordonne leur mise en jugement avec Fabre d'Eglantine.
Traduction d'une lettre écrite par l'ambassadenr d'Espagne à Venise au duc de la Alcudia, du 31 juillet 1793 (1).
Monseigneur,
Votre Excellence sait déjà sans doute que le 3 de ce mois la reine de France a été séparée du Dauphin, ce qui a été fait par les chefs du parti niaratiste au nom du comité de Sûreté publique qui n'en a eu connaissance que lorsque tout a été fini, et qui n'a pas alors osé s'y opposer. Les royalistes croient qu'on a voulu par ce moyen donner plus de crédit aux intrigues de cette princesse, qui Texposent chaque jour à se perdre, malgré les conseils que l'on a tâché de lui donner, ce qui devient de plus en plus difficile, par la dureté avec laquelle elle est traitée et la contrainte dans laquelle elle se trouve, comme vous allez le voir. — La Commune de Paris prétend qu*un agent du prince de Cobourg a des intelligences avec la reine, que Danton et Lacroix qui étaient du parti de la Montagne sont devenus Girondins et ont eu des conférences avec Sa Majesté, que ledit agent est neveu du général Ferraris, qu'il vient à Paris et s'en retourne à pied de peur d'être reconnu et qu'il partit le 7 dans la nuit en emportant des lettres de la reine ; avant qu'il les reçut, elles durent passer par les mains du commissaire du Temple à qui on croyait pouvoir se fier; mais ce coquin les porta à la Commune qui les fit* copier. C'est avec ces pièces que la Commune veut se déclarer accusatrice, et former un acte d'accusation composé de il articles. Cette situation critique ne fait pas moins trembler que la suppression du comité de Sûreté publique et son renouvellement : neuf des principaux chefs maratistes en sont les membres, Marat lui-même est président, Robespierre secrétaire. On espère cependant qu'il s'y trouve un espion royaliste déguisé sous le masque maratiste. Ces scélérats sont connus. On peut s'attendre à tout de leur part. Cette idée seule fait frémir. J'ai déjà mandé à Votre Excellence, le 17 do courant, qu'il était arrivé un courrier à Paris
(1) Archives nationales, cartons du Tribunal révolutionnaire, W, 342, p. 648.
~4fl7 ~
annonçant la prise de Nantes par l'armée de Gaston. Cette nouvelle est contredite par les lettres écrites de Paris le 13, et Ton craint que les royalistes, se voyant maîtres des faubourgs, et que les combats qui se donnaient dans les rues de la ville étaient à leur avantage, ne se soient trop tôt flattés d'une victoire complète.
Gustine a été bien battu le 3. Le 8 les détails n'en étaient pas encore sus à Paris, ob la Gommune les tenait cacbés. Elle paraissait au moins fort triste, n en a été de même des nouvelles reçues de Wimpfen. Il a porté ses avant-postes jusqu'à la ville de Gaen, et a pris plusieurs chevaux de remonte qui étaient destinés pour les hussards patriotes. Le comité qui s'assemblait à Bagatelle, avait résolu de prendre tous les moyens possibles pour faire consentir le peuple à ce que la Gonvention ait des vacances, mais en même temps restât à Paris, pour recevoir ce que le comité de Sûreté publique, le pouvoir exécutif, le Département et la Gommune pourraient lui présenter.
La Gommune s'est fortement opposée à ce projet, qui ne s'est point effectué.
Je ne sais comment ils peuvent trouver des généraux. Si leurs troupes éprouvent quelque échec, ils les font aussitôt comparaître à la barre de la Gonvention, leur demandent compte de leur conduite, et finissent par les décréter d'accusation. Gustine, Biron, Westermann et Sandoz sont dans ce cas, mais ils n'obéiront vraisemblablement pas aux ordres qui les mandent à la barre.
La réunion des Marseillais et des Lyonnais n'est pas encore certaine, en général ces armées sont pour la République, mais comme la plus grande partie de leurs chefs sont royalistes, on n'a rien à craindre du soldat, qui se laissera aisément persuader et fera tout ce que les généraux voudront.
J'ai déjà rendu compte à Votre Excellence de la liberté que j'ai prise, croyant bien faire, de donner avis à tous les inquisiteurs d'Etat de Tarrivée prochaine de Sémonville. On n'a vu ni lui, ni ses compagnons ; d'après les ordres rigoureux qui ont été donnés, ils ne pourront passer par aucune ville de cet Etat. Je viens d'apprendre qu'il avait pour 2 millions de diamants appartenant à la couronne. Le général Salis, qui le sait et qui a beaucoup d'influence, en a instruit ses plus affectionnés serviteurs, en leur indiquant les routes détournées par lesquelles il pourrait passer. Il a ordonné de lui enlever ses diamants et ses papiers. L'archiduc de Blilan coopérera de son côté à la réussite de ce bon coup.
Sainte-Groix a écrit de Gonstanlinople à la Convention. Je vous
ai déjà £Biit part de sa situation dans cette capitale, et qae les ministres d'Autriche et de Russie lui faisaient une guerre très vive, mais que celui d'Angleterre le protégeait et avait contribué à le faire rester. C'est son intime ami, jacobin d'inclination, et qui fait tout ce qu'il peut pour brouiller La Porte avec les cours de Vienne et de Pétersbourg.
Signé : Clemeitte de Gampos.
On vient de m'assurer que Marat avait été tué par une femme de vingt-deux ans.
Copie de la lettre de M. de Las Casas, ambassadeur d'Espagne près la République de Venise, adressée au citoyen Hénin à Constantinople (1).
Cher ennemi, je vous écrivis à Ragnse, au nom que vous deviez y avoir, je ne sais si vous y avez reçu ma lettre. Vous aviez promis en nous quittant de me donner de vos nouvelles, vous n'en avez rien fait Votre cœur ne peut pas s'éloigner du mien, et j'attribue ce silence aux considérations de la situation : aucune n'empêchera de vous dire ce qui peut vous être personnellement utile de savoir. Sachez donc que dans un Comité de matadors tenu le XX septembre, Forgues consulté sur ce qu'il espérait des intelligences étrangères, dit que les moyens s'affaiblissaient chaque jour, soit parce que les moyens de payer les agents en numéraire devenaient chaque jour plus difficiles, soit parce que les gens employés au dehors volaient les fonds, au lieu de les employer. Que Mackau, Flotte, Tilly, Hénin, Jacob, No6i étaient spécialement dans ce cas-là, qu'il n'y avait peut-être que deux vrais serviteurs de la République, Bar-
Ci) Archives nationales, W, 342, d. 648. — Pièce jointe à in dipééhe du 42 novembre 1793^ no 30, adressée au ministre par le citoyen Afintn.
— il» —
thelmi et Sonlavie. Le dernier avec du zèle sans talent, le premier
avec talent, génie, zèle ; qu'il loi devait la décoayerte de
(cela ne vous regarde pas, donc silence), que les agents à fomeni^
les troubles d'Irlande (cela ne tous regarde pas non plus),
que malgré les friponneries de Hénin, il lui devait la justice de dire qu'il servait fort bien à Gonstantinople, qu'il j était écouté des ministres et avait un parti dans le Divan, qu'il battait la plus hardie des entreprises dans les pratiques qu'il se ménageait dans les deux corps des Janissaires et des Tœpelins, qu'il était puissamment secondé par le drogman Fouteriy qui mettait en langue turque toutes les instructions qu'il voulait faire glisser dans la milice; que son travail lui paraissait important, qu'il pressait de délibérer, si malgré ses friponneries, il n'était pas convenable de l'employer sans se
plaindre de ses procédés Le Comité délibéra 1** etc. ;
2® etc. (cela ne vous regarde pas) ; 3** la continuité du travail d'Hénin, mais en portant au Tribunal révolutionnaire une dénonce secrète autorisée par le Comité sur les plaintes pour y valoir en tant que besoin. .... Il remet à délibérer sur le reste des
propositions du ministre Après cela, Henriot entra et dit
(cela ne vous regarde pas), etc.
Ceci est tiré, mon ami, d'un protocole secret de vos plus secrètes afifaires, écrit jour pour jour. Comptez sur la vérité des faits. D'ailleurs, vous n'avez qu'à remonter aux dates et examiner si votre fait se trouve juste, dans ce qui regarde les affaires. Pour le reste, les coquins ne voient que leurs pareils partout et quand même vous voleriez ces gens-là, vous feriez ce qu'il y a de mieux à faire, puisque vous êtes embarqué avec eux : mais réÛéchissez, vous voyez que vous êtes suspect, que sans nul doute on vous enverrait à la guillotine si on vous tenait; on vous emploie ainsi que vous le désirez, mais avec défiance. Mon ami, revenez à la marche que vous auriez dû toujours tenir, vous vous jouez avec ces gens-là, avec des tisons enflammés, et vous vous jetterez tût ou tard sous la guillotine; personne ne vous plaindra que moi, qui vous aime et rends justice à la droiture de votre cœur, qui a été peut-être forcé à marcher contre son vœu. Croyez que mieux vous ferez votre place, plus vous risquerez; c'est un moyen adopté par des gens opposés i votre parti que de faire dénoncer par leurs agents secrets les patriotes qu'ils veulent perdre, et le Comité révolutionnaire devenant à chaque instant plus féroce, jamais dénonce n'y est vaine.
Custine ne devait pas mourir d'après votre justice. Il y a des moyens qui font frémir; on Ae peut pas tout vous dire. Je me crois
quelquefois au fond de Tenfer, d*après les choses qui viennent à ma connaissance, et que Tagitation, la rage font naître et aller.
Sachez d'ailleurs que les amis de Sémonville ne veulent pas à Constantin ople d'aucun de vous autres qui y êtes, et qu*ils pressent pour qu*on y envoie un homme hahile pour y suivre ses plans et projets ; tous ses moyens, réflexions et plans se trouvent en double à Paris. Le dépôt est connu de mes amis.
J'ai dit, je désire d'avoir dit assez pour vous être utile, répondez ce que vous voudrez, mon adresse est sous enveloppe de MM. Smitmer frères, qui sont des banquiers d'ici.
Adieu, je vous embrasse.
Vienne, 13 octobre 93.