‹ Le procès des Dantonistes, d'après les documents, précédé d'une introduction historique. Recherches pour servir à l'histoire de la révolution françaiseChapitre 6 sur 43 · UNE FOULE DE TÉMOINS A PRODUIRE CONTRE EUX, ET QUI TOUS · texte numérisé non relu

UNE FOULE DE TÉMOINS A PRODUIRE CONTRE EUX, ET QUI TOUS

(1) Moniteur, no 196, 16 germinal an II (1794).

(2) En tête de la copie de cette lettre, remise à la CommÎBsion des ViDgt-et-un par Fouquier-TiniriUe lors de son procès, on lit, écrit de sa main: «J'atteste que cette lettre a été écrite par moi dans le cours des débats, et que je n*en ai écrite aucune autre dans le cours de cette affaire, qu'ainsi, l'exposé dd décret est faux. A.-Q. Fouquier. » — Archives nationales, F. 4436.

(3) Procès-verbal cTnttdience, Archives nationales (Pièce d» 13).

TENDAIENT A LES CONFONDRE, MAIS QU'eN SE CONFORMANT AUX ORDRES DE L'ASSEMBLÉE, IL S' ABSTIENDRAIT DE FAIRE ENTENDRE TOUS CES TÉMOINS, ET QU'eUX^ ACCUSÉS, NE DEVAIENT POINT COMPTER DE FAIRE ENTENDRE LES LEURS; QU'iLS NE SERAIENT JUGÉS QUE SUR DES PREUVES ÉCRITES, ET N'AVAIENT A SE DÉ- FENDRE QUE CONTRE CE GENRE DE PREUVES (Bulletin du Tribunal révolutionnaire).

On se rappelle quelles étaient ces preuves écrites pour Fabre d'Eglantine, Hérault de Sécbelles et Philippeaux?... Des faux en écritures publiques perpétrés par le Tribunal lai-même !

Le Bulletin porte, en outre, qu'au commencement de la séance, Danton et Lacroix avaient renouvelé leurs indécences, en réclamant l'audition de leurs témoins; mais le procès-verbal d'aadience ne mentionne pas ce fait à ce moment, et la déposition de Thirion, député, le dément formellement (1).

L'accusateur rendit ensuite compte des tentatives faites dans les prisons, par le général Dillon, pour mettre les détenus en insurrection^ et des sommes répandues dans le public pour sauver les accusés. C'est alors que le nom de Lucile ayant été prononcé, le malheureux Camille s'écria : « Les scélérats! non contents de m'assassiner, ils veulent encore assassiner ma femme!,... »

En efTet, des membres du comité de Salut public avaient, la veille même de ce jour, signé Tordre d'arrestation, et, peu de temps après, la tête de Lucile tombait sous le couteau.

Reprenant alors le cours des débats, l'accusateur interpella deux prévenus dont on avait oublié de s'occuper jusqu'alors, Emmanuel et Junius Frey; ce remplissage ne mérite pas l'attention de l'histoire.

Cependant, Danton et Lacroix persistant à vouloir achever lenr défense, le président donna lecture du décret du 7 bru- Ci) V. les pièces n®* 25 et 26.

maire an II, qui autorisait le Tribunal à demander au jury s'il était suffisamment ôclairéi quand une affaire avait duré plus de trois jours, et il invita les jurés à faire leur déclaration à cet égard. Ceux-ci se retirèrent pour délibérer, et rentrèrent^ après un temps assez long, pour déclarer quïls étaient suffisamment instruits et en état de rendre leur verdict.

(( — Les jurés étant satisfaits, les débats sont clos», dit le président.

(( — Clos, répliqua Danton^ comment cela? Ils n'ont pas encore commencé! Vous n*avez. point lu de pièces! point entendu de témoins I »

D'après le Bulletin, les accusés Danton et Lacroix auraient alors crié à l'injustice et à la tyrannie :

(( Nous allons être jugés sans être entendus », auraient-ils dit : « Point de délibération, nous avons assez vécu pour nous endormir dans le sein de la gloire, que l'on nous conduise à l'échafaud ! »

Enfin, Camille Desmoulins, qui avait écrit dans sa prison une énergique réfutation des menteries de Saint-Just, voyant qu'elle ne serait point entendue, l'aurait froissée dans ses mains avec fureur et lancée à la face des juges (1).

A l'instant, l'accusateur public exposa que l'indécence avec laquelle les prévenus s'étaient défendus dans le cours des débats, les brocards, les blasphèmes même^ qu'ik avaient eu rimpudeur de proférer devant le Tribunal, devaient le déterminer à prendre des mesures proportionnées à la gravité des circonstances ; il requit, en conséquence, et le Tribunal ordonna que les questions seraient posées au jury, et 1^ jugement à intervenir prononcé en l'absence des accusés (2).

(i) Celte pièce a été ramassée et remise à la famille Duplessis; M. MattoD, parent de Camille, Ta intégralement publiée dans ses Œuvres.

(2) Procès-verbal d'audience, pièce no 13.

Et, de saite, le président soumit les deux questions sui* vantes aux jurés :

« Il a existé une conspiration tendant à rétablir la monarchie, à détruire la représentation nationale et le gouvernement républicain; Lacroix, Danton, Desmoulins, Philippeaux, Hérault de Séchelles et Westermann sont-ils convaincus d'avoir trempé dans cette conspiration? — Il a existé une conspiration tendant à diffamer et à avilir la représentation nationale ; Fabre d'Eglantine, Delaunay (d'Angers)^ Gbabot, Bazire, d'Espagnac, Gusman^ Lullier, Junius Frey, Emmanuel Frey et Deisderichen sont-ils convaincus d'avoir trempé dans cette conspiration? »

Le jury se retira pour délibérer, et, après être rentré dans la salle d'audience, il fit sa déclaration à baute voix et individuellement.

Sa réponse fut affirmative, et il rendit un verdict de culpabilité pour tous les accusés, à ^exception de Lullier»

L'accusateur public présenta ses conclusions sur l'application de la peine; le président rendit l'ordonnance d'acquit de Lullier, et, en l'absence des autres accusés, après que le Tribunal eût opiné à baute voix, il prononça la sentence qui les condamnait tous à la peine de mort^ et ordonna que le jugement leur serait notifié entre les deux* guichets de la prison (1).

L'arrêt fut exécuté sur-le-champ.

Des voitures attendaient dans la cour de la Conciergerie, avec une force armée considérable^ depuis longtemps apostée (â). Les accusés passèrent de la salle d'audience dans celle des condamnés, où le greffier essaya de lire le jugement (3), pendant que les aides-bourreaux les préparaient au supplice ; puis ils furent enlevés et décapités.

(1) Voir la pièce n® 14.

(2) Archives nationales.

(3) Voir la pièce b9 23.

Ainsi finirent les Vieux-Cordeliers....

L'aurore de 89 les avait trouvés debout, résolus à vivre libres ouàmourir, et, jusqu'à leur dernier soupir^ ils n'avsdent cessé de conspirer pour la patrie et la liberté.

Une exécrable intrigue les fit disparaître en un jour, dans la plénitude de leur dévouement, de leur vigueur et de leur talent ! Et comme ils l'avaient pressenti avant de mourir, la République, frappée au cœur par cet abominable attentat, mit, avec eux, un pied dans la tombe.

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