DEUXIÈME PAIT
Danton et ses coaccusés, comme on l'a déjà dit, avaient été mis en jugement le 14 germinal.
Aucune pièce, aucun témoin n'avaient été produits contre eux. Le citoyen Cambon seul, qui avait été assigné pour déposer dans l'affaire de Chabot, fut interpellé par Danton, de déclarer s'il savait pourquoi on les avait envoyés au Tribunal ; s'il croyait que Camille et lui soient des conspirateurs, des contre-révolutionnaires, ainsi que le faquin SainIrJust (c'est l'expression qu'il employa), s'était efforcé de le faire croire, en entassant mensonges sur mensonges, absurdités sur absurdités dans le rapport qu'il avait fait à la Convention, et qui était la seule pièce qu'on produisait contre eux. Cambon lui répondit « qu'il était bien éloigné de les croire tels; « qu'il les regardait au contraire comme d'excellents citoyens», et fit de leur patriotisme, de leurs vertus civiques et des services qu'ils avaient rendus à leur patrie, notamment lui, Danton, ainsi que ses compagnons d'infortune, un tableau si intéressant, si vrai, si touchant, que le Peuple en fut émn à un tel point, que le Tribunal parut inquiet.
C'est alors qae Danton, qui ignorait encore le véritable motif de sa tradaetion an Tribnnal, demanda à faire entendre seize témoînsy dont il donna la liste nominative à Taccnsatenr public : c'étaient seize députés (1).
Le lendemain, quinze, à Tonvertare de la séance, il demanda & l'accasateur public, s'il avait fait citer les témoins qn'il loi avait indiqnés.
L'accusateur public lui répondit que ne pouvant de son chef faire citer les témoins, il avait fait part de sa demande la veille, à dix heures du soir, au comité de Salut public, auquel, lui ajoutai-ii, il avait représenté que la loi, la justice et l'humanité, accordant à tout prévenu la faculté de faire entendre en sa faveur les témoins qu'ils jugeront à propos, il attendait la décision de ee Gomité.
Danton parla avec beaucoup de chaleur sur cette conduite de Taecusateur public, qui, au mépris de tous les principes, allait demander aux comités de Salut pnblic et de Sûreté générale, composés de presque tous ses ennemis, la permission de faire assigner les témoins indiqués par lui, lorsque la loi lui accordait cette foculté. Il se plaignit vivement de ces mêmes comités, dont il inculpa gravement et nominativement plusieurs membres (2), et déclara qu'il appellerait au Peuple entier du refus qu'on lui faisait de faire entendre les témoins qu'il avait indiqués : voilà ce qu'on a ensuite appelé une révolte.
La décision des Comités n'arrivait point, elle ne devait point arriver (3). Le Tribunal, inquiet des murmures du Peuple, qui demandait à grands cris qu'on fît entendre les témoins indiqués par Danton, l'accusateur public écrivit sur-le-champ aux comités ponr
(t) Simon, Gossnin, Legendre de Paris, Fréron, Panis, Liudet, Gallon, Merlin de Douai, Courtois, Laignelot, Robert Lindet, Robio, Goupilleau, de Moutaigu, Lecointre de Versailles^ Brival et Merlin de Thionville.
(2) Robespierre, Couthon, Saint-Jast, Barère et Billaud, du comité de Salat public ; Amar, Voulant [sic] et Vadier, du comité de Sûreté générale, surtout ce dernier.
(3^ Fouquier-Tinville a dit à Pélagie, en fructidor, en présence d*ane foule de personnes^ en la mienne, que, malgré tout ce qu'il avait pu dire aux comités en faveur des accusés, ils lui avaient défendu expressément, dans la soirée du 14, de faire entendre aucun témoin en leur faveur^ et qu'il n'avait écrit la lettre citée dans son mémoire^ aux comités de Salut publie et de Sûreté générale^ que pour satisfaire les Accusés et le Peuple qui prenait hautement le parti de ceux-ci.
leur renooyeler la demande qu'il disait lear avoir faite la veille au soir : il donna lecture de sa lettre aux Accusés et au Peuple.
Quel effet va produire cette lettre?... Certes, nul homme sur la terre ne peut le prévoir... Lecteur, si tu n'es pas un méchant homme, suspends toutes les facultés de ton âme : écoute et frémis d'horreur!...
Saint-Jast se présente à la trihune (i) avec son cœur de fer. Là, prenant le ton le plus somhre, au nom des comités de Salut public et de Sûreté générale, et en présence des membres de ces deux Comités, il dit : « ... L'accusateur public du Tribunal Révolutionnaire « nous a mandé que la révolte des coupables avait fait suspendre « les débats de la Justice... La révolte des accusés aux pieds de la « Justice nous explique le secret de leur conscience... Ceux qui « n'ont fait ane révolution qu'en faveur d'une dynastie nouvelle... « qui comptent sur l'aristocratie avec laquelle ils ont marché de- « puis plusieurs années... appellent sur le Peuple la vengeance du « crime... Us se vantent des démarches faites en leur faveur... La a femme de Camille Desmoalins a touché de l'argent pour exciter « un mouvement, pour assassiner le Tribunal Révolutionnaire, les tt Patriotes, etc.. En ce moment, on conspire dans les prisons en « leur faveur... n Enfin, après avoir entassé mensonges sur mensonges, ce génie infernal, cet Armane de la Convention, propose de décréter que tout prévenu de conspiration qui résistera ou insultera à la justice nationale, sera mis hors des débats et jugé surle-champ ; ce quiy dans la circonstance, équivalait à peu près à un mi$ hors de la loi.
Billaud, dont le rôle était concerté avec celui de son infâme collègue, craignant que quelques membres de la Convention ne demandassent la lecture et la représentation de la lettre annoncée, ce qui aurait à l'instant même découvert l'affreuse perfidie que ces misérables employaient pour étouffer la voix de leurs victimes, leurOter toute espèce de moyens de se justifier et de les confondre, et les fjBdre traîner à l'échafaud, sans qu'elles soient entendues; annonce une autre lettre qu'il dit avoir été adressée au comité de Salut public, et contenant les détails d'une dénonciation faite à l'Administration de police par n^ nommé Laflotte (2), détenu au Luxem-
(1) C'était le 15 germinal, à midi.
(2) On observe, et il ne faut pas perdre cela de vue : que ce M. Laflotte, ex-ooble et ministre du dernier tyran à Florence, avait été envoyé
bonite, par laqaelJe ce M. Laflotte disait : <c Qae les préreDiis de- « yaient refaser de répondre aa Tribcmal, jusqu'à ce qnllft fussent a en présence des membres du Comité... Qu'nne émeute popolaire « devait accompagner ce jugement... Que la femme Desmonlins
quelques Jours seulement ayant sa dénonciation, an Luxembourg^ et qu'il fut mis en liberté immédiatement après Tavoir faite.
Dans cette dénonciation d*une prétendue conspiration de prison, ce M. Laflotte y avait aggloméré )e citoyen Scbeifer^ médecin, alors déteno au Luxembourg, qu'il accusait de complicité avec Simon, Dilion et autres et pour établir la preuve de cette complicité, il articulait comme fait positif, que Srheffer jouait fréquemment et jouait un jeu considérable avec Simon, Dilion et antres, dans la cbambre de ce dernier.
Scbeffer n'avait pas été mis en jugement dans la fournée de Simon^ il le fut dans une autre, quelque temps après; il manda au Tribunal ton dénonciateur, M. Laflotte, et en présence du peuple assemblé, il le convainquit dMmposture et de faux témoignage sur tous les points de sa dénonciation. « Vous m'accusez, s'écriait ce respectable vieillard, d'avoir conspiré avec des hommes que je n'ai point vu conspirer, et pour le prouver, vous dites que je jouais babitaellement avec eux et que je jouais gros jeu.... vil et lâche imposteur!.... vous affirmei ce fait, et non seulement je ne jouais pas avec eux, mais encore, c'est que je n'ai jamais joué de ma vie avec qui que ce soit, c'est vous, misérable, oui, voos-m6me, remarques bien ceci, citoyens Juges et jurés, qui avez joué journellement avec eux, et J'ai été souvent témoin des pertes considérables que vous avez faites et de l'humeur violente qu'elles vous donnaient contre eux : osez nier ce fait, malheureux!... « Laflotte accablé par l'ascendant irrésistible de la vérité et le courage de sa victime, ne put nier, il balbutia, convint de ce fkît... Son imposture et ses calomnies parurent tellement évidentes, que le peuple, le Tribunal entier et les jurés, ne purent s'empêcher de manifester leur profonde indignation de la manière la plus éclatante... aussi, sur le réquisitoire du substitut de l'accusatenr public (Naulin), il fut à Pinstant même décerné un mandat d'arrêt contre lui et envoyé à la Coociergerie, pour son procès lui être fait comme à un faux dénonciateur, à un faux témoin.... Ce n'est pas tout, en allante la Conciergerie, Laflotte s'efforça de corrompre le gendarme qui le conduisait; il lui offrit sa montre et une bague de prix, pour l'engager à porter sur-Ie-cbamp un mot de lettre et une clef à sa femme... (qu'on réfléchisse un Instant sur le motif pressant de l'envoi de cette clef) !... Le gendarme fit semblant de se prêter aux désirs du séducteur, il prend la montre, la bague, la lettre et la clef qu'il lui donne et apporte le tout au TribunaL Tous ces objets sont joints aux pièces qui devaient servir à l'instruction de son procès et déposés au greffe. Le 9 thermidor arrive, M. Laflotte se dit être nue des victimes de Robespierre, et comme tel, il est mis en liberté!... Et voilà l'homme sur la dénonciation duquel, Danton, Camille et autres furent lancés à l'échafaud, avec la rapidité de la foudre!... et voilà l'homme, sur la dénonciation duquel la jeune et intéressante femme de l'infortuné Camille et une foule d'autres, furent
V avait même reça 3,000 liy. pour payer les gens qui devaient « entourer le Palais de Justice, pour exciter un mouvement, assas- « siner le Tribunal Révolutionnaire, les patriotes, etc., etc. (1) »
Une jeune femme de dix -huit ans, aussi modeste que timide, que la nature s'était plu à embellir de ses dons les plus touchants et les plus brillants^ transformée tout à coup en conspirateur audacieux, en chef de parti, en Gatilina, qui, avec 3,000 liv., devait soulever le peuple, faire assassiner le Tribunal Révolutionnaire, les patriotes, s'emparer des comités de Salut public et de Sûreté générale, en faire égorger les membres... Et on a pu croire à de pareilles absurdités!... Jeune infortunée! par cette insidieuse perfidie, un te proscrivait déjà; ta tête charmante devait tomber sous le fer assassin que ces Cannibales affreux aiguisaient dès lors contre toi I...
La Convention nationale, indignement trompée par Fabus de confiance le plus épouvantable et le plus audacieux qui se soit peutêtre jamais commis chez aucun peuple du monde, rendit le fatal décret, et Robespierre, haletant de boire le sang de ses victimes, demanda que le décret soit expédié et porté sur-le-champ au Tribunal, ce qui fut ordonné.
C'est ainsi que le cruel Saint-Just, le funèbre Billaud, pour couronner, l'un, son rapport du 14 germinal^ œuvre de ténèbres, de mensonge et de crime; et l'antre, le roman diabolique de l'existence prétendue des preuves matérielles, annoncées par lui à la tribune de la société Jacobins^ dans sa séance du même jour 11 germinal, arrachèrent ce décret à la Convention, et portèrent le dernier coap à leurs victimes et à celles de leurs complices.
Vadier, tu étais présent au Tribunal, à l'époque que ce lâche imposteur donna cette scène, tu fus témoin des réclamations, des
traînés à la mort!... 0 ma patrie! ma chère patrie! quelle main osera tracer ce période affreux et sanglant de ton histoire, pendant lequel tant d^infortunés succombèrent sous le poids des plus l&cbes délations, victimes des crimes les plus absurdes, les plus invraisemblables !... des conspirations de prisons!... les annales de la tyrannie et des proscriptions les plus épouvantables n'offrent point d'exemple de ce prétexte pour exercer leurs fureurs ! il surpasse en monstruosité tout ce que Néron, Tibère, les Triumvirs, les Décemvirs et Louis XI, inventèrent jamais pour détruire, massacrer^ ëgoiger leurs victimes, leurs rivaux 1...
(1) Hommes ineptes et méchants, accordei-vons donc entre vous!... Comment ! vous dites que les acuosés devaient refuser de répondre au Tribunal, et non seulement on leur refuse au Tribunal la faculté de parier, mais encore de faire comparaître et entendre les témoins qu'ils indiquent.
plaintes de Danton» sur les obstacles et les refus qn*on paraissait apporter et loi faire, de laisser entendre les témoins qa'il avait indiqués.
Tu fus témoin de l'intérêt que le peuple prit à ce que la juste demande des accusés leur fût accordée : tu y étais, lorsqu'on j apporta et fit la lecture de ce décret ; tu vis qu'il avait été surpris, arraché à la Convention, sur un exposé de faits faux, que le rapporteur des comités, le fourbe Saint-Just, avait gardé le silence le plus criminel sur le véritable motif de la lettre de Taccnsatenr public, et qu'il avait fabriqué le roman infernal de la prétendue révolte, pour leur arracher tous les moyens de se défendre ; tu vis, tu entendis tout cela, et tu oe volas point à la tribune de la Convention pour l'instruire de la surprise qui venait de lui être laite, dans une circonstance aussi déplorable ! Que dis-je ? tu y vins le lendemain 16, mais pour ^jouter à tout ce qui avait été dit par le rapporteur des comités et par Billaud, contre les infortunés, que la jalousie, l'envie et la médiocrité poussaient à l'échafaud. Tu osas dire : « Que les conspirateurs, c^est ainsi que tu les qualifiais, « conspiraient encore en face de la justice ; qu'ils tenaient contre « les ministres des lois et la République les propos les plus ii\)u- « rieux ; que l'un disait que rien n'était plus glorieux que de cens- « pirer contre un gouvernement qui conspirait (tu leur faisais un « crime d'une vérité étemelle) ! Tu eus la cruauté d'ajouter que « Danton (car c'était là la principale victime dévouée au sacrifice) a disait, que le comité de Salut public, celui de Sûreté générale, la « Convention elle-môme, seraient avant peu déchirés par lam- « beaux... » Et il n'avait pas dit un mot de tout cela? Ils ne parlaient que de ceux qu'ils regardaient comme leurs ennemis, contre ceux des membres des comités, qui mettaient tout en œuvre pour les traîner à l'écbafandl... Tu osas même insulter jusqu'à ses formes robustes et à sa figure, que tu disais être hidetise : tu oubliais ce que ton miroir, d'accord avec ceux qui te connaissent, a dû te dire de la tienne, chaque jour de ta vie ! Et tu finis, pour combler la mesure, par dire « que tu avais vu ces conspirateurs joindre à « leurs propos des gestes dédaigneux pour le Tribunal, et lancer « des boulettes aux jurés et aux juges... Que l'on conspirait pour « eux dans les prisons, et qu'une cohorte de scélérats devait en u sortir avec un mot d'ordre, pour venir entourer les avenues des « comités de Salut public et de Sûreté générale, et en égorger tous « les membres; et cependant tu t'écries : Ces scélérats respirent « encore!... ji
Puissances dn ciel, ah ! laissez-moi, laissez-moi respirer an instant, tant de perfidie et de cruauté m'épouvantent et m'éorasentl...
Et TOUS, membres des comités de Salut public et de Sûreté générale, vous, leurs collègues, qui étiez présents au rapport de Saint- Just, qui connaissiez le contenu de la lettre de l'accusateur public, du 15 germinal, puisque la lecture vous en avait été faite, et qui gardâtes le silence le plus profond sur Tatroce perfidie du rapport qu'il faisait en votre nom, ainsi que sur Taudace avec laquelle il dénaturait le contenu de cette lettre et abusait de la confiance delà Convention, pour assassiner, pour traîner plusieurs de vos collègues à Téchafaud, que répôndrez-vous à la patrie, lorsque, vous saisissant de ses bras de fer, elle vous jettera aux pieds du peuple assemblé, et, d'une voix formidable, vous demandera compte de l'assassinat que par le plus coupable silence vous avez laissé consommer?
Dans un écrit intitulé : Réponse de Vadier aux accusatkms de Jjxur reni Lecoinire^ il dit^ p. H : « qu'aucune considération ne l'engagera « à rétracter ce que ses oreilles avaient entendu. »
Il avait dit quelques instants avant, dans le môme écrit, sur l'inculpation qui lui avait été également faite, d*avoir> avec d'autres de ses collègues, influencé le président et ]es jurés dans le jugement de cette malheureuse affaire ; que trois de ses collègues avaieni été témoins de ralibi formel qu'il avait opposé à cette inculpation.
Sur le premier fait, celui des propos que tu dis, Vadier, avoir entendus, et des boulettes que tu dis aussi, et tout seul, car nul autre que toi n'en a parlé, avoir vu jeter par les accusés aux juges et aux jurés : je te déclare que deux cents témoins et plus, du nombre desquels se trouvent une infinité de membres du Tribunal même où tu prétends que cette scène s'est passée, ont afQrmé qu'il n'y avait pas un mot de vrai dans le rapport de Saint- Just, du 15, non plus que dans tout ce que tu avais dit à la<]:onvention le 16, où tu t'étais rendu quelques moments après que le jugement de mort l'avait été (1), et toutes ces déclarations feront partie de l'histoire déplorable de ce procès.
Sur le second, j'observerai à Vadier, sans prétendre l'incalper sur ce fait, parce que, comme je l'ai déjà dit, je nt parle que de ce dont j'ai personnellement la preuve, que le témoignage de ses collègues n'a nullement détruit ce qu'a dit Lecointre à cet égard»
En effet, tu articulas positivement, dans la séance du 13 fructi-
(1) Il était environ midi et demi lorsque le Jugement fut rendu.
dor (1), a qae le joar où Dantoa fut condamné, ta étais aoTribanal « avec tes collègues Tkirion et Dupin; que vous fûtes introduits « dans une petite pièce (2), d*où vous pouviez entendre les débats, « sans être aperçus des accusés ; que tu n'aurais même pas été au « Tribunal, si tu n'avais appris que le^ accusés inculpaient le comité « de Sûreté générale, et que tu serais peut^tre entendu comme « témoin. »
Entendu conmie témoin I... qui te l'avait dit? — Pourquoi donc, d'un côté, tant d'empressement à vouloir être témoin? Et de l'autre, tant d'acharnement à s'opposer à ce que ceux demandés par les prévenus fussent entendus ? Quel assemblage monstrueux d^oonséquences et d'iniquités 1...
Mais voyons ce qu'a dit Thirion ; écoutons-le : « Que le jour où la « Convention prononça que les accusés qui résisteraient ou insola taraient à la justice du Tribunal seraient mis hors des débats, et tt remarquez bien que ce jour-là était le 15, il était dans le Tribu- « nal à côté de Vadier et de plusieurs de ses collègues ; qu'il ne 0 pouvait pas plus voir ce qui se passait que toi, qu'il ne pouvait tt qu'entendre, qu'il monta sur une chaise; que c'est alors que « Danton, l'apercevant, l'interpella de demander à la Convention « que les témoins fussent entendus^ et que tu restas avec lui jos- « qu'à la fin de la séance. »
Or, quel jour le décret qui ordonnait la mise hors les débats fuMi rendu ?
(1) Ecrit de L. Lecointre, page 38.
(2) Vadier, ainsi que Thirion le déclare positivement, était avec lui, le 15, au Tribunal^ dans rintérieur de la salle de la Liberté, où étaient les accusés; mais le 16, au moment do jugement, Vadier fut introduit dans la petite imprimerie de Nicolas, imprimeur du Tribunal, l'un des jurés dans cette affaire, dont la fenêtre donne directement sur la première de celle de la salle, qui se trouve en face des accusés et derrière les jurés; d*où il pouvait facilement voir et entendre les accusés et prononcer le jugement, ces deux fenêtres étant alors ouvertes. Il était assis auprès d'une petite table. — Je ne me permets aucune réflexion sur ce qu'on rinculpe d'avoir fait dans ce jour-là, avant ce moment fatal et décisif. Tout cela se trouvera dans l'histoire de ce procès. Il jugera, par ce que l'on vient de dire, si on est bien instruit. J'ai seulement voulu rétablir la vérité, et prouver qu'il n'était point avec Thirion et Dupin dans la journée^ du 16, mais bien le 15, ainsi que le premier l'a déclaré, et que ce n'est point avec eux (ce qu'il est bien essentiel de ne pas perdre de vue}, qu'il a été introduit dans une petite pièce avec ses collègues, et que ses collègues-là ne peuvent être ni Thirion ni D^pin.
Le quinze.
Qael jour le jugement fht-il rendu ?
Le seize.
Tu as posé et mis en fait, comme on vient de le Toir, que le jour où Danton fut condamné, tu étais au Tribunal avec Thirion et Dnpin.
Thirion, au contraire^ a déclaré, que c'était le jour où le décret qui mettait les accusés hors des débats ; ce décret fut rendu le quinze, tu n'étais donc pas avec Thirion et Dupin le jour du jugement, puisque ce jugement ne fut rendu que le seize.
Gomment donc concilier cette contradiction bien étrange, sur un fait aussi simple et dont cependant tu aurais dû prévoir qu'on aurait un jour pu tirer des conséquences si importantes et si défavorables contre toi ?
Observe bien encore que, dans tout ce que dit l'estimable Thirion, il n'est nullement question de conspirations, de menaces, de révoltes, de propos insultants, de gestes injurieux, et surtout, de boulettes lancées par les accusés owc juges et auxjurés^ ainsi que tu as osé le dire, et qui sont toutes de ton invention, et cependant il était avec toi, il en est convenu, pendant le temps que tu donnes pour époque à tous ces faits mensongers I...
Quand je lis ensuite la lettre que tu écrivais à Darmaing père, le 22 décembre 1789, dans laquelle tu lui prodiguais les expressions de la plus touchante amitié, et celles que tu écrivais à Fonquier- Tinville, en Floréal et Prairial derniers, par lesquelles tu le pressais de mettre tout le zéle^ Vactivité, le courage et l'adresse dont il était capable, pour faire guillotiner ce même Darmaing, ton ami, quand je compare ensuite la conduite que tu as tenue avec son Gis, dont tu trompais la piété Oliale, en le berçant de promesses et d'espoir, pendant le temps précisément que tu hâtais, par tous les moyens possibles auprès de Fouquier-Tinville que tu appelais ton bon ami, le supplice de son malheureux père, quand j'ajoute à tout cela les lettres amicales que ton digne fils écrivait à celui de ta victime, notamment celle du 25 germinal, quelque temps avant sa mort; quand ma mémoire me reporte sur tout ce que tu as fait dans l'affaire de mon malheureux ami, de Danton. Ah I dis-moi, Vadier, dis-moi, quelle idée veux-tu que j'aie de ton &me, de ton cœur et de tes soixante ans de vertus! Vadier, écoute, j'eus un père... il n'est plus I... Soixante-six ans de vertus ont paré son tombeau, et rendu sa mémoire chère à ses concitoyens!... S'il se fût trouvé envers toi dans les mêmes circonstances que Darmaing, s*il avait été ton
ami, et que tn eusses trompé ma tendresse et ma piété filiale, comme tu Tas fait envers le fils de celai que ta appelais ton cher ami, je te le jure par les cendres du plas respectable et du plus aimé des pères : tu aurais vécu !...
Ahl Texercice, même momentané, de l'autorité absolue est-il donc tel qu'il fasse oublier à ceux qui en sont revêtus, à quelque titre que ce soit, que même sous le despotisme et la tyrannie la plus absolue, toutes leurs actions, leurs discours, leurs pas, leurs démarches, quelque secrètes qu'elles puissent être, sont observés, soit par ceux qui les entourent, même ceux qu'ils rendent les lâches et vils instruments et les confidents de leurs prévarications (I), soit par les victimes qu'ils oppriment et qu'ils frappent, soit enfin par les amis de celles-ci ; que la vérité les grave en silence sur ses tables d'airain, et que le moment où l'oppression cesse et l'erreur se dissipe, est celui où, dépouillés de cette autorité éphémère, qui les rendait si vains, si altiers, si dars, si insolents et si redoutables; ils sont traînés au tribunal de l'opinion publique poar y rendre un compte sévère de tous les abus qu'ils ont pu faire on souffert être faits de cette autorité, qui ne leur avait été conGée par le peuple, que pour assurer sa tranquillité et son bonheur 1...
J'abandonne au lecteur les réfiexions que peut faire naître la vérité, trop peu sentie et trop méconnue que je viens de lui rappeler, et je retourne au Tribunal, au moment où le décret qui mettait les accusés hors des débats y fut apporté.
Lecture fut faite de ce décret par l'accusateur public; il faut en convenir, elle surprit autant qu'elle étonna le Tribunal, les jurés, le peuple et les accusés : ceux-ci et le peuple étaient dans la stupeur ; Danton, l'infortuné Danton, cédant à l'indignation qu'il éprouvait, à cette nouvelle perfidie de ses lâches ennemis, s'écria : m Je vois a bien que ma mort et celle de mes malheureux compagnons est « résolue, je ne disputerai pas ma vie davantage» les infâmes qui « me poursuivent me l'ont rendue trop amère; je voudrais seule- « ment qu'elle ne fût pas le résultat de projets affreux* que de « lâches ambitieux trament en secret contre le bonheur et les « droits du peuple et la liberté de mon pays, dont ils savent bien « que je n'aurais abandonné la cause et les intérêts qu'avec la vie, « c*est pour cela qu'ils veulent me l'arracher... Eh bien ! qu'ils la « prennent, je la leur abandonne, je désirerais seulement qu'elle « eût été plus utile à ma patrie I â ma patrie, que j'aimais tant;
(1) Vidé l'écrit de M. Tabbé Vilate.
« mais en mourant je dois repousser le ridicule mensonge avec « lequel on nous égorge, et à l'instant, s'adressant aux juges et « aux jurés, il leur dit : Citoyens juges et jurés, quelles que soient « vos opinions sur la cause qui a servi de prétexte à nous traduire « devant vous, je vous somme au nom de la vérité et de la justice « de déclarer si le fait, employé par nos lâches ennemis, pour « arracher à la Convention le décret dont on vient de vous faire « lecture, est vrai, s'il est môme probable,' et si au contraire mes 0 infortunés compagnons et moi avons cessé un seul instant de oc manifester notre respect pour la représentation nationale? «
Tous les juges et les jurés avouèrent que le fait qu'on imputait aux accusés était faux, et que la Convention avait été trompée... a Et toi, peuple, lui dit Danton, en se tournant vers lui, toi, qui « entends pouf la dernière fois la voix d'un de tes meilleurs, d'un j( de tes plus fidèles et de tes plus sincères amis, toi, que je n'ai « jamais flatté ni trompé, toi, à qui seul dans ce moment je fais « sans murmure le sacriûce de ma vie, toi, dont le bonheur et la « liberté étaient l'objet de mes plus chères espérances, je t'invite a à rendre hommage à la vérité sur le fait qui m'est impnté et à « mes compagnons d'infortune... » Non, non, s'écria le pettple (Tune voix étouffée par les sanglots^ cela n'est pas vrai... Cest une méchan^ ceté atroce... u Ta es attendri!., tes pleurs coulent... lui ajoute tt Danton, qui lui-même était ému, vas, tu me verras aller au sup- « plice avec le calme qui convient à l'innocence... je mourrai digne tt de loi, digne de la belle cause que j'ai servie avec tant d'ardeur a et de zèle, celle de la liberté ! tu connaîtras avant peu les pertf ûdes qui nous assassinent... Avant peu, ma mémoire et celles de u mes compagnons seront vengées... les traîtres seront découverts, « la Convention nationale ne tardera pas à reconnaître le précipice a oh ces infâmes la poussaient avec la nation entière... ils seront « punis, déchirés, ils périront... Mais toi, en punissant les traîtres, n sois calme, sois digne de toi, digne du beau nom de Français et 0 de Français républicain ; n'oublie jamais que ton bonheur et (( celui de la République dépendent de ton respect et de ton nnion « avec la représentation nationale I... i»
Le président, craignant que le peuple, de la pitié, ne passÂt à un sentiment plus rapide et plus terrible, fit sur-le-champ lever la séance et reconduire les accusés en prison.
Le lendemain 16, la séance est ouverte à huit heures et demie du matin, quoique ordinairement elle ne commençât qu'à dix : les accusés sont amenés.
On leur fait nne secoade lecture da décret de la veille, à la suite de laquelle lectare, le président déclara, ce qu'attendu qne lea accusés « s'étaient mal comportés la veille, envers le Tribunal, ils étaient a mis hors des débats... » Mis hors des débats ! mais vous juges, vous, jurés, s*écria Danton, avec une sainte indignation, vous êtes tous convenus hier en présence du peuple et le peuple avec vous, que le fait qui avait servi de prétexte à nos lâches ennemis, pour surprendre à la Convention le décret dont il est question, était faux et calomnieux ? vous avez rendn hommage à notre innocence et aujourd'hui... a N'importe, répond le président, le décret existe, il doit être exécuté... »
Sur-le-champ on fit descendre les accusés à la Conciergerie, les jurés se retirèrent dans la chambre du conseil, et après y être restés deux heures ou environ, ils reparurent, et Danton, l'infortuné Danton, et ses malheureux compagnons d'infortune furent condamnés à mort
Comme tout, dans cette déplorable affaire, fut une violation des principes et des règles les plus triviales, on poussa même l'audace jusqu'à ne pas faire remonter les accusés au Tribunal pour leur apprendre leur jugement, ils ne le surent qu'au moment où ils montèrent dans le char fatal qui devait les traîner à la mort.
Je ne me permets aucunes réflexions, elles n'échapperont pas au lecteur, ni à ceux qui vont donner l'histoire de ce procès. Je ne raconte que deux faits qui se sont passés sous les yeux du peuple ; il en est une foule d'autres, tout aussi épouvantables, mais moins connus, qui, mis au jour, démasqueront tous les personnages qui ont figuré dans cette horrible affaire, et s'en étaient distribué les rôles pour la conduire à son fatal dénouement.
Je dois, en finissant ce récit déplorable, consigner ici une anecdote qui ne doit pas être perdue pour l'histoire.
Au moment de Texécution et prêt à monter sur l'échafaud, un des malheureux compagnons d'infortune de Danton, s'approcha de lui pour l'embrasser, un des exécuteurs parut vouloir s'y opposer; Danton, toujours lui-même, lui fit cette question aussi sublime que terrible : a Est-ce qu'on fa ordonné d'être plus cruel que la mort?,,, « Vas, tu n'empêcheras pas du moins que, dans un moment, nos « têtes ne s'embrassent au fond du panier, p II monta sur l'échafaud, il salua respectueusement le peuple et la statue de la Liberté, et se présenta à la mort, avec le même cdurage et cette attitude imposante qu'il avait à la tribune, lorsqu'il y défendait les droits du peuple, et foudroyait de son éloquence brûlante tous les ennemis
de la liberté et de la République !... le peuple gardait le silence... il paraissait accablé... il pleurait... lecteur sensible, mes larmes coulent!... mon ami n*est plus !...
Extrait de la déposition de Villain-Daubigni, ex-adJoint au ministre de la guerre, au procès de Fouquier-Tinville.
{Histoire parlementaire, t. xxxrv.)
Je déclare qu'étant à la maison de force de Pélagie, Fouquier- Tinyille y fut amené, yers la lin de thermidor, ou les premiers jours de fructidor dernier ;
Qu'étant dans le même corridor que moi, celui-ci dit son secret; il me fit part, quelques jours après son arrivée, ainsi qu'à plusieurs autres détenus, d'un mémoire qu*il se proposait de faire imprimer, dans lequel, entre autres objets dont il j était question, se trouvaient quelques détails relatifs au jugement de Danton, Camille Desmoulins et autres;
Que m'étant plaint vivement des manœuvres atroces, pratiquées par plusieurs membres des comités de Salut public et de Sûreté générale, et par le Tribunal révolutionnaire lui-môme lors de ce jugement, pour égorger, assassiner ces fondateurs de la liberté française, dans le jugement desquels il n'avait été rien prouvé, rien articulé, rien produit contre eux, que le rapport fait par Saintr Just à la Convention, le i 1 germinal, qui n'était autre chose qu'un tissu de calomnies atroces et d'absurdités révoltantes ; que Fooquier me répondit qu'il avait fait tout ce qui avait dépendu de lui pour les sauver;
Que le 14 germinal^ jour où ils avaient été mis en jugement,après la déclaration de Cambon (il était venu au Tribunal pour déposer dans Taffaire de Chabot), faite sur l'interpellation de Danton et de Camille, « qu'il était bien éloigné, lui, Cambon, de les regarder comme des conspirateurs, des contre-révolutionnaires, et qu'il les regardait, au contraire, comme d'excellents patriotes, qui n'avaient cessé, l'un et l'autre, de rendre les plus importants services à la
RéYolation ». Danton ajant demandé à faire entendre seize témoins en leur faveur, qui étaient tous de leurs collègues, il lui en avait remis les noms pour les faire citer; que lui, Fouquier, s'était empressé d'aller le même soir, 14, aux comités de Salut public et de Sûreté générale, leur faire part de la demande de Danton et de ses coaccusés; mais que ces Comités lui avaient défendu de la manière la plus impérative, c de faire entendre, et de souffrir qu'il soit entendu aucun témoin en faveur des accusés »; qu'il insista sur cette défense, attendu que la loi leur accordait cette faculté, et qne la leur refuser était une violation de tous principes ; qu'on lui fit des menaces, notamment Billaud et SaintJust, et qu'il se retira ;
Que le lendemain 15, à l'ouverture de la séance, Danton lai ayant demandé s'il avait fait citer les témoins par lui indiqués, il avait écrit sur-le-champ aux comités de Salut public et de Sûreté générale, pour lear renouveler la même demande que celle qu'il leur avait faite la veille, et que c'était cette lettre qu'on avait si cruellement dénaturée, qui avait servi de prétexte à Saint-Just et à Billaud, pour arracher à la Convention un décret qui mettait les accusés hors des débats, ce qui équivalait alors à un mis hors de la M.
Il est important d'éclaircir ces faits; il est important qu'on connaisse le machiavélisme infernal employé par quelques lâches ambitieux^ pour égorger ces infortunés, qui furent assassinés, il y a précisément aiyourd'hui un an, à pareille heure, à cette place, id, là, là... (Le témoin indique la place où ils étaient.)
Saint-Just fait un rapport le 15, au nom des comités de Salut public et de Sûreté générale.
Au lieu de parler de la demande contenue dans la lettre de Fouquier, ce fourbe atroce, cet Arimane de la Convention, annonce que l'accusateur public du Tribunal révolutionnaire vient d'informer les Comités que les accusés qui sont en jugement sont en rébellion ouverte aux pieds de la justice; qu'ils conspirent jusque dans le sanctuaire des lois; qu'ils insultent la République, la représentation nationale ; qu'ils outragent le Tribunal, les juges et les jurés : il demande qu'ils soient mis hors des débats.
U se garde bien de donner lecture de la lettre de l'accusateur public; le crime eût été démasqué sur-le-champ ; mais Billaud, dont le rôle était concerté avec son infâme collègue, remplace Saint-Just à la tribane; il annonce que les Comités viennent de recevoir une lettre (remarquez bien comme tous les chaînons de cette trame diabolique se lient 1...) de l'administration de police qui leur £ût pari
d'ane dénonciation faite par un nommé Laflotte, détona au Luxem* bourg (je tous ferai connaître, dans un instant, continue le témoin^ ce que c'est que ce M. Laûotte), qui déclare qu'on conspire dans cette maison d'arrêt, en faveur des accusés; que Simon, Dillon, Scbeiffer et autres sont à la tête de cette conspiration ; que la femme de Camille Desmoulins a reçu 3,000 livres pour corrompre le peuple, faire égorger le Tribunal révolutionnaire^ les membres des comités de Salut public et de Sûreté générale, car c'est ainsi que ces Comités dépopuiateurs s'entouraient toujours de crainte et de dangers imaginaires, pour s'emparer des postes les plus importants de cette cité et dissoudre la Convention nationale.
Remarquez bien, citoyens, que c'est une jeune femme de dixbuit ans, douce, sensible et timide, que la nature s'était plu à parer de ses dons les plus touchants, qu'on transforme tout à coup en cbef de conspiration, en chef de parti audacieux, en Catilina, et que c'est avec 3,000 livres qu'elle devait corrompre le peuple... Corrompre le peuple avec 3,000 livres! quelle idée ces misérables se faisaient de sa vertu 1...
Enfin, le fatal décret est rendu, et les accusés sont mis hors des débats.
Le décret est apporté à l'instant même au Tribunal, par le farouche Amar et Vouland, qui le remettent à Fouquier, en lui recommandant d'en presser l'exécution.
Lecture en est faite à l'instant même au Tribunal.
Les juges, les jurés, le peuple et les accusés sont stupéfaits ; ils se regardent et ne savent ce que cela veut dire 1
Danton se lève avec véhémence contre la perfidie employée par ses lâches ennemis, qu'il indique nominativement (Robespierre, Billaud, SainWust, Couthon, Barrère, Vadier, Amar et Youland; il fait réloge des autres membres de ces Comités), pour arracher à la Convention ce décret de mort; il somme les juges, les jurés et le peuple de déclarer si le fait qu'on leur impute est vrai : les juges, les jurés conviennent qu'il est faux, que la Convention a été trompée : le peuple crie à la trahison, à la perfidie, il est ému, il est attendri, il s'agite, le président fait lever la séance.
Quoi l continue le témoin, en s'adressant à Fouquier, vous étiez convaincu par la lecture du décret de la trahison épouvantable exercée envers la Convention par quelques-uns de ses membres, pour faire assassiner plusieurs de leurs collègues, et vous avez souffert que cet assassinat se consommât ! Quoi 1 dans tout le Tribunal, parmi les juges et les jurés, une seule voix ne s'est point
fait entendre en faveur de Tinnocence !... — Que pou vai&je faire, dit Fouquier, que je n'aie fait pour les sauver?... — Ce que vous pouviez faire? requérir les juges, les jurés, le peuple, de se transporter avec vous à Tinstant même à la Convention, pour Tédairer sur la surprise horrible qui venait de lui être faite. — Je n'aurais pu faire cette démarche sans danger. — Sans danger 1 Eh bien ! quand vous eussiez dû mourir à l'instant même, être déchiré en pièces, vous eussiez fait votre devoir; vous eussiez donné un grand exemple de justice et de courage ; vous eussiez dès lors démasqué des traîtres, sauvé votre patrie et empêché des torrents de larmes et de saog de couler...
Le lendemain, 16 germinal, la séance s'ouvre à huit heures et demie du matin, quoique ordinairement elle ne commençât qu'à dix : les victimes sont amenées : l'heure du sacrifice est prête à sonner. On leur fait encore lecture du décret de la veille; et, aussitôt après la lecture, le président déclare « qu'attendu la conduite peu respectueuse des accusés envers la République, la représentation nationale, le Tribunal et la déclaration des jurés, qu'ils sont suffisamment instruits, les débats sont fermés m.
Comment, s'écria Danton, indigné de cette horrible conduite du président, vous êtes convenu, hier, en présence du peuple, et le peuple avec vous, que le fait qui nous était imputé, et qui a serri de prétexte pour arracher ce décret à la Convention, était faux, et aujourd'hui vous vous servez de ce même prétexte pour fermer les débats qui ne sont point encore ouverts, puisque aucunes pièces n'ont été produites contre nous, puisque aucuns témoins pour et contre n'ont pas encore été entendus!... N'importe^ répond le président, le décret existe, il doit être exécuté, — Je savais que notre mort était résolue, répliqua Danton, je ne disputerai point ma vie davantage aux infâmes qui m'assassinent, ils me l'ont rendue trop amère. J'aurais seulement désiré qu'elle eût été plus utile à ma patrie, à ma patrie que j'aimais tantl... Avant peu, les perfides qui nous poursuivent seront démasqués, leurs projets découverts, leurs trahisons connues; ils seront déchirés, traînés à l'échafaudl... Ils périront, et ma mémoire sera vengée !... Peuple, souviens-toi quelquefois de ton ami ; souviens-toi que ton bonheur dépend de ton union avec la représentation nationale I... Va, tu me verras aller au supplice avec le même courage que celui avec lequel j'ai soutenu et défendu tes droits I... Je mourrai digne de toi !...
On fait descendre les accusés à la Conciergerie, et bientôt après ils sont condamnés à la mort.
Oq ne les fit point remonter poar leur faire lecture de leur jugement, ils ne le surent qu'en montant dans le char fatal, qui, quelques moments après, les conduisit à la mort.
Vous vous rappellerez, citoyens, que c'est à la faveur de la dénonciation d'un M. Laflotte, que le décret de mise hors des débats avait été extorqué à la Convention.
Dans cette dénonciation, ce M. Laflotte, ci-devant envoyé de Capet à la cour de Florence, et qui avait été mis au Luxembourg quelques jours seulement avant cette dénonciation, et avait été mis en liberté le jour suivant, avait, comme je l'ai déjà dit, aggloméré le docteur ScheifiFer avec Simon, Dillon et autres; et, pour prouver la complicité de Scheiffer dans cette prétendue conspiration par lui dénoncée, il avait articulé et posé, comme fait positif, que Scheiffer jouait journellement, et gros jeu, avec eux, dans la chambre de Oillon.
Scheiffer n'avait point été mis dans la fournée de Simon ; il fut quelque temps après, mis dans une autre.
Lors de la discussion de cette affaire, il fit mander son dénonciateur, et, en présence du peuple, non seulement il le convainquit, sur tous les points de sa dénonciation, qu'il était un faux dénonciateur, un faux témoin ; mais encore qu'il n'avait jamais joué chez Dillon, qu'il n'avait même jamais joué de sa vie, et que c'était au contraire lui, Laflotte, qui y avait joué journellement des sommes assez considérables, dont la perte lui avait donné beaucoup d'humeur contre eux, ainsi qu'il l'avait manifesté plusieurs fois.
Le faux parut tellement évident, que le Tribunal, les jurés et le peuple manifestèrent spontanément la plus vive indignation contre le calomniateur, et, sur le ré(]uisitoire du substitut de l'accusateur public, Nauiiii, le Tribunal décerna, sur-le-champ, un mandat d'arrêt contre lui, et l'envoya à la Conciergerie, pour son procès lui être fait, comme à un faux dénonciateur, à un faux témoin.
Il est arrêté et conduit à la Conciergerie ; dans la route, qui est très peu longue, il s'efi'orce de corrompre le gendarme qui le menait ; il lui ofiFre sa montre et une bague de prix, pour l'engager à porter, sur-le-champ, une lettre et une clef à sa femme. Le gendarme feint de se rendre aux désirs du corrupteur, il prend la montre et la bague, la lettre et la clef, et apporte le tout au Tribunal, qui en ordonne le dépôt au greffe. J'observe que ce M. Laflotte fut mis en liberté quelques jours après le 9 thermidor.
Extrait de la déposition de Robert IVTolf, commis-greffier du Tribunal révolutionnaire, dans le procès de Fouquier-Tinville.
{Histoire parlementaire , tome mv.)
LfOrs de l'affaire de Danton, Camille, Phelippeaux (sic) et autres, oo avait sarpris un décret de mise hors des débats» sous prétexte que les accusés étaient en rébellion ouverte, quoiqu'ils n'eussent pas manqué de respect au Tribunal ; dans ce procès, ces accusés ne furent point entendus sur le fond de l'afTaire, mais seulement sur des interlocutoires; quand ils voulaient s'expliquer sur un fait, on les arrêtait en leur disant qu'ils développeraient tous leurs moyens dans leur défense générale. C'est de cette manière que se passèrent trois séances de débats. Le quatrième jour, les jurés se retirèrent, pour la forme, dans leur chambre, et vinrent dire au Tribunal qu'ils étaient sufidsamment instruits, quoiqu'ils n'eussent entendu ni les accusés, ni leurs défenseurs dans leur défense. Ils furent sur-le-champ reconduits à la Conciergerie, où on envoya le greffier leur lire le jugement qui les condamnait à mort. A l'endroit où le greffier citait l'article de la loi qu'où leur appliquait, ils n'en voulurent pas entendre davantage, s'écriant qu'il leur importait peu avec quelle arme on les assassinait. Ainsi, ils ont été condamnés à mort sans avoir été entendus.
N« 22 bis.
Copie d'uD6 note de F. Paris, greffier du Tribunal révolutionnaire, remise à la Commission des Vingt-un.
(Archives nationales.)
Dès son origine le Tribunal, etc...^
Voici ce qui se pratiquait :
Le Tribunal étant divisé en quatre sections de jurés qui devaient être tirés au sort, cet ordre était changé pour telle affaire que Fouquier-Tinville dirigeait à son gré, d'après les ordres qu'il recevait des comités avec lesquels il communiquait tous les jours.
Les jurés, tous les matins, se rendaient au cabinet de Taccusateup public, avec les juges de service, et là il était question de l'affaire du jour, on leur désignait les personnes qu'on appelait coupables, et en sortant, on leur a entendu dire souvent : feu de /U6,ce qui voulait dire la mort.
Toutes les nuits, Fouquier se rendait au comité de Salut public et il se passait très peu de jours que des membres da comité de Sûreté générale ne vinssent au Parquet, où ils s'enfermaient avec Fouquier.
Vers le commencement de germinal, les grefGers furent exclus de la chambre du conseil, où leur présence était indispensable.
Lors de l'affaire de Danton, il y eut un triage de jurés poar composer la section qui devait juger cette affaire, ce triage fut fait par Fleuriot et Tin ville dans la chambre du conseil, en présence de plusieurs juges.
Pendant tout le temps qu'a duré cette affaire, les membres du comité de Sûreté générale n'ont point quitté le Tribunal, ce fut Amar et VouUand qui, faisant les fonctions d'huissiers, apportèrent le décret qui ordonnait que les accusés seraient mis hors des débats, etc. En remettant ce décret à Fouquier, ils dirent : « Voilà de quoi vous « remettre à votre aise, et mettre à la raison ces mutins-là. » Ce décret fut exécuté.
Le lendemain, pendant la délibération du jury , qui fut plus lon-
gne qa*oa ne Tespêrait, un bruit se répandit dans le Tribnnal, qae les jarés n'étaient point d'accord et que la majorité était pour absoudre, ce qui jeta ]a consternation dans l'âme des membres des comités qui étaient présents ; alors Amar, Voulland, Vadier, Moyse Bayie et David accompagnés du président Herman, se rendirent, par la buvette, dans une petite pièce voisine de celle des jurés, parlèrent contre les accusés, et déterminèrent ceux qui étaient pour la mort à menacer les autres des comités, etc. (N* entendre Topido-Lebran.)
Le lendemain du jugement, l'accusateur public demanda au greffier une liste de tous les jurés; lorsqu'il eut cette liste, il marqua en marge plusieurs noms avec un f. ce qui voulait dire faible, et, sur l'observation que lui fit le grefQer, que dans la section de la veille il en avait marqué un d'un f., il répondit que c'était un raisonneur, qu'on ne voulait point de gens qui raisonnassent et qu'il fallait que cela marche, que c'était l'intention du comité de Salut public.
Paris.
Déclaration de Nicolas-Joseph Paris, dit Fabricius, au procès de Fouquier-Tinville.
(Archives nationales, W, 501.)
C'est dans cette affaire où le déposant a vu les comités de Salut public et de Sûreté générale employer le machiavélisme le plus rafOné, et Fouquier, ainsi que Dumas, se prêter lâchement et cornplaisamment aux projets perGdes de ces deux Comités, qui voulaient immoler les citoyens les plus éclairés et les plus fermes défenseurs de notre liberté, pour parvenir plus sûrement à établir leur tyrannie et le système barbare qu'ils ont employé depuis.
Voici ce que le déposant a vu et entendu pendant le cours de cette affaire à jamais mémorable par les crimes qui ont été commis, et à jamais malheureuse pour son pays. A onze heures, les accusés furent introduits dans la salle d'audience. Après lecture de l'acte d'aceosation, on envoya chercher Westermann et Lullier qui furent accolés
à Danton^ Camille et Phelippeaux, comme ceux-ci ]'ayaient été à Déglantine, Chabot et Despagnac; de sorte que dans cette affaire il s'y trouvait trois sortes de personnes qui ne s'étaient jamais vues ni connues. Raffinement de perfidie qu'ont employé souvent les Comités et encore plus souvent Fouquier, en confondant les hommes les plus probes, les défenseurs les plus intrépides de notre liberté avec de lâches fripons et les ennemis les plus déclarés de la révolution. Dans cette séance, Camille Desmoulins récusa Renaudin, on se garda bien de faire droit sur cette récusation, on ne délibéra même pas. Les accusés, voyant une partialité marquée de la part du Tribunal qui était drcuis par la présence des membres du Comité de Sûreté générale qui étaient derrière les juges et les jurés, demandaient au tribunal la comparution de plusieurs députés au nombre de zeze (seize), qu'ils demandaient à faire entendre comme témoins, Danton demanda aussi que le Tribunal écrivît à la Convention pour demander qu'une commission prise dans son sein fût nommée pour recevoir la dénonciation que lui, Camille et Philipeaux voulaient faire contre le système de dictature qu'exerçait le comité de Salut public. Il ne fut fait aucun droit sur ces demandes; elles furent rejetées par le président et par Fouquier et son digne ami Fleuriot, qui remplissait conjointement avec Fouquier le rôle d'accusateur public; et comme le Tribunal n'avait aucune raison valable à opposer aux accusés sur une demande qu'on ne pouvait, sans injustice, leur refuser, le président leva la séance.
Le lendemain Taudience commença fort tard, quelques questions furent faites à quelques-uns des accusés, Danton demanda la parole pour répondre aux accusations qui lui étaient imputées, elle lui fut refusée d'abord sous prétexte qu'il parlerait à son tour ; il insista ; enfin on ne put la lui refuser plus longtemps, il prit l'acte d'accusation, chaque chef qui lui était imputé n'étant appuyé ni de preuves, ni de pièces, étant même dénué de vraisemblance, il ne lui était pas difficile de se justifier. Vue grande partie de l'auditoire applaudit à sa justification : ce n'était pas ce que voulait le Tribunal. Le président lui retira la parole, sous le prétexte qu'il était fatigué, et qu'il fallait que chaque accusé parlât à son tour. Danton n'abandonna la parole qu'après que le président lui eut promis qu'il l'aurait le lendemain pour réfuter les autres chefs d'accusation qu'on ne lui avait pas laissé le temps d'aborder, et pour en finir on leva la séance.
Le lendemain l'audience commença encore fort tard, on voulait consumer le temps sans que la vérité qu'on redoutait ne parût.
Ayant d'arriver à l'expiration des trois jours après lesquels on se proposait de faire dire aux jurés qu'ils étaient sufi^amment instruits comme cela est arrivé, les accusés entrés, Danton denaanda la parole pour continuer sa justification, elle lui fut refusée sous prétexte qu'il fallait que les autres accusés fussent interrogés sur les faits qui leur étaient imputés. Danton, Camille, Philipeaux et autres demandèrent de nouveau la comparution des députés leurs collègues et que le Tribunal écrivit à la Convention pour qu'elle nommât une commission pour recevoir leur dénonciation et qu'ils en appelaient au peuple du refus qui leur serait fait. Ce fut à cette époque que Fouquier au lieu de faire droit aux réclamations justes et bien fondées des accusés, écrivit une lettre au comité de Salut public où il peignait les accusés dans un état de révolte et demanda un décret. C'était un décret de mise hors des débats que demandait Fouquier comme on le verra par la suite ; il en avait besoin, car pour cette fois seulement et pendant un instant on a vu la vertu et l'innocence faire pâlir le crime, Fouquier et son digne ami Fleuriot, tout atroces qu'ils étaient; juges et jurés étaient anéantis devant de tels hommes et le déposant a cru un instant qu'ils n'auraient pas l'audace de les sacriOer. 11 ignorait alors les moyens odieux qu'on employait pour y parvenir et qu'on fabriquait une conspiration au Luxembourg à l'aide de laquelle et de la lettre de Fouquier-Tinville on a surpris la religion de la Convention nationale en lui arrachant un décret qui mettait les accusés hors des débats ; ce fatal décret arriva, il fut apporté par Amar accompagné de Youland. Le déclarant était dans la salle des témoins lorsqu'ils arrivèrent, il les vit pâles, la colère et l'effroi étaient peints sur leurs visages, tant ils paraissaient craindre de voir échapper à la mort leurs victimes, ils saluèrent le déclarant, ce dernier voulant savoir ce qui pouvait y avoir de nouveau, il les aborda ; Youland lui dit : Nous les tenons, les scélérats^ Us conspiraient dans la maison du Luxembourg, Us envoyèrent appeler Fouquier qui était à l'audience, n parut à l'instant. Amar en le voyant lui dit : VoUà ce que tu demandes. C'était le décret qui mettait les accusés hors des débats. Youland dit : Voilà de quoi vous mettre à votre aise, Fouquier répondit en souriant : Ma foi^ nous en avions besoin. Il rentra avec on air de satisfaction dans la salle d'audience, donna lecture du décret et de la déclaration du scélérat Laflotte que tout le monde connaît, les accusés frémirent d'horreur au récit de pareil mensonge. Le malheureux Camille entendant prononcer le nom de sa femme, poussa des cris de douleur et dit: Les scélérats, non contents de m*assassiner^
Us veulent assassiner ma femme! Pendant cette scène déckirante pour les âmes honnêtes et sensibles, des membres dn comité de Sûreté générale^ placés sons les gradins et derrière Fouquier et les juges, jouissaient da plaisir barbare du désespoir des malheureux qu'ils faisaient immoler ; Danton les aperçut, et les faisant voir à ses malheureux compagnons d'infortunes, dit : Voyez ces lâches assassinSt ils nous stiivront jusqu'à la mort Les accusés demandèrent la parole pour démontrer Tabsurdité et l'invraisemblance de cette conspiration, on leur répondit en levant la séance. Pendant les trois jours qui s'étaient écoulés depuis le commencement de cette affaire les membres du comité de Sûreté générale, et particulièrement Âmar, Vouland, Vadier et David n'avaient point quitté le Tribunal. Ils allaient, venaient, s'agitaient, parlaient aux juges, jurés et témoins, disaient à tous venants que les accusés étaient des scélérats, des conspirateurs et particulièrement Danton. Dumas, Arthur et Nicolas en faisaient autant. Les membres du comité de Sûreté générale correspondaient de là avec le comité de Salut public. Le lendemain qui était le quatrième jour, les membres du comité de Sûreté générale étaient au Tribunal avant neuf heures. Ils se rendirent au cabinet de Fouquier, et lorsque les jurés furent assemblés, le déclarant vit Herman, président, avec Fouquier, sortir de la chambre des jurés. Pendant ce temps Amar, Vouland, David et autres députés qu'il reconnut pour être membres du comité de Sûreté générale étaient à la buvette (restés) (1) dans une petite pièce voisine de la chambre des jurés ; le déclarant ignorait ce qui s'était passé entre Herman, Fouquier et les jurés, mais Topino- Lebrun, l'un d'eux, lai a dit que Henman et Fouquier les avaient engagés à déclarer qu'ils étaient suffisamment instruits et que pour les 7 déterminer ils avaient peint les accusés comme des scélérats, des conspirateurs et leur avaient représenté une lettre qu'ils disaient venir de l'étranger et qui était adressée à Danton. L'audience s'ouvrit et les jurés déclarèrent qu'ils étaient suflisamment instruits.
Depuis ce moment les accusés ne reparurent plus à Tandience. Ils furent renfermés chacun séparément dans la prison et envoyés à l'échafaud le même jour par Fouquier (2). Pendant le temps que les jurés étaient aux opinions^ le déclarant était au greffe, dans la
(1) Rayé sur la minute.
(2) Ecrit en marge : Néanmoins plusieurs témoins avaient été assignés à la requête de Fouquier; un seul fut entendu le premier jour des débats, et ce témoin parla à la décharge des accusés.
pièce du fond. Il entendit du brait qui Tenait da côté de l'escalier qui conduit à là chambre da juré, il se porta vers la porte d'entrée du greffé, il vit que c'étaient les jurés à la tête desquels était Trinchard. Us avaient, à Texception de quelques-uns, Pair de forcenés. La rage et la colère étaient peintes sur leur visage. Trinchard en rapprochant avec un air furieux et en faisant un geste du bras qui annonçait la pensée la plus outrée dit : Les scélérats vont périr. Ne voulant pas être témoin de tant d'horreurs, le déclarant se retira en gémissant sur les malheurs qui accablaient la République, et sur ceux encore plus grands qu'une semblable tyrannie lui présageait. Le lendemain il se rendit au Tribunal dans la ferme résolution que c'était pour la dernière fois, étant bien décidé à donner sa démission. Fouquier ayant fait demander au greffe une expédition de la liste des jurés, voulant savoir Tusage qu'il voulait en faire, le déclarant la lui porta. Il était à la buvette, il prit son crayon, et à côté de plusieurs noms et en marge il faisait une croix et disait f... Le déclarant s'aperçut qu'il en marquait d'une ^qui avaient été de l'affaire de la veille. Il lui en fit l'observation. 11 répondit : Cest «n petit raisonneur^ nous ne vouUms pas de gens qui raisonnent^ nous votdons que cela marche. Le déclarant ne put s'empêcher de faire un mouvement qui lui annonçait qu'il ne l'approuvait pas, il s'en ai)erçut et en regardant le déposant il lui dit : uAu surpUa, c^est le comité de Salut public qui le veut ainsi, i»
Extrait de la déposition de Dutoumy au procès de Fouquier-Tinville.
{Histoire parlementaire^ l.;,xxxv, p. 93.)
Cent neuvième témoin, L.-P. Dufoumi, âgé de 55 ans, architecte.
.... Dans l'affaire de Danton, Camille Desmonlins, etc., affaire ridiculement et méchamment accrochée à celle de Fabre d'Eglantine, Chabot et autres, et plus encore à celle de l'infortuné Lailier, je fus assigné pour déclarer sur d'Eglantine ; je fus écarté. On ne voulait dans cette affaire que des témoins à mort. Ce fat en vain
qae Lnllier me demanda pour défenseur officieux : il ne loi en fot point accordé. Ce fat en yain que je demandai à être entenda dans sa cause comme témoin. Ce fut inutilement que j*en écrivis à Fouqaier et au président : je fus retenu, pendant les trois jours des débats, dans la salle des témoins.
J* étais informé que, dans la colonne des jurés de Danton, sept à huit allaient tous les jours chez Robespierre, et que quatre à cinq hésitaient entre le crime atroce d'assassiner Tinnocent et le danger honorable d'être eux-mêmes assassinés.
Je vis Dumas circuire et obséder juges et jurés, jusque dans le Tribunal. J'obser?ai tout ce qui se passa autour de moi dans la salle des témoins : là je vis Nicolas et Arthur (deux hommes de Robespierre) exercer leur calomnie contre Danton, Desmoulins et Philippeaux, tantôt avec ménagement, comme Arthur yis-à-yis de moi, pour écarter les témoins qui manifesteraient d'autres opinions que la leur ; tantôt avec adresse, pour diriger les témoins susceptibles d'influence; tantôt avec Tanimosité des méchants contre les innocents.
J'ai vu Iplusieurs membres du comité de Sûreté générale, non seulement scandaliser par leur présence, mais assiéger le Tribunal ; j*y ai vu, entre autres, David, Amar, Voulland e^ Vadier; ils entraient, ils sortaient, ils s'agitaient, ils communiquaient avec Fouquier dans les couloirs, ils correspondaient avec la Convention, et c'est à cette époque qu'elle fut trompée, et que le décret de la mise hors des débats fut porté le 15.
C'était alors qu'on organisait un fantôme de conspiration au Luxembourg, pour en rendre Danton le complice et l'objet, et pour perdre jusqu'à la femme de Desmoulins; c'est alors que David me dit avec frénésie : Eh bien ! nous les tenons enfin, ces scélérats, Danton, Camille et Philippeaux, ils n'échapperont pas cette fois. On vient de découvrir une conspiration au Luxembourg pour dégager Danton et assassiner les membres du comité de Salut public. David pouvait être trompé ; je lui répondis : Il se peut qu'il y ait des conspirations dans les prisons» mais y a-t-il des preuves que Danton, qui est ici depuis trois jours, y ait coopéré? Ce n'est pas pour cet objet qu'il est arrêté ; et a-t-on des preuves sur les délits précédemment imputés à Danton? David me quitta brusquement et il était surpris de ce que je demandais des preuves.
Amar écrivait, dressait des actes en public, assisté par Voulland, dans la saUe des témoins. Us étaient troublés ; ils me salué-
rent, je les fixai. Vadier m'aborda et me dit aussi : nous les tenons^ ces coquins. Ilâ ne s'en tireront pas. Je lui dis : Y a-t-il des preayes contre Danton? Il s'écria avec emportement et me quitta; et Ton sait que le soir, aux Jacobins, Couthon, Robespierre, Vadier, etc.^ coalisés avec Arthur et autres conjurés, m' ayant attendu, Vadier me dénonça comme lui ayant para douter qu'il y eût des preuves contre Danton ; que Vadier posa le principe atroce que l'on ne pouvait pas avoir de doute, lorsque les Comités et la Convention accusaient; que les preuves étaient dans le rapport de Saint-Just, On sait que Robespierre développa aussi cette doctrine tyrannique et que je fus arrêté la nuit suivante (1) •
N» 25 Déclaration de témoins.
(Archives nationales, F^, 4,438, liasse 10, p. 14)
L'an troisième de la République française, le seizième jour da mois de vendémiaire, heure de midi.
Nous, Pierre Forestier, l'un des juges du Tribunal extraordinaire et révolutionnaire établi par la loi du 10 mars 1793, et en vertu des pouvoirs délégués an Tribunal par la loi du 5 avril de la même année; vu l'invitation faite par le citoyen Forestier, juge du Tribunal, en date du jour d'hier, au témoin indiqué par ledit accusateur public, à l'effet de faire sa déclaration sur les faits contenus en... contre Fouquier, ex-accusateur public du Tribunal révolutionnaire, prévenu ; et l'invitation, donnée en conséquence ledit jour, à comparaître à ce joui*, lieu et heure que dessus, en présence de l'accusateur public, et assisté de R. Josse, commis-greffier dudit Tribunal, avons reçu la déclaration dudit témoin, ainsi qu'il suit :
1<^ Est comparu le citoyen Didier Thirion, Représentant du peuple, demeurant à Paris, rue Nicaise, maison de la section, lequel a déclaré^ que, s'il est vrai que Fouquier-Tinville ait écrit au comité de
(1) V. le Moniteur du 17 germinal an II, séance des Jacobins du 16, et notre pièce n© 27. — R.
Saint public ou à quelqu*un de ses membres que les accusés, dans Taffaire de Danton et autres, s'étaient révoltés contre le Tribunal, ou lui avait manqué de respect, le fait est absolument faux; le déclarant, qui était présent à la séance, n'a rien vu ni entendu qui puisse, de la part des accusés, donner lieu à une pareille inculpation. Le déclarant n'entend pas en conclure que les accusés n'aient pas mérité la peine qu'ils ont subie, et que les autres inculpationsfaites contre eux dans le rapport de Saint-Just fussent toutes également dénuées de fondement, mais il pense qu'il était du devoir de l'accusateur public de faire juger les prévenus sur les faits dont ils avaient été accusés par la Convention nationale, et non de devenir lui-même leur propre accusateur et de leur imputer des faits absolument faux et calomnieux, pour déterminer contre eux un décret de mise hors des débats, hâter leur jugement, et empêcher qu'ils ne fussent entendus; ce qui est arrivé, notamment à l'égard de Danton, qui, ayant été invité, au milieu de son discours, par le président du Tribunal, de se reposer quelques instants pour reprendre ses forces, avec promesse qu'on lui donnerait la parole ensuite pour terminer sa défense, n'a pas pu l'obtenir et a été ainsi jugé sans avoir été entendu. La loi ne permettait pas, dans les cas ordinaires, cette violation de forme ; et, dans le cas particulier, la Convention nationale n'aurait pas prononcé le décret de mise hors des débats, si elle n'eût été trompée par le Rapport fait, à ce qu'on assure, d'après une lettre de Fouquier-Tinville, qui annonçait les accusés en révolte. Donc, si ce dernier fait est démontré faux, comme il sera aisé de s'en assurer par la déposition de ceux qui assistaient à cette séance, l'accusateur public sera reconnu avoir prévariqué dans ses fonctions.
Le déclarant estime qu'il n'a pas moins prévanqué, lorsque dans une même affaire, et dans une même séance, il faisait juger à la fois jnsqnes à soixante et quatre-vingts individus pris sur tous les coins de la République, et dont la plupart ne s'étaient jamais tus et n'avaient eu entre eux la moindre liaison ni corr&<(pondance. Jamais la loi n'a pu autoriser l'accusateur public à faire un pareil amalgame, et laccusateur public devait, dans toute sa conduite, ne prendre conseil que de la loi et de son cœur, qui, s'il eût été animé de quelques sentiments d'humanité, aurait repoussé avec indignation de pareilles mesures. L'instrument passif de la tyrannie est quelquefois aussi coupable que le tyran lui-même. Les tyrans ne pourraient faire presque rien sans la lâche et criminelle complaisance de leurs esclaves. Fouquier-Tinville devait quitter ou abdi-
quer ses fonctions, on les remplir avec honneur et probité. Tels sont les principes du déclarant et les motifs qai ont déterminé la présente déclaration.
Lecture faite, a persisté et signé avec nous.
Signé : Thirion,
Forestier, juge^
et JossE, commis greffier.
Pour expédition conforme délivrée par moi, greffier soussigné,
Paris.
Déposition de Didier Thirion au procès de Fouquier - Tinville.
(Histoire parlementaire^ t. xxiv, p. 128)
Cent trmtô^euxiénie témoin, Didier Thirion, Représentant du peuple.
Le 15 germinal j'assistai au procès de Camille Desmoalins, Danton et autres. J'entendis Danton et Chabot demander que le Tribunal fit entendre des témoins. Ils avaient ce droit; le décret qui les traduisait au Tribunal n'avait été rendu qu'autant qu'ils pourraient faire valoir tous leurs moyens de défense. Danton demanda des commissaires pour recevoir les déclarations des accusés, en observant qu'ils avaient des déclarations importantes à faire ; car moi, dit Danton, je dévoilerai la dictature qui se montre entièrement à découvert. Le Tribunal ne fit aucun droit sur leurs réclamations. Les débats s'ouvrirent; Danton commença. An milieu de sa défense, Hermann, qui présidait, lui dit : Tu es faLi« gué, cède la parole à un autre; je te la redonnerai lorsque ta seras reposé.
Danton voulait continuer; le président insista; la parole fut ôtée à Danton et elle ne lui fut plus rendue,
A quatre heures on annonça le décret de la Convention; il portait que le Tribunal révolutionnaire continuerait rinstrudioa rela-
tive à la conjardtion de Lacroix, Danton, Chabot et antres ; que le président emploierait tous les moyens que la loi lui donnait pour faire respecter son autorité et celle du Tribunal, et pour réprimer tonte tentative de la part des accusés, pour troubler la tranquillité publique et entraver la marche de la justice, et que tout prévenu de conspiration qui résisterait ou insulterait à la justice nationale, serait mis hors des débats et jugé sur-le-champ. J'atteste qu^il n'y a eu de la part des accusés ni révolte, ni insulte envers personne.
Westermann voulut parler; le président lui dit qu'il divaguait et qu'il perdait son temps; Westermann lui observa qu'il ne pouvait mieux l'employer qu'à défendre ses jours.
On a dit que c'était Fouquier qui avait écrit aux Comités que les accusés étaient en révolte ; ce qui surprit la religion de la Convention, qui rendit ce décret Les accusés ne furent plus entendus. Le lendemain je revins au Tribunal; on me dit : les accusés sont hors des débats et les jurés ont déclaré qu'ils étaient suffisamment instruits.
Quelque temps après je me rendis encore au Tribunal révolutionnaire. Il est bon d'observer que Philippeaux avait été condamné comme auteur et fauteur d'une conspiration au Mans. Dix de ses prétendus complices étaient en jugement sur les gradins. Les mômes jurés qui, en leur âme et conscience, avaient déclaré que la conspiration de Philippeaux avait existé au Mans déclarèrent qu'il n'était pas constant qu'elle eût existé ; ils furent acquittés.
Dans son résumé, Naulin parla en leur faveur. Ce fut au sujet de cet acquittement que Nicolas me dit que la conduite des jurés n'avait pas le sens commun ; que par politique il aurait fallu m guillotiner au moins un.
Société des Amis de l'Égalité et de la Liberté, séant aux ci-devant Jacobins de Paris (1).
Présidence de Legendre.
Séance du \ 6 germinal,
Chasles demande que Gouthon rende compte de la séance mémorable qui a eu lieu aujourd'hui à la Convention nationale, et du décret qui oblige les membres de la Convention de mettre au jour leur conduite morale et politique.
Robespierre, Puisque l'on convient qu'il s*est passé un événement intéressant pour la liberté, que les opérations sublimes de la Convention viennent encore de sauver la Patrie, si elle persévère dans ses opérations, si elle continue de distinguer rinnoccace d'avec Taristocratie, si enfin elle se montre aussi soigneuse de protéger l'une que de frapper l'autre; puisque l'on convient de tous ces faits, je demande que la conjuration soit à l'ordre du jour, que si quelque bon citoyen peut développer les circonstances affreuses qui dérivent du principe de cette conspiration, s'il peut vous faire part des détails importants qui n'ont pas été connus jusqu'à présent, il monte à la tribune et qu'il fasse connaître toute la profonde scélératesse des conspirateurs qui voulaient nous entraîner dans le précipice où seuls ils sont tombés.
C'est de cette manière que nous porterons des coups terribles ; c'est ainsi que nous écraserons les ennemis de la liberté, et non par des mesures partielles et inconsidérées ; c'est en allant droit k eux, c'est en les attaquant en face et avec acharnement; c'est eo plongeant dans leur cœur le poignard de la justice, que nous pourrons délivrer la liberté de tous les scélérats qui veulent la détruire.
Cet ordre du jour doit sans contredit l'emporter sur celui que vous a proposé Chasles. Et qu'importe que la Convention oblige chacun de ses membres à rendre compte de leur fortune ! N'est-il
(1) Moniteur universel.
pas évident que les fripons seuls pourront échapper à la rigueur de cette mesure? Les fripons ont leur fortune en porte-feuille ou chez l'étranger : Bnssot se disait pauvre, et Ton sait qu'il avait des maisons à Londres. Chabot disait qu'il n'avait pas touché la dot de sa femme ; tous les coupables qui ont péri par la main de la justice se disaient pauvres. Les scélérats diront toujours au peuple : nous sommes pauvres et incorruptibles; vous ne pouvez pas prouver que nous sommes riches.
Citoyens, regardons comme un principe invariable de ne jamais présenter aux mauvais citoyens le moyen de se ranger parmi les patriotes, exigeons d'eux des preuves qui appartiennent exclusivement aux patriotes, et rejetons tout ce qui peut être commun aux patriotes et aux aristocrates; les patriotes sont purs; s'il en est à qui la fortune ait accordé des dons que la vertu méprise et que la cupidité seule estime, ils sont bien loin de vouloir les cacher; ils n'ont pas de plus grand désir que d'en faire un noble usage ; il n'y a que les conspirateurs qui mettent leur intérêt à les soustraire & la vue du peuple.
Les preuves que nous devons exiger, c'est une vie dont les moments soient fous marqués par des actions vertueuses; une vie remplie de sacrifices faits à la patrie. Qu'importe que l'on ait monté ses gardes et payé régulièrement ses impositions? Qu'importe que Ton me dise : Tu ne prouveras pas que ma fortune est augmentée depuis la Révolution?
11 faut renvoyer au temps de La Fayette les moyens qui n'étaient mis en usage que par ses amis et ses partisans. C'est avec de telles preuves qu'ils prétendaient être les seuls patriotes; eux seuls possédaient au suprême degré le patriotisme, parce qu'eux seuls pouvaient remplir les formalités qu'ils exigeaient eux-mêmes pour être patriotes. Ce n'est donc pas par le nombre de gardes qu'ils ont montées ou qu'ils ont fait monter pour eux, qu'il faut juger les hommes, mais par le sacrifice continuel de leur ambition et de leur orgueil à la cause de la patrie. Il résulte de là que la proposition faite à la Convention, d'obliger tous les membres à rendre compte de leur fortune, n'est pas aussi importante qu'elle le parait au premier coup d'œil. Je sais qu'elle part d'une âme honnête et j[uste, mais elle ne présente pas des résultats heureux.
En déjouant les conspirateurs, nous n'avons pas encore atteint le but auquel nous tendons. Tant qu'il y aura une ligue de tyrans conjurés contre la France, la liberté sera exposée à de grands dangers. Cette réflexion doit soutenir votre justice et notre vigilance^
et nous engager à ne pas abandonner les grandes mesures que nous devons prendre. Frapper l'aristocratie dès qu'elle paraît voaloir devenir insolente, lui arracher le masque dont elle se couvre, voilà Tordre du jour. Epouvantons l'aristocratie, de manière noa seulement qu'elle ne puisse plus nous attaquer, mais qu'elle n*ose pas même essayer de nous tromper. D'un autre côté, protégeons l'innocence et ravissons à la tyrannie l'affreux espoir de détruire les patriotes. (De vifs applaudissements se font entendre.)
La proposition de Robespierre est adoptée.
Arthur. J'étais appelé pour déposer au Tribunal révolu tionnaire des faits importants à la charge des conjurés. Le jury s*est trouvé suffisamment instruit, et je n'ai pu être entendu. D'après la motion de Robespierre, je viens déposer dans votre sein ce que je devais dire au Tribunal. En 1790^ Danton fut porté par le district des Cordeliers à la place de notable de la Commune de Paris : il fut rejeté par l'aristocratie; mais Mirabeau, qui influençait l'Assemblée, le lit nommer au Département. Depuis cette époque, Danton ne fit plus parler de lui ; mais il reparut sur la scène politique à la mort de son protecteur. Cette conduite prouve qu'il ne parlait en public que pour obtenir des places. Danton fut nommé commissaire dans la Belgique. A son retour, il fit un éloge pompeux de Dumouriez, que l'on savait être venu à Paris pour sauver Capet II proposa de faire dans Paris une insurrection pour sauver la Belgique, et alors la Belgique était évacuée. Il avait formé le projet de faire assassiner les citoyens de Paris par les aristocrates. Il vint à la Mairie, et dit au maire : « II faut qu'il y ait une insurrection; j'ai « de l'argent à ma disposition, j'en donnerai, s'il le faut : il est in* u dispensable que le peuple marche et que la Convention soit a purgée, n
Il est évident que Danton voulait fournir à Dumouriez un prétexte pour marcher sur Paris. Si l'on avait touché aux membres de la Convention, Dumouriez aurait dit à ses soldats : Je vous conjure, au nom de tous les départements, de marcher et de punir la ville de Paris qui a violé la représentation nationale. L'insurrection n'a pas eu lieu, et Dumouriez a été obligé de dire aux soldats que c'était au nom du roi qu'il marchait sur Paris. Les soldats ont reconnu le piège, et nous avons été sauvés. L'argent que Danton possédait fut ofiert à Santerre, mais il ne fut pas distribué assez promptement pour faire naître un mouvement.
Le 10 mars, Desfieux et le commandant des Marseillais voulurent faire une insurrection ; ils allèrent à la Commune, où se trouvait
alors une foule de citoyens. On annonça qu'il était question de tirer le canon d'alarme, de sonner le tocsin. La Commune montra beaucoup de fermeté; elle déclara qu'il j aurait peine de mort contre ceux qui voudraient tirer le canon d'alarme, sonner le tocsin, fermer les barrières, etc. Une députation arriva en même temps, et la fermeté qu'elle déploya lui en imposa tellement que Foumier l'Américain n'osa pas lire la pétition dans laquelle il devait demander une insurrection.
L'orateur développe ensuite le projet formé par Bonhomet et d'autres individus de faire une insurrection à l'époque du 24 mars. On devait se rassembler au Champ-de-Mars, sous prétexte d'un repas civique célébré en réjouissance de la réunion des sections de Bonconseil et des Lombards. Un courrier devait arriver sur ces entrefaites et apporter les plus mauvaises nouvelles. Alors tous ceux qui voulaient une insurrection seraient rentrés dans Paris, se seraient répandus dans les sections pour les engager à se lever en masse et à marcher au-devant de l'ennemi.
Il fait part ensuite, que le 28 du mois d'août, il demanda au représentant Lacroix, s'il y avait quelques nouvelles, et que celui-ci répondit : Nous en recevons de très mauvaises ; des armées nombreuses sont sur notre territoire et nous n'avons que très peu de moyens. II faut nécessairement qu'un chef se mette à la tête des affaires, sans quoi nous somm«s perdus.
L'orateur termine en annonçant qu'ayant rencontré le nommé Duplain au moment oh Danton venait de partir pour Arcis-sur- Aube, Duplain lui dit que Danton était de très mauvaise humeur, qu'il regardait les mesures que Ton prenait comme contre-révolutionnaires; qu'en conduisant Marie-Antoinette à l'échafaud^ on détruisait l'espoir de traiter avec les puissances étrangères; que Gustine avait été jugé trop légèrement, et que cette conduite envers nos meilleurs généraux nous mettait dans l'impossibilité de vaincre.
Levasseur rappelle l'audace avec laquelle Lacroix vint rendre compte à la Convention de la conduite qu'il avait tenue dans la Belgique, et de l'effronterie avec laquelle il soutint qu'il n'avait commis aucune dilapidation. Il instruisit la société que le district de Béthune écrivit, lors de l'évacuation de la Belgique, qu'il avait arrêté deux voitures chargées de caisses remplies d'effets, et que les voituriers, qui n'avaient pas de passeports, avaient déclaré que ces caisses appartenaient à Danton et à Lacroix.
Ces deux individus ayant eu connaissance de cette pièce, ils sa la
— échurent remettre par un commis da comité de Correspondance, et le comité de Salât public n'en fut point instruit. Ils vinrent ensuite à la Convention se plaindre de ce que le district de Réthune avait arrêté leurs malles, et, par ce stratagème trompeur, ils obligèrent ce district à relâcher les voitures.
Chasles fait part que Lacroix avait pris la défense de Chabot, et qu*il avait osé dire que, malgré ses scélératesses, il était très politique de lui pardonner.
Arthur ajoute que Lacroix avait épousé une ci-devant comtesse qui avait un tabouret chez Madame. Cet homme avait acheté beaucoup de meubles d'émigrés, et dans les nombreux envois qu'il fit de ces objets dans le village d'Ânet, sa patrie, on trouve des linges marqués au chiffre de l'arcbiduchesse d'Autriche, gouvernante des Pays-Bas.
Un citoyen annonce que Simond a sollicité en sa présence la liberté de plusieurs personnes suspectes du Mont-Blanc, et qu'il a dit qu'il ne voulait être d'aucun Comité de la Convention parce qu'il n'aimait pas le sang. Ainsi cet homme, par les calomnies les plus perfides, avilissait ouvertement la Convention nationale.
Un autre citoyen annonce que, dans le temps de la nomination de Lafayette à la place de commandant de la garde nationale parisienne, Danton déclara que cette nomination n'était que provisoire, et qu'il fîiudrait bientôt nommer le duc d'Orléans.
GamieTy de Saintes, présente les détails qu'il a déjà donnés à la Convention sur sa mission dans le département de la Sartbe. Il parle djes calomnies odieuses et des bruits injurieux répandus contre la représentation nationale, du projet formé par les conspirateurs, amis intimes de Philippeaux, d'exciter une insurrection contre la Convention, des injures faites aux représentants que l'on traitait de contre-révolutionnaires, parce qu'ils frappaient courageusement tous les ennemis masqués du bien public. Il déclare que le moyen qui devait être employé pour exciter un mouvement populaire, était la famine. Un administrateur des subsistances refusait d'envoyer des denrées dans les districts qui en manquaient, tandis qu'il en procurait abondamment à ceux qui n'en avaient pas un besoin aussi pressant; les conspirateurs ont jeté les hauts cris, quand il a fait arrêter un prêtre, contre lequel il avait des faits graves; les écrits de Philippeaux ont été répandus avec profusion: la société d'Alençon qui en avait reçu, les a voués à l'exécration et elle a voté une adresse de félicitation aux Représentants dans le département de la Sarthe.
Garnier annonce que six conspirateurs sont arrivés au Tribunal révolutionnaire, et que quatre autres sont près d'y arriver. Après avoir présenté quelques réflexions sur les troubles que les conspirateurs fomentaient, il termine ainsi : $i dous nous purgeons, c'est pour avoir le droit de purger la France. Nous ne laisserons aucun corps hétérogène dans la République : les ennemis de la liberté doivent trembler, car la massue est levée; ce sera la Convention qui la lancera. Nos ennemis ne sont pas aussi nombreux qu'on veut le faire croire : bientôt ils seront mis en évidence, et ils paraîtront sur le théâtre de la guillotine. On dit que nous voulons détruire la Convention : non, elle restera intacte, mais nous voulons élaguer de ce grand arbre les branches mortes. Les grandes mesures que nous prenons ressemblent à des coups de vent qui font tomber les fruits véreux et laissent à l'arbre les bons fruits; après cela vous pourrez cueillir ceux qui resteront ; ils seront mûrs et pleins de saveur; ils porteront la vie dans la République. Que m'importe que les branches soient nombreuses, si elles sont cariées. 11 vaut mieux qu'il en reste un plus petit nombre» pourvu qu'elles soient vertes et vigoureuses.
Cùuthon] donne connaissance du complot tramé par Simond, l'ex-constituant Thouret, et le ci-devant général Arthur Dillon; il entre dans les mêmes détails qu'il a présentés à la Convention, et annonce que la prison du Luxembourg devait être ouverte; les conjurés devaient se porter en foule au Comité de Salut public, pour en égorger les membres : ils devaient, après cela, délivrer les conspirateurs Danton, Lacroix, etc. et massacrer les membres du Tribunal révolutionnaire; les issues de la Convention et des Jacobins devaient être occupées, afin d'empêcher la réunion des patriotes ; le petit Capet devait être tiré du Temple, et proclamé roi sous la régence de Danton.
Vadier, Je demande la parole pour faire connaître un fait relatif à un individu qui avait paru jusqu'ici patriote. M' étant trouvé dernièrement dans l'antisalle du Tribunal révolutionnaire, j'y vis Dufourny, avec lequel je m'entretins sur TafTaire de Danton et des conjurés; il me dit qu'il n'y avait aucune preuve à alléguer contre la conduite passée de Danton. J'ai été étrangement surpris de voir Dufourny douter des crimes de Danton, après son fameux voyage à Londres, après tous les faits consignés dans le rapport de Saint- Just. Je déclare que depuis longtemps j'observais Dufourny, et que je ne savais que penser de son assiduité opiniâtre au comité de Sûreté générale.
Dufoumy. Âjant été chargé d'ane mission ponr arrêter la» gens sospects, j'étais obligé d'aller très souvent an comité de Sûreté générale, ponr lui faire part des découvertes que j'avais fsdtes, étant à la poursuite de Prolj et des Frey. Je ne ponrais pas m'eiempter d'avoir des relations avec ceux qui les fréquentaient, et c'est pour cette raison que je parlai à Fabre d'Eglantine, qui me parut un intrigant souple et adroit. Si je l'ai fréquenté, c'est parce que je cherchais à découvrir quelques indices de la conspiration de Proly et autres.
Vadier. J'affirme qu'il n'y a pas deux mois que Dufoumy était attaché très assidûment au Comité de Sûreté générale.
Une citoyenne des tribunes rapporte que Dufoumy lui a dit au Tribunal, en parlant du rapport de Saint-Just : De quoi se mêle Saint- Just? Il ne lui appartient pas de juger personne.
Dufoumy répond avoir dit seulement k la citoyenne, que le rapport du Comité de Salut public n'était pas suffisant pou rjuger^ que la Convention ne voulait pas, en décrétant d'accusation un individu, faire naître contre lui un préjugé défavorable, et qu'il £ill&it attendre la décision du Tribunal.
Bobespierre, Je suis loin de vouloir faire un crime de PopinioD que l'on peut avoir sur un individu. Je ne veux pas douter de la probité d'un homme, quand elle est aussi bien attestée que celle de Dufoumy est attestée par lui-même. Je laisse de cûté toutes ces choses pour ne vous parler que de l'ensemble de la conduite de Dufonrny.
Il fréquentait, il n'y a pas longtemps, le Comité de Sûreté générale, jadis c'était le Comité de Saint public. II assistait à toutes les délibérations ; il ne pouvait pas manquer à une séance : c'est une preuve de son zèle excessif pour le bien public I II avait pour prétexte sa qualité de président au Département de Paris. Il y avait une telle affectation dans ses assiduités, que je lui dis : vous assistez trop régulièrement à nos délibérations; il me semble que votre premier devoir serait de faire mettre en arrestation tous les aristocrates qui nous entourent.
Il n'y avait pas alors d'autorité qui pût les arrêter, autre que le Département de Paris. Toujours ils furent tranquilles, toujours Paris fut cerné par eux; ils affluaient dans tous les lieux voisins de cette Commune. Le président du Département, 'malgré son patrie^ tisme et sa probité, a donc alors oublié le premier de ses devoirs, celui de dissiper les rassemblements.
Fabre d'Eglantine jouait une comédie auprès des Comités ; le
métier de cet habile fourbe était de faire de petites dénonciations contre de petits conspirateurs avec lesquels il s'entendait, mais qu'il dénonçait pour faire ignorer ses sentiments. Il trouvait ensuite par ses fourberies le moyen d'embrouiller les faits, de manière que la dénonciation était nulle. Je suis fâché qu'un homme probe comme Ihifonrnj ait été le second d'un pareil intrigant.
Le jour où je dénonçai ici Fabre d'Eglantine, où je traçai ici l'esquisse de son caractère odieux, Dnfoumy ne put pas s'empêcher de dire que j'avais été engagé par quelque intrigant à faire cette dénonciation ; cependant, il était reconnu dès lors que Fabre d'Eglantine était un fripon.
Le même esprit qui portait Dufoumy à repousser les premiers traits de lumière jetés sur Fabre d'Eglantine, lui dicta la conduite qu'il a tenue quand cet intrigant a été conduit au Tribunal ; je ne dirai pas que ce fut ce même esprit qui engagea Dufoumy à mendier la faculté de déposer dans cette affaire : je ne dirai pas que c'était cet esprit qui le rendait si assidu aux séances du Tribunal, et qui provoquait de sa part des mouvements en faveur des prévenus; je ne rappellerai pas qu'au club électoral, il dirigea des calomnies obliques contre les Jacobins et contre la Convention ellemême.
Croit-il nous donner le change, en disant que la Convention ne yeut pas que ceux qu'elle envoie au Tribunal ne puissent pas se faire reconnaître innocents? N'est-ce pas assez d'avoir dit au milieu du Peuple, en parlant des prévenus, il faut des preuves? C*est-àdire que c'est sans preuves que la Convention envoie des hommes an Tribunal révolutionnaire?
Dufourny interrompt par quelques paroles...
Robespierre. Rappelle-toi que Chabot, que Ronsin fnt impudent comme toi, et que l'impudence est le caractère hideux que l'on voit imprimé sur le front du crime.
Dufoumy. Le mien, c'est le calme...
Bobespierre. Ah ! le calme n'est pas dans ton âme : je prendrai toutes tes paroles pour te dévoiler aux yeux du Peuple; je lui ferai voir que chacune d'elles est dite à contre-sens, et que par conséquent elles ne peuvent pas venir d'une âme pure.
Le calme! les conjurés ne font que l'invoquer : ils voudraient jeter dans nos cœurs un calme et un assoupissement profond, mais ils n'obtiendront pas ce calme qu'ils désirent ; ils ne parviendront pas non plus à troubler la paix de nos âmes.
Quoi ! tandis que le Peuple demande justice de ses ennemis et de
ses assassins; quand les Représentants ont la consolation de le sauver du péril, un homme ose prendre Jeur défense ! Quand les crimes des conspirateurs sont écrits avec le sang du Peuple ; quand la Belgique, encore fumante de carnage, atteste la trahison; quand les cœurs indignés sont convaincus de tant de scélératesses, dont les stupides seuls peuvent douter, un homme ose demander où sont les preuves! C'est-à-dire que les républicains ne savent pas rendre justice, que la Convention et le Tribunal révolutionnaire égorgent des innocents.
Tu crois nous donner le change par un lieu commun; perfide! tu oses nous observer que la Convention n'accuse pas pour interdire à Taccusé la faculté de se justifier. Tous les ennemis de la liberté ont fait ces observations; je crois que tout le monde est convaincu de tes intentions en les faisant.
Tu as été Tami de Fabre d'Eglantine ; tu t'es agité pour le sauver, pour égarer les citoyens qui devaient le juger, pour diviser l'opinion publique sur le compte de cet intrigant.
Tu as fait souvent des motions malignes, tu as brigué tontes les places, et il était impossible de t'en arracher aucune, et qnand celle de président te fut enlevée, tu te déclaras l'ennemi des Comités.
Tu as cru en imposer en te donnant un air d'opiniâtreté; tu as défendu ton opinion avec indécence, et tu croyais être assez excusé par cette même opiniâtreté. Tu t'es supposé une maladie, afin d'excuser tes démarches nocturnes. Fabre d*Ëglantine et Danton faisaient de même ; tous deux ils croyaient nous fermer les yeux, en parlant de leur mauvais tempérament. Il n'est pas un homme mal intentionné qui ne se soit prêté quelque défaut physique et moral, pour servir d'excuse contre ses torts; voilà ton portrait.
Quelle est cette correspondance dont tu as fait part à la société? Qu'on se rappelle que tu voulais lui faire adopter une opinion contre-révolutionnaire, une opinion qui tendait à exclure du sein de la société les fonctionnaires publics et membres des sociétés affiliées. Il était évident que les sociétés étant isolées, elles devenaient impuissantes, et que celle-ci était paralysée. Il n'y avait plus alors de barrière contre le fédéralisme. Il résultait aussi de cette opinion, que les fonctionnaires publics perdaient le droit le plus cher aux citoyens, celui de contribuer de leurs lumières au salut de la Patrie, et qu'un patriote délicat n'aurait jamais voulu recevoir une fonction publique, pour ne pas perdre le droit de citoyen; voilà les principes. Autant tu fus indulgent envers les ennemis de la liberté, autant tu fus actif à calomnier ses amis.
La journée du 3i m^ a sans contredit sauvé la Patrie, c'est pour cela que Danton voulut se venger d'Hanriot, qui avait écarté les dangers qui environnaient la Convention ; c'est pour cela que Danton, Hérault, Lacroix voulurent le faire arrêter, afin de faire tourner Tinsurrection contre le Peuple. Toi, tu as fait la même chose. A la réunion du 10 août, époque critique à laquelle nous étions environnés d'ennemis, il était question de rallier tous les départements autour de la Convention. Le commandant de Paris donnait alors des repas fraternels à nos frères qui étaient venus de toutes les parties de la République, pour resserrer les liens d'amitié qui unissent les bons Français; dans la maison qui avait été donnée à Hanriot pour faire ces repas, il se trouva quelques bouteilles de vin appartenant à des émigrés, et les Fédérés en burent. Dufourny voulut flétrir cette époque de la Révolution, et faire de cette action un chef d'accusation contre le commandai^, afin de faire dire aux aristocrates qu*Hanriot était un voleur.
Au 31 mai, Dufournay s'était introduit dans le Comité d'insurrection : quand il vit que le mouvement populaire réussissait, il se retira du Comité et chercha les moyens de le rendre impuissant. Dufourny a été le colporteur et l'avocat des calomnies de nos ennemis^ on l'a vu assiéger le Tribunal révolutionnaire, et demander à être entendu, afin de donner à la conjuration une tournure favorable.
Je demande que la société prenne une mesure à l'égard de cet individu. (De nombreux applaudissements se font entendre.)
Un membre fait la motion de chasser Dufourny et de le traduire au Comité de Sûreté générale.
Cette proposition est adoptée.
Séance levée à 1 1 heures.
Cette pièce a été oubliée à l'impression, et doit être rapportée i la page 530, ayant la lettre de Kellermann.
Elle est extraite des Archives nationales, comité de Salut publie, Guerre {armée du Nord), Correspondance des Représentants en mission; carton 304, pièce n* 16.
La Conventioa nationale décrète qn*il sera formé dans chaqne grande ville une garde de citoyens choisis parmi les moins fortunés, et que ces citoyens seront armés et salariés aux frais de la République.
La Convention charge son Comité militaire de lui faire un rapport sur le mode d'exécution du présent décret. *
La Convention décrète que dans chaque section de la République où le prix des grains ne se trouvera plus dans une juste proportion avec les salaires des ouvriers, il sera fourni par le Trésor public un fonds nécessaire qui sera prélevé sur les grandes fortunes et avec lequel on acquittera l'excédant de la valeur du pain comparée au prix des salaires des citoyens nécessiteux.
La Convention charge son comité des Finances et d'Agriculture réunis de lui faire un rapport sur les moyens d'exécuter le présent décret de telle sorte qu'il ne nuise ni à l'agriculture, ni à la drcnlation des grains.
Danton.
PIN DES PlàCBS JUSTIFICâTIVBS.