‹ Le procès des Dantonistes, d'après les documents, précédé d'une introduction historique. Recherches pour servir à l'histoire de la révolution françaiseChapitre 9 sur 43 · DE LACROIX · texte numérisé non relu

DE LACROIX

« Ls dire d'un homme en place,

« n commande une armée de brigands, de scélérats et de poltrons. La France est perdue ; l'armée ne peut plus se rallier. Les places-frontières sont dénuées de moyens de défense. Si dix mille Prussiens se présentaient devant Dunkerque, Lille ou Valenciennes, elles sont perdues. Il est sûr qu'elles manquent de tous moyens de défense.

« Les insurrections du dedans sont horribles; elles croîtront encore. C'est pour cela qu'il se rapproche des frontières.

« 11 a dit aussi à une autre personne, que c'était l'état du dedans qui le forçait à se rapprocher des frontières.

a II n'y a plus qu'un moyen de sauver la France : c'est un accommodement quelconque avec les puissances étrangères.

(1) Dubuisson, Proly et Pereyra. — R.

(2) Archives nationales, papiers saisis chez Lacroix, lors de son arrestation, et conservés dans les cartons des Tribunaux révolutionnaires.

Les conférences de Proly, Pereyra et Dubuisson avec Dumouriez eurent lieu les 26, 27 et 28 mars 1793, et le procès-verbal n'en put être communiqué au Comité de défense générale et à la Convention qu'ultérieurement. — R.

(3) Extraite du Rapport des citoyens Delacroix^ Gossuin^ Danton, Merlin {de Douai) y TreiUiard, Robert, membres de la Convention nationale et nommés par elle commissaires près Varmée et dans les pays de la Belgique, de Liège, etc, pages 149, 150 et 151.

La copie de cette note fut envoyée à Danton, par Lacroix, en même temps qu*il en communiquait Toriginai à ses collègues de la Commission de Belgique : Goguet était uo patriote éprouvé, lieutenantcolonel d*un bataillon de volontaires à Tarmée d'occupation de la Belgique et commandant temporaire de Bruxelles. — R.

« Ld qaiti^e du mois prochain, il prédit qa*il n'y aura plus de DUméraite. Sans la vertu, point de succès. t.a France est un peupie de fous^ d'enragés, conduits par des brigands auxquels les as&assinats ne coûtent rien. Il faut, de force ou de gré, que cela finisse, que les honnêtes gens se rallient ; autrement, tout est possible et la France est perdue.

« Lorsqu'il a voulu traiter avec l'Angleterre et avec la Prusse, on lui a répondu que l'on traiterait volontiers avec la nation et avec lui, mais qu'on ne voulait pas traiter avec la Convention ou le Conseil exécutif, en qui l'on n'avait aucune confiance.

n La Convention perdrait tout, si les honnêtes gens ne se ralliaient pour la faire finir ; il faut qu'elle unisse, ou tout est perdu. D'ailleurs, elle a rendu le peuple juge d'un plan de constitution, il faut que les assemblées primaires l'effectuent et que l'on renvoie tous les conventionnels chez eux.

a II faut une révolution dans la Révolution ^ pour bien sauver la France ; et c'est lui qui se charge de la sauver. Il y perdra sa tête s'il le faut, mais il a pris son parti (il l'a pris décidément : il avait la voix moins tremblante, Tair plus assuré, plus audacieux qu'à Bruxelles, dans une conversation du même genre dont on se rappelle peut-être) (1). Il bravera dix décrets d'accusation s'il le faut, mais il veut sauver son pays qui est à deux doigts de sa perte. 11 y a une guerre à mort entre les Jacobins et lui ; il faut qu'il périsse, ou qu'on rase tous les Jacobins, et qu'on sème du sel sur leur emplacement.

<f II a répété qu'il fallait une révolution dans la Révolution, il n'en voyait pas bien le moyen d'exécution, mais il fallait une révolution (Ecoutez bien ceci). Cette Constitution de 90^ dont nous étions idolâtres, il faudra peutr-être la reprendre : nous l'aimions tant ! D'ailleurs, il faut absolument la paix avec les puissances étrangères *, nous sommes perdus si nous continuons la guerre. Des volontaires 1 un tas de poltrons, de scélérats à qui il a distribué quatre-cents coups de plat de sabre, et en a fart donner autant par ses aides de camp et ses ordonnances; que si la France devait rester avec une Constitution telle qu'elle a, il quitterait le service. Remarquez qu'il n y a plus d'ordre de bataille ; on ne connaît plus les brigades. Quand un soldat va demander son bataillon à l'étatmajor, on lui répond qu'on ne sait où il est; et quand il s'égare

(1) « On ignore à quoi ceci fait allusion, les commissaires de la Convention n'ont jamais vu Du mouriez à Bruxelles. » [Note des Rappot*' teurs.)

sur la route et s'en retourne épuisé de fatigue et d'inanition, on le traite de lâche, on lui donne des coups de plat de sablée, et quand il entre chez le paysan pour prendre la subsistance qui lui manque, on crie : rasez-le. Il devient impossible de garder toute sa liberté. 11 ne s'agit pas ici de disputer sur le plus ou le moins, il faut la garder. Heureux si nous ea venons à bout. Mais pour cela il faudrait faire des sacrifices, peut-être grands.

« L*homme, ce jour, dînait à Tournay, sur la place^ chez l'Egalité. La sœur de l'Egalité y dînait aussi. Un domestique» en sortant de l'appartement oh ils étaient à table en petit comité, dit devant l'observateur : Dumouriez s'échauffe] diable ! comme il faU Vamowr! Que de choses disait cet homme sans s'en douter !

ce Qu'on remarque la désorganisation volontaire dans laquelle on tient l'armée; qu'on examine les circonstances et qu'on jege. Nous n'avons rien gagné peut-être en perdant Lafayette* »

Quant à la détermination prise par Lacroix d'arrêter Dumouriez à Tournay» les pièced suivantes» extraites des Archives nationales^ la lœttent hors de conteste :

LETraE DE GOSSUm, MERLIN (dE BOUAl), ET ROBERT, COMMISSAIRES DE LA CONVENTION DANS LA BELGIQOE, AU CITOTEN LACROIX, REPRÉSEN- TANT DC PEUPLE :

« Paris, 12 Juin, Tan II de la République.

c Lasonrce t'a accusé, à la tribune de la GoEiveintioift, d'être }t complice de la trahison de Dumourie2. Il t*a calomnié. Il est de notre devoir de rendre hommage à la vérité» Nous décflâroos à la République entière, qn*après notre rénanion à Lille, qui s'est opérée le 25 mars dernier, tu aSy k premieTf oueert Vavis de siispendre ïhtmourieZy de le mettre en état d^arrestatùmy de le faire traduire à la harrcy d'allef td-^éme le faire arrêter à la tête de son armée et ée lui brûler la ceroelk, s'il osait résister à Vautorité de la Convention nationale. Le rapport imprimé de notre mission de la Belgique te justifie suffisamment

« GossuiN, Merlin {ùir EhmAi), Robert. »

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