TROISIÈME FAIT
Je me présentai à la Commission des Cinq, où je trouvai tout le monde tellement pour les administrateurs et contre mon amendement, qu'il n'y eut rien d'arrêté, et que je n'y remis plus les pieds, les avertissant bien que je les attendsds à la tribune.
QUATBIÈME FAIT.
Quelques jours après mon apparition unique à la Commission des Cinq, me trouvant à la Convention, Chabot m'appela et me mena dans la salle de la Liberté. Là, il me dit : « Voici le nouveau « projet de décret (bien projet de décret, bien intitulé projet en a toutes lettres) (i) ; voici^ dit-il, le nouveau projet, c'est Delaunay « qui l'a rédigé ; il n'a pas vonlu te le présenter, il craint, tu l'as « combattu avec tant d'acharnement, qu'il est comme fâché, enfin « il craint, et je me suis chargé de te le communiquer et de te dire « de le corriger si tu ne le trouves pas bien, afin d'éviter les dis- « putes. » Je lis le projet, et bientôt je m'aperçois qu'au moyen de cette rédaction, les administrateurs de la Compagnie des Indes pouvaient se rattacher de nouveau à leur proie et en écarter le gouvernement. Je me récriai avec force en disant que je voyais bien le piège. Sur quoi Chabot me dit : « Eh bien ! corrige, cora Tige, je ne suis venu que pour cela, quant à moi, je n'y tiens « pas du tout, corrige, exprime ton opinion, et je la communi- « querai ; » effectivement je pris sur-le-champ mon crayon, j'effaçai du projet de Delaunay tout ce que je crus être en faveur des
(1) V. les pièces originales.
administrateurs, et j'écrivis en marge mes idées de manière à imprimer mon opinion au projet, laquelle était toujours que les administrateurs ne pussent pas éluder la main du gouvernement; cela fait je signai le projet au crayon avec paraphe à chaque correction, de peur qu'on ne doutât que ce ne fut bien là mon opinion, et je renvoyai ainsi le tout à Delaunay et à mes collègues. Chabot reprit le projet et s'en alla. Il est à observer qu'il manifesta à cet égard une indifférence très marquée et un détachement complet.
Voilà ce que le comité de Sûreté générale appelle le décret original qui devait être remis au secrétaire pour y apposer Vcxpediatur. A Dieu ne plaise que si c'eût été là un décret, j'y eusse aussi franchement, cordialement et au crayon, ex abrupto, apposé mes idées et paraphé^ ne varietur, chacune d'elles! Mais moi, membre de la Commission, chargée de se concerter pour une nouvelle rédaction, à laquelle Commission j'étais précisément adjoint pour attacher mes idées à la rédaction nouvelle ; moi requis eipressément par un membre de cette Commission et en son nom, tenant le projet de décret en main, bien projet, bien intitulé projet : requis, dis-je, de donner mon avis et ma signature, j'ai, sans contredit, eu le droit de donner cet avis, et le devoir à remplir de ne signer qu'après l'avoir bien sincèrement donné. Or, ce n'est point bien certainement là falsifier un décret, mais bien rectifier selon ma conscience un projet rédigé par Delaunay, sur lequel un membre de la Commission requiert mon opinion conciliatoire. Ce n'est point là une falsification^ mais bien un acte de bonne foi et de bon citoyen, mais bien opiner isolément comme les députés le pratiquent tous les jours en pareil cas, sur une maliôre dont la Convention m'avait investi. Je reviendrai sur ce fait.